‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 168 sur 228 · I.IVnE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

I.IVnE QUATRIÈME

commandement exprès de la cour, et à le reconnaître pour corégent.

Le soudain déplacement de leurs pôles d’attraction n’avait pu se fiiire chez les courtisans d’une manière si douce et si imperceptihle, que la duchesse ne ressentît le changement avec la plus vive amertume. Le petit nombre même qui lui restèrent fidèles , comme , par exemple, le conseiller d’Ltat Viglius, le firent moins par attachement pour sa personne, que par dépit de se voir préférer des nouveaux venus et des étrangers, et parce qu’ils pensaient trop fièrement pour recommencer leur apprentissage sous le nouveau gouverneur*. La plupart ne pouvaient, malgré tous leurs efforts pour tenir le milieu entre les deux puissances rivales, cacher les hommages plus marqués qu’ils rendaient au soleil levant, et le palais royal de Bruxelles devenait chaque jour plus désert et plus silencieux, à mesure que la presse était plus grande à l’hôtel de Kuilembourg. Mais ce qui affecta le plus sensiblement la duchesse, ce fut l’arrestation de Iloorn et d’Egmont, qui fut résolue et exécutée par le duc de sa propre autorité, sans qu’elle en fût informée, et comme si elle n’eût pas même existé. Albe s’efforça, il est vrai, aussitôt après l’événement, de la calmer en l’assurant qu’on lui avait tenu cette résolution secrète par l’unique motif de ne pas impliquer son nom dans une affaire si odieuse; mais une simple attention délicate ne pouvait guérir la blessure qu’on avait faite à son orgueil. Pour se dérober définitivement à toutes les mortifications de ce genre, dont celle-là n’était probablement qu’un avantcoureur, elle envoya son secrétaire intime Machiavel à la cour de son frère, pour solliciter instamment sa démission de la régence. Elle lui fut accordée sans aucune difficulté*, mais avec toutes les marques de la plus haute estime du roi : il sacrifiait, disait-il, son propre intérêt et celui des Provinces pour obliger sa sœur. Un présent de trente mille écus accompagna ce consentement, et une pension annuelle de vingt mille lui fut assignée ’. Il envoya par le même courrier pour le duc d’Albe un

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