LIVRE QUATRIÈME
furieuse leur éruption par la seule porte qu'on leur laissiU ouverte.
Toute l’infanterie , forte d’environ neuf mille hommes , la plupart Espagnols, fut divisée par le duc en quatre brigades , auxquelles il donna quatre Espagnols pour commandants. Alphonse d’Ulloa conduisait la brigade napolitaine, qui se composait de trois mille deux cent trente hommes en neuf compagnies; Sancho de Lodono , la brigade milanaise , deux mille deux cents hommes en dix compagnies; la brigade sicilienne, même nombre de compagnies , en tout mille six cents hommes , était sous les ordres de Julien Romero, homme de guerre expérimenté, qui avait déjà combattu précédemment sur le sol néerlandais', et Gonsalve de Braccamonte commandait la brigade sarde, que trois compagnies de nouvelles recrues, amenées par le duc, avaient rendue égale en nombre à la précédente. A chaque compagnie furent encore ajoutés quinze mousquetaires espagnols. La cavalerie , qui ne se montait pas à plus de douze cents chevaux, se coni|>osait de trois escadrons italiens, deux albanais et sept espagnols , tant de cavalerie légère que de cuirassiers ; elle avait pour commandants supérieurs deux fils du duc, Ferdinand et Frédéric de Tolède. Le maréchal de camp était Chiappin VitelLi , marquis de Cetona, officier renommé , que le duc Côme de Florence avait donné au roi d’Espagne, et Gabriel Scrbellon commandait l’artillerie. Le duc de Savoie lui avait cédé un ingénieur expérimenté, François Paciotto, d’Urbin, qui lui devait être utile dans les Pays-Bas pour la construction de nouvelles forteresses. Suivaient encore ses drapeaux un grand nombre de volontaires et l’élite de la noblesse espagnole, dont la plus grande partie avait combattu sous Charles-Quint en Allemagne , en Italie et devant Tunis ; Christophe .Mondragone, ün de ces dix héros espagnols qui, non loin de .Miihlberg, l’épée entre les dents, avaient traversé l’Elbe à la nage , et, au milieu d’une pluie de balles ennemies , avaient amené de la rive opposée les barques avec lesquelles l’empereur construisit ensuite
1. Le même nus les ordres duquel s’éteit trouvé un des régiments espagnols qui avaient provoqué, sept années auparavant, tant de réclamations de la part des états généraux. {SoU de fauteur.)
un pont de bateaux; Sancho d'Avila, que le duc d'AIbe avait formé lui-méme au métier de la guerre ; Camille de Monte ; François Ferdugo, Charles Davila, Nicolas Basta et le comte ■Martinengo : tous enflammés d’une noble ardeur, pour commencer leur carrière militaire sous un si excellent général, ou pour couronner par cette glorieuse campagne une gloire déjà conquise
l.a revue achevée, l’armée, répartie en trois- corps, passe le mont Cenis , par le même chemin qu’Annibal doit avoir suivi dix-huit siècles auparavant. Le duc conduisait lui-même l’avantgarde; Ferdinand de Tolède, auquel il avait adjoint le colonel Lodono comme lieutenant , commandait le corps de bataille, et le marquis de Cetona l’arrière-garde. 11 fit prendre les devants à François d'ibarra, maître des munitions , ainsi qu’au général Serbellon, pour frayer la route à l’armée , et préparer les vivres dans les étapes. Celle que l’avant-garde avait quittée le malin était occupée le soir par le corps d'armée, qui faisait place le lendemain à l’arrière-garde. Les troupes traversèrent ainsi, à petites journées, les Alpes de Savoie, et, à la quatorzième marche, ce dangereux passage était achevé. Une armée française d’observation les côtoya , le long de la frontière du Dauphiné et du cours du Rhône; et, à droite, l’armée alliée des Génevois, dans le voisinage desquels les Espagnols passèrent à la distance de sept milles. Ces deux corps demeurèrent dans une complète inaction, uniquement attentifs à couvrir leurs frontières. Tandis que l’armée espagnole gravissait ou descendait les roches escarpées, passait l'Isère impétueuse , ou se glissait, homme par homme , à travers d’étroites crevasses de rochers , une poignée d’hommes aurait sufli pour arrêter toute sa marche et la repousser dans les montagnes. IA elle était perdue sans ressource, parce qu’à chaque étape il n’était amassé de vivres que pour un seul jour et pour un tiers de l’armée. .Mais un respect et une crainte étranges du nom espagnol semblaient avoir aveuglé les ennemis, en sorte qu’ils ne voyaient pas leur avantage ou que du moins ils n’osaient pas en profiter. Pour ne pas les en faire souvenir, le général espagnol se hdta de se dérober,