‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 173 sur 228 · Voy. plus haut, p. 278 et suir · texte numérisé non relu

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SUPPLÉMENT

Egmont fut un des premiers qui saluèrent le duc d’Albe à son entrée dans le Luxembourg. Quand celui-ci le vit s’avancer de loin , il dit à ceux qui étaient auprès de lui : < Voici venir le grand hérétique! » Egmont, qui l’avait entendu, s’arrêta troublé et pAlit. Mais le duc l’ayant accueilli d’un visage serein, cet avertissement fut aussitôt oublié. Il lit présent au duc de deux beaux chevaux pour gagner son amitié.

Deux caractères aussi opposés qu’Egmont et Albe ne pou* valent jamais devenir amis. Mais une rivalité de gloire guerrière avait inspiré de bonne heure au duc une secrète inimitié contre Egmont, qui fut nourrie par quelques petits faits insignifiants. Egmont lui avait un jour gagné ay jeu de dés plusieurs milliers de florins d’or, et c’était là une offense que l’avare Espagnol ne pouvait jamais pardonner. Une autre fois, il fut défié, à Bruxelles, et vaincu par le comte, A un tir à la cible. Tout Bruxelles témoigna hautement sa joie et tSclata en transports d’allégresse , parce que le Flamand avait eu le dessus sur l’Espagnol. Ces petites circonstances ne s’oublient jamais entre hommes qui se heurtent sur un grand théâtre, et Albe savait aussi peu pardonner que son roi.

Durant les premiers jours de son séjour à Bruxelles, le duc se tint dans un complet repos : il fallait qu’il inspirât d’abord de la sécurité à la noblesse pour attirer tous ceux à qui il en voulait. Le comte de Hoorn avait jugé prudent de ne pas assister à sa réception. Mais les assurances qu'Egmont lui donna des bonnes dispositions du nouveau gouverneur, l’enhardirent à venir aussi peu de temps après. 11 ne manquait plus que le comte de Hoogstraeten. Sous un prétexte d’affaires, il reçut l’ordre de paraître à Bruxelles. Un heureux hasard le préserva de sa perte.

Cependant le duc ne voulait pas ditférer trop longtemps l’exécution de son grave dessein. Le secret pouvait s’ébruiter, et ses victimes lui auraient échappé. Le jour fut donc fixé où l'on devait s’assurer des deux comtes de Hoorn et d’Egmont. Leurs secrétaires devaient être arrêtés en même temps, et leurs papiers saisis. I>e gouverneur espagnol d’Anvers, le comte de Lodrona, avait ordre de se rendre maître, le même jour, du bourgmestre, et, dès que la dtose serait faite, d'en doimer avis au duc par une estafette.

Au jour marqué, les comtes de Mansfeld, de Hoorn, d’Egmont, de Barlaimont, d’Arschot et d'autres, avec les fils du duc et les premiers officiers espagnols, furent, sous prétexte d’une délibération extraordinaire, rassemblés dans l’hôtel deKuilembourg, où logeait le général. Le duc s’entretint avec eux du plan d’une citadelle qu’il voulait faire bâtir à Anvers, et il chercha à prolonger le plus possible la séance, parce qu’il ne voulait rien faire avant de savoir comment avait réussi son entreprise à Anvers. Pour pouvoir temporiser sans faire naître de soupçon, il se fit montrer par l’architecte militaire Paciotto, qu’il avait amené d’Italie, le tracé de la citadelle, et demanda aux chevaliers leur avis. Enfin, un courrier étant arrivé d’Anvers avec des nouvelles favorables, il congédia le conseil. Eginont voulait se retirer avec un des fils du duc, quand le capitaine de la garde du corps de ce dernier, Sanclto d’Avila, se présenta devant lui, et qu’en même temps parut une troupe de soldats e.spagnols, qui lui rendirent la fuite et la défense impossibles. L’officier lui demanda son épée, qu’il remit avec teaucoup de calme. « Ce fer, dit-il, a plus d’une fois défendu, non sans succès, la cause du roi. •

A la même heure, le comte de Hoorn fut aussi fait prisonnier dans une autre partie du palais. Hoorn demanda quel était le sort d’Egmont. On lui dit que ce dernier avait été également arrêté au même instant, sur quoi il se rendit sans résistance. « Je me suis laissé guider par lui, s’écria-t-il; il est juste que je partage son sort. »

Pendant que ceci se passait dans l’hôtel de Kuilembourg, un régiment espagnol se tenait sous les armes devant la maison '.

Quelques semaines après leur arrestation, les deux comtes furent conduits, sous une escorte de trois mille soldats espagnols, dans la ville de Gand, où ils furent détenus plus de huit mois dans la citadelle. Leur procès fut instruit, dans toutes les formes, devant le conseil des douze, que le duc avait institué

I. Yoy. plus haut, p. 306 et suiv. C’est apr&s cette phrase que commence le morceau inséré dans les OEurret complètes, sous le titre de Procès et exécution des comtes d’Egmont et de Hoorn.

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SUPPLÉMENT. 341

à Bruxelles, pour connaître des derniers troubles, et le procureur général Jean du Bois fut chargé de dresser l’acte d’accusation. Celui qui était dirigé contre le comte d’Egniont contenait quatre-vingt-dix chefs différents; et celui qui concernait le comte de Hoorn, soixante. Il serait trop long de les énumérer ici; quelques échantillons, d’ailleurs, ont été déjà donnés cidessus*. Toute action, même la plus innocente, toute négligence, fut considérée du point de vue qu’on avait établi tout d’abord : • Que les deux comtes, d’accord avec le prince d’Orange, s’étaient efforcés de renverser dans la Néerlande l’autorité royale, et de faire passer dans leurs ^jropres mains le gouvernement du pays. • L’éloignement de Granvelle , l’ambassade d’Egmont à •Madrid, la. confédération des Gueux, les concessions qu’ils avaient accordées aux protestants dans leurs gouvernements ; tout cela devait s’être accompli en vue de ce plan; tout cela s’enchaînait. Par là, les bagatelles les plus insignifiantes acquéraient de l’importance, et l’une empoisonnait l’autre. Comme on avait eu la précaution de traiter la plupart des articles isolément comme des crimes de lèse- majesté , on pouvait d’autant plus aisément tirer une telle inculpation de tout l’ensemble.

L’acte d’accusation fut expédié aux deux prisonniers, avec invitation d’y répondre dans les cinq jours. Lorsqu’ils l’eurent fait, on leur permit d’appeler des défenseurs et des conseils, qui eurent auprès d’eux libre accès. Comme ils étaient accusés du crime de lèse -majesté, aucun de leurs amis n’eut permission de les voir. Le comte d'Egmont se servit d’un seigneur de Landas et de quelques savants jurisconsultes de Bruxelles.

Leur première démarche fut de récuser le tribunal qui devait les juger, attendu qu’en leur qualité de chevaliers de la Toison d’or, ils ne pouvaient être jugés que par le roi lui-même, comme grand maître de l’ordre. .Mais cette récusation fut écartée, et on les somma de produire leurs témoins, a défaut de quoi on procéderait contre eux par contumace. Egmont avait répondu de la manière la plus satisfaisante à quatre-vingt-deux articles; et, du

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