Meteren
316 IIISTOIHE DE DA RÉVODTE DES PAYS-BAS. de telles violences contre la propriété, un mépris si prodigue delà vie humaine, ne se rencontrent guère qu’une autre fois dans l’histoire des fitats civilisés; mais Cinna, Sylla et Marins entrèrent dans Rome en vainqueurs offensés, et ils tirent du moins sans masque hypocrite ce que le gouverneur néerlandais accomplissait sous le voile respectable des lois.
Jusqu’à la lin de cette année 1567 on avait encore cru à l’arrivée du roi, et les meilleurs citoyens s’étaient reposés sur cette dernière espérance. I/;s vaisseaux qu’il avait fait équiper expressément dans cette vue étaient toujours prêts, dans le port de Flessingue, à faire voile à sa rencontre au premier signal; et c’était seulement parce qu’il devait résider dans ses murs que la ville de Bruxelles avait consenti à recevoir une garnison espagnole. Mais cette espérance s’évanouit aussi peu à peu, car le roi remettait ce voyage de saison en saison , et le nouveau gouverneuf commença bientôt à déployer un pouvoir sans limites, qui annonçait moins un précurseur de la majesté royale qu’un ministre souverain qui devait la rendre inutile. Pour achever le malheur des Provinces, il fallut enlin (|ue leur bon ange aussi les quittât en la personne de la gouvernante'.
Dès le moment où l’étendue des pouvoirs conférés au duc ne laissa plus à Marguerite aucun doute sur la fin de sa propre autorité, elle avait pris, en effet, la résolution de renoncer également au titre de sa charge. Voir un insolent héritier en possession d’une dignité qui était devenue pour elle un besoin par une jouissance de neuf années; voir passer à un autre les grandeurs, la gloire, l’éclat, les hommages et toutes les attentions qui sont la suite accoutumée du pouvoir souverain , et sentir perdu ce qu’elle ne pouvait oublier d’avoir possédé : cela était plus que le cœur d’une femme n’en pouvait supporter; mais le duc d’Albo n’était pas fait du tout pour lui rendre, par un usage modéré de sa grandeur nouvelle, ces regrets moins sensibles. L’ordre public, que mettait en péril ce double pouvoir, semblait même imposer cette démarche à Marguerite. Beaucoup de gouverneurs de provinces se refusaient à recevoir des ordres du duc, sans un