‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 155 sur 228 · SIracl., 193 sq · texte numérisé non relu

SIracl., 193 sq

2. Dans la première édilion ; < D’eiècuter sur la. république, arec, eto.

294 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. nétrable, l’opinion généralement répandue qu’il visiterait en jjersonne les Provinces , si éloigné qu’il eût peut-être toujours été de ce projet. Les voyages en général ne semblaient guère pouvoir s’accorder avec le mouvement machinal de sa vie routinière, avec les limites étroites et la marche tranquille de son esprit, qui était trop sujet à se sentir désagréablement distrait et accablé par la variété et la nouveauté des objets extérieurs. Les difficultés et les périls dont ce voyage particulièrement était accompagné, devaient par conséquent effrayer d’autant plus sa timidité et sa mollesse naturelle, qu’il pouvait moins en comprendre l’avantage et la nécessité, lui qui était accoutumé à ne chercher qu’en lui-même le principe de ses actions, et à plier les hommes à scs maximes, et non ses maximes aux hommes. Comme il lui était d’ailleurs impossible de séparer, pour un seul moment, sa personne de sa dignité royale, sur laquelle aucun prince ne veilla jamais d’une manière plus servile et plus jiédantesque, les mille détails de cérémonie qui, dans sa pensée, étaient inséparablement liés à un pareil voyage , et la dépense que par là même il devait coûter, étaient déjà à eux seuls suffisants pour l’en détourner, en sorte qu’il n’est pas du tout nécessaire de faire intervenir l’influence de son favori Ruy Gomès, qui voyait , dit-on , cette résolution avec plaisir pour éloigner son rival , le duc d'Albe, de la personne du roi. Mais autant il était éloigné de songer sérieusement à ce voyage, autant il jugea nécessaire toutefois d’en laisser agir la menace , pour empêcher un dangereux accord des esprits turbulents, pour soutenir le courage des fidèles sujets, et arrêter les progrès ultérieurs des rebelles.

Afin de pousser la dissimulation jusqu’aux dernières limites, ilavait fait pour ce voyage les plus minutieux préparatifs', et observé tout ce qui peut être d’usage en pareil cas. 11 avait ordonné d’équiper des vaisseaux, nommé des officiers et désigné toute sa suite. Toutes les cours étrangères furent informées de ce projet par ses ambassadeurs , afin qu’elles ne conçussent aucun soupçon de ces apprêts militaires. Il fit demander au roi

1. Uaas la première ùdiüoQ ; < Les plus minutieux et les plus bruyants pre'paraUIs. a

LIVHE QUATRIÈME.

(le France, pour lui et sa suite, un libre passage k travers ce royaume, et consulta le duc de Savoie pour savoir lequel des ^deux chemins était préférable. Il fit rédiger une liste de toutes les villes , de toutes les places fortes par lesquelles sa marche pourrait le conduire, et noter avec la plus grande exactitude les distances qui les séparaient. 11 voulut qu'on levât le plan de tout le pays depuis la Savoie jusqu’à la Bourgogne, et qu’on en dressât une carte particulière , et il demanda pour cet effet au duc de Savoie les artistes et les géomètres nécessaires. H poussa même l’artifice jusqu’à ordonner à la gouvernante de tenir prêts huit vaisseaux au moins en Zélande, afin de pouvoir les envoyer sur-le-champ à sa rencontre si elle apprenait qu’il eût fait voile d’Espagne. Et en effet .Marguerite fit équiper ces vaisseaux et réciter des prières dans toutes les églises pour l'heureux succès de ce voyage par mer, quoique plus d’une jMirsonne laissât en secret échapper la remarque que Sa Majesté n’aurait guère à redoutée les tempêtes de la mer dans son cabinet de Madrid. Il joua ce rôle avec tant de perfection, que les envoyés néerlandais , Bergues et Montigny, qui se trouvaient à Madrid, et qui n'avaient vu jusqu’alors dans tout cela qu'une comédie, commencèrent enfin eux-mêmes à s’alarmer, et communiquèrent cette frayeur à leurs amis de Bruxelles. Une fièvre tierce, qui le prit, vers ce temps, à Ségovie, ou qu’il feignit peutêtre, lui fournit un prétexte plausible pour différer l’exécution de ce voyage, tandis que les apprêts étaient toujours poussés avec la plus grande énergie. Lorsque enfin les sollicitations pressantes et réitérées de sa sœur l’obligèrent à une déclaration précise , il décida que le duc d’Albe prendrait les devants avec l’armée, pour purger la route de rebelles et donner plus d’éclat à son arrivée royale. Il n’osait pas encore annoncer le duc comme son véritable représentant , parce qu’on ne pouvait espérer que la noblesse néerlandaise étendît la déférence qu’elle ne pouvait refuser au souverain, jusqu’à un de ses serviteurs que toute la nation connaissait pour un barbare et qu’elle détestail comme étranger et comme ennemi de sa constitution. Et en effet l'opinion générale, qui dura longtemps encore après l’arrivée du duc d’Albe, l’opinion que le roi le suivrait bientôt en personne, contint l’explosion des résistances violentes que le

duc aurait certainement rencontrées lorsqu’il inaugura d’une manière si cruelle son gouvernement Le clergé espagnol , et particulièrement l’inquisition, four-, nirent de riches subsides au roi pour cette expédition dans les Pays-Bas, comme pour une guerre sainte. On lit des levées dans toute l’Espagne avec le plus grand zèle. Les vice-rois et gouverneurs de Sardaigne, de Sicile, de Naples et de Milan *, reçurent l’ordre de tirer des garnisons l’élite de leurs troupes italiennes et espagnoles , et de les envoyer au quartier général dans le territoire de Gènes, où le duc d’Albe les recevrait et les échangerait contre des recrues espagnoles qu’il amènerait avec lui. Il fut en même temps ordonné à la gouvernante de tenir prêts en outre dans le Luxembourg quelques régiments d’infanterie allemande, sous les ordres des comtes d’Éberstein, de Schauenbourg et de Lodrona , et dans la Franche-Comté quelques escadrons de cavalerie légère, afin que le général espagnol pût se renforcer de ces troupes dès son entrée dans les Provinces. I^e comte de Barlaimont fut chargé de pourvoir à l’entretien de l’armée d’occupation, et une somme de deux cent mille florins d’or fut comptée h la gouvernante , pour subvenir à ces nouvelles dépenses aussi bien qu’à l’entretien de sa propre armée *.

Comme, dans l’intervalle, la cour de France, sous le prétexte des dangers qu’elle pouvait avoir à craindre des huguenots, avait témoigné qu’elle ne se souciait pas d’accorder le passage à l’armée espagnole , Philippe II se tourna vers les ducs de Savoie et de Lorraine, qui étaient trop dépendants de lui pour lui refuser une semblable demande. Le premier y mit seulement la condition de pouvoir entretenir aux frais du roi deux mille hommes d’infanterie et un escadron de cavalerie, pour ])rotéger le pays contre les désordres auxquels il pourrait être exposé pendant le passage de l’armée espagnole. En même temps, il se chargea de fournir à l’armée les vivres nécessaires La nouvelle de cette marche mit en mouvement les hugue-

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