‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 169 sur 228 · Dnns la première édition : « Sans difllcullé · texte numérisé non relu

Dnns la première édition : « Sans difllcullé

3. Mais qui ne lui fut pas très-scrupuleusement payée, si du moins l’on peut ajouter Toi ^ une brochure qui parut de son vivant (elle porte pour titre : iJii-

318 mSTOlUE DE LA HÉVOI.TB DES PAYS-BAS. (lijilôine, qui le déclarait gouverneur général de tous les Pays- Bas, avec un pouvoir illimité, à la place de la duchesse Marguerite aurait vu avec un grand plaisir qu'il lui fût permis de déposer sa charge dans une assemblée solennelle des états; elle en exprima assez clairement le désir au roi, mais elle n’eut pas la joie de le voir accompli. En général, elle aimait les cérémonies, et l'exemple de l’empereur, son père, qui avait donné dans cette même ville le spectacle extraordinaire de son abdication, paraissait avoir infiniment d’attrait pour elle. Puisque enlin elle devait renoncer à la puissance souveraine, on ne pouvait du moins trouver blâmable son désir de faire cette démarche avec le plus d'éclat possible; et, comme d’ailleurs elle n’ignorait pas combien la haine générale que le duc inspirait l’avait mise elle-même en faveur, elle appelait de ses vœux une scène si flatleusc et si touchante. 11 lui eût été si doux de voir couler les larmes des Néerlandais pour leur bonne régente, et d'y mêler aussi les siennes ! Au milieu de l’attendrissement général, elle serait descendue du trône plus doucement. Si peu de ctiose qu’elle eût fait pendant les neuf années de son gouvernement pour mériter l’affection générale, quand la fortune lui souriait encore et qu’elle bornait ses désirs à la satisfaction de son souverain , cette affection avait maintenant acquis pour elle d’autant plus de prix, que c’était la seule chose qui pût la dédommager un peu de la ruine de ses autres espérances ; et elle se serait volontiers persuadé qu’elle avait été une victime volontaire de son bon cœur et de ses sentiments trop humains pour les Néerlandais. Comme le monarque ne voulait nullement courir le danger d’une coalition séditieuse de la nation pour satisfaire un caprice de sa sœur, elle dut se contenter de prendre congé des états jiar un écrit, dans lequel elle passait en revue

fouff tur la hïesture dê Monseigneur prince d'Orange^ J5RÎ, sans lieu tJ’impressioD , et se trouve dans la Bibliothèque électorale de Drci^le}. U y e.st dit que Marguerite languissait h Namurdans la ims^re, si mal entretenue par son fils, alors gouverneur des Pays-Bas, que son secrétaire Aldobrandin api>ciait son séjour <!ans celte ville un exil. Mais, njoutc-t-on, pouvait-elle mieux attendre d’un fils qui, lui rendant viMtc h Bruxelles, très-jeune encore, semotiuait d'ello derrière son dos? (.Voir de l'aufeur.)

1. Slrad., ‘.106, 207, 2tW. — Meurs., Cuiî. duriac., iO. — Thuan., 539. — Vigl. ad l/opper. épist. xl, xu, xuv.

UVUK QU AT lui; MK.

toute son administration, énumérait non sans emphase toutes les diflicultés contre lesquelles elle avait eu à lutter, tous les maux que son adresse avait prévenus, et concluait en disant quelle quittait une œuvre achevée, et qu’elle n’avait rien à laisser à son successeur que la punition des coupables. Le roi dut se résigner à l’entendre aussi plusieurs fois lui tenir ce même langage, et elle n’épargna rien pour faire obstacle à la gloire que les heureux succès du duc lui pourraient valoir sans qu’il l’eût méritée. Elle déposa aux pieds du roi son mérite propre, comme quelque chose d’incontestable , mais en môme temps comme un fardeau qui pesait à sa modestie'.

La postérité impartiale pourrait toutefois hésiter à souscrire sans réserve à ce jugement flatteur, (juand môme la voix unanime des contemporains, quand le témoignage des Pays-Das le conlirmerait , on ne pourrait refuser à l’observateur impartial le droit de soumettre ce jugement à un examen plus approfondi. L’esprit du peuple, facile à émouvoir’, n’est que trop disposé à compter un vice de moins pour une vertu de plus, et à louer le mal passé sous l’impression d’un mal présent. Toute la puissance de haine des .Néerlandais semblait s’ôtre épuisée sur le nom espagnol ; accuser la gouvernante d’ôtre l’auteur d'un mal, c'était épargner au roi et à ses ministres des malédictions qu’on aimait mieux faire retomber tout entièj’es sur eux, sur eux seuls; et le gouvernement du duc d’.VIbe dans les Pays-Bas n’était pas le vrai point de vue pour bien apprécier le mérite de celle qui l’avait précédé. Assurément ce n’était pas une entreprise facilè de répondre à l’attente du monarque, sans olïenser les droits du peuple néerlandais et les devoirs de l’humanité; mais, dans sa lutte avec ces deux obligations opposées, .Marguerite n’a rempli ni l’une ni l’autre, et elle a fait évidemment trop de tort à la nation pour ôtre si peu utile au roi. 11 est vrai qu’elle finit par subjuguer le parti protestant; mais l’explosion accidentelle des fureurs iconoclastes lui rendit en cela de plus grands services que toute sa politique. Par son adresse

J. Meurs., Auriac., 40. — Slrad., 207, 20K.

2. Dans la première édition : a L'homme, créature débonnaire et facile à émouvoir, n’est que trop, etc. »

elle parvint, il est vrai, à dissoudre l’alliance de la noblesse; mais ce fut seulement après que la discorde intestine eut porté aux racines mêmes de la ligue le coup mortel. Ce qui avait, pendant plusieurs années, épuisé sans résultat toute sa politique, une levée de troupes, qui lui fut commandée de Madrid, sunit pour l’accomplir. Elle remit au duc un pays pacifié, mais on ne peut nier que la crainte de l’arrivée du duc n’y ait contribué plus que tout le reste. Par ses rapports elle induisit en erreur le conseil d’Espagne , parce qu’elle ne lui fit jamais connaître la maladie, mais seulement les accidents; jamais l’esprit et le langage de la nation, mais seulement les désordres des partis. Son administration défectueuse poussa le peuple au crime , parce qu’elle irritait sans effrayer suffisamment. Elle amena dans le pays le funeste duc d’Albe , parce qu’elle avait porté le roi à croire que les troubles des Provinces devaient être moins attribués à la rigueur de ses ordonnances qu’à l'insuffisance de l’instrument auquel il en avait confié l’exécution. .Marguerite avait de l’adresse et de l’esprit; elle savait appliquer habilement à une situation régulière une politique apprise; mais elle manquait du génie créateur, qui sait trouver pour un cas nouveau et extraordinaire une maxime nouvelle, ou en violer sagement une ancienne. Dans un pays où la plus fine politique était la loyauté, elle eut la malheureuse idée d’employer son artificieuse politique italienne, et par là sema dans les esprits une fatale méfiance. L’indulgence dont on lui fait si libéralement un mérite, avait été arrachée à sa faiblesse et à sa pusillanimité par la courageuse résistance de la nation. Jamais elle ne s’éleva par une résolution spontanée au-dessus de la lettre des ordres du roi ; jamais, par un beau mouvement d'humanité, elle ne se méprit sur le sens barbare de ses commissions. Et môme le petit nombre de concessions auxquelles la nécessité la força, elle les fit avec hé.sitation, à regret, comme si elle avait craint de trop donner, et elle perdait le fruit de ses bienfaits, parce qu’elle les restreignait avec une parcimonieuse exactitude. Ce qu’elle était trop peu dans tout le reste de sa vie, elle le fut trop sur le trône : elle n’y fut qu’une femme. Il dépendait d’elle, après le renvoi de Granvelle , de devenir la bienfaitrice du peuple néerlandais , et elle ne l’est pas devenue. Son bien

Page 1