‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 180 sur 228 · Meteren, loc. cit · texte numérisé non relu

Meteren, loc. cit

.1. Ilisl. (jén. det fVotJ.-L'n. , 470 (t. VI, p. 16 de l'éd. Iranç.). — Meteren, 470. — Tbuau, 11, 529.

360 HISTOinE DE LA DftVOLTE DES PAYS-BAS.

Les bourgeois d’Anvers avaient observé les premiers mouvements de l'ennemi contre leur ville avec la dédaigneuse tranquillité que leur inspirait la vue de leur fleuve invincible. Cette confiance était d'ailleurs, en quelque façon , justifiée par le jugement du prince d'Orangc, qui , à la première nouvelle de ce siège, déclara que la puissance espagnole échouerait devant les murs d’Anvers. Cependant, pour ne rien négliger de ce qui pouvait servir au salut de cette ville, il avait appelé auprès de lui, à Delfl, peu de temps avant son assassinat, le bourgmestre d’Anvers, Philippe Marnix de Sainte-.Aldegonde, son ami intime, avec lequel il se concerta sur la défense d’Anvers. Le prince conseillait de faire raser sans retard la grande digue entre Sanvliet et Lillo, nommée Blaauwgarendyk, afin de répandre , aussitôt qu’il serait nécessaire , les eaux de l’Escaut oriental sur les basses terres de Bergen, et d’ouvrir aux barques de Zélande , si l’Escaut venait à être fermé , un passage jusqu’à la ville par les champs inondés. Après son retour , Aldegonde avait en elfet décidé les magistrats et la plus grande partie des bourgeois à accepter ce projet, quand la corporation des bouchers s’y opposa et se plaignit qu’on lui enlevait par là le moyen de nourrir le bétail; en effet, le champ qu’on voulait mettre sous l’eau était un grand pâturage , où l’on engraissait annuellement près de douze mille bœufs. La corporation des bouchers l’emporta, et réussit à retarder l’exécution de ce projet .salutaire jusqu’au jour où l’ennemi occupa les digues et le pâturage'.

A l’instigation du bourgmestre Sainte-Aldegonde, très-considéré des états de Brabant, dont il était membre lui même, on avait fait réparer, avant l’arrivée des Espagnols , les fortifications des deux rives de l'Escaut, et construire beaucoup de nouveaux ouvrages autour de la ville. On avait percé les digues près de Saftingen et répandu sur presque tout le pays de Waes les eaux de l’Escaut oriental. Le comte de Hohenlohe avait levé des troupes dans le marquisat de Bergen , qui confinait au territoire d’Anvers ; un régiment écossais , sous les ordres du colonel Morgan, était déjà à la solde de la république, et l’on attendait encore de nouveaux secours d’Angleterre et de France.

1. llisl. Qén. det Prov.-Vn.f III» 4C9 (l. VI» p. 16 dt; l’éd. franç.).— Grot,, 88.

SUPPLÉMENT. .TSl

Mais avant tout on demanda aux états de Hollande et de Zélande la plus prompte assistance. Toutefois , quand les ennemis se furent établis sur les deux rives de l’Escaut, et que par le feu de leurs redoutes ils eurent rendu la navigation dangereuse; quand les villes du Brabant furent tombées, les unes après les autres , en leur pouvoir , et quand leur cavalerie eut fermé tous les passages du côté de la terre , les habitants d’Anvers conçurent enfin de sérieuses alarmes pour leur avenir. La ville comptait alors quatre-vingt-cinq mille âmes, et, d’après les calculs qu’on avait faits, il fallait trois cent mille quarts ou quintaux de blé pour son entretien annuel. Au commencement du siège , on ne manquait ni de fournitures ni d’argent pour amasser une pareille provision; car, malgré l’artillerie des ennemis, les barques de Zélande chargées de vivres trouvaient moyen de pénétrer jusqu’à la ville à la faveur de la marée. 11 s’agissait donc seulement d’empécher que quelques-uns des plus riches bourgeois n’achetassent en gros ces provisions , et ne se rendissent ensuite maîtres du prix , quand viendrait la disette. Un certain Gianibelli de Mantoue, qui s’était établi dans la ville, et qui lui rendit, dans la suite du siège, de très-importants services, proposa , à cet effet , de créer un impôt du centième denier , et de fonder une société d’hommes intègres , qui , avec cet argent, achèterait du blé et le livrerait chaque semaine. Les riches devaient avancer provisoirement cet argent , garder comme gages dans leurs magasins les vivres achetés , et avoir aussi leur part dans les bénéfices. Mais co projet ne fut pas du goût des riches habitants , qui étaient bien résolus à tirer profit de la souffrance générale. Ils demandèrent qu’il fût ordonné plutôt à chacun de SC pourvoir des vivres nécessaires pour deux ans ; proposition fort bonne pour eux-mêmes, mais très-désavantageuse aux habitants plus pauvres , qui n’avaient pas même le moyen de se pourvoir pour autant de mois. Par là ils atteignaient, il est vrai, leur but, qui était de chasser entièrement les pauvres de la ville ou de les mettre sous leur dépendance; mais, lorsqu’ils vinrent à réfléchir qu’en temps de famine leur propriété ne serait pas respectée , ils jugèrent prudent de ne pas se presser d’acheter '.

1. Ilial. gcn. det Prov.-Vn., III, 472 (t. VI, p. 23 de l'éd. franç.).

368 HISTOIRE DE DA RÉVOLTE DES l’AYS-RAS.

IjPs magistrats de la ville , pour prévenir un mal qui n'eût jKîsé que sur quelques particuliers , en tirent un autre , qui devint un danger pour tout le monde. Iles entrepreneurs zélandais avaient chargé de vivres une Hotte considérable, qui passa heureusement sous le canon des ennemis et atteignit Anvers. L’espérance d’un gain plus élevé avait encouragé les négociants à Cette spéculation hasardeuse ; mais ils se trouvèrent déçus dans cette espérance à leur arrivée ; car les magistrats d’Anvers publièrent, vers cette époque-là même, un édit par lequel le prix de tous les vivres était considérablement baissé. Pour empêcher en môme temps que quelques particuliers n’achetassent tout le chargement, et ne pus.sent l’entasser dans leurs magasins, pour le revendre ensuite beaucoup plus cher , ils ordonnèrent que tout fût vendu de la main à la main, à bord des vaisseaux. Les entrepreneurs , perdant par ces précautions tout le bénéfice de leur course, mirent sur-le-champ à la voile et quittèrent Anvers avec la plus grande partie de leur chargement , qui aurait sulli pour nourrir la ville pendant plusieurs mois *.

Cette négligence des moyens de salut les plus simples et les plus naturels ne devient concevable que par ce fait, qu’on jugeait encore absolument impossible le barrage complet de l’Escaut, et qu’on n’avait par conséquent aucune crainte sérieuse des dernières extrémités. Aussi , quand la nouvelle arriva que le duc avait l’intention de jeter un pont sur l’Escaut , toute la ville d’Anvers se moqua de cette idée chimérique. On faisait entre la république et le fleuve une fastueuse comparaison , et l’on exprimait la pensée que l’un ne subirait pas plus que l’autre le joug espagnol. Un fleuve large de deux mille quatre cents pieds, disait-on , et qui, même réduit à ses seules eaux, a plus de soixante pieds de profondeur, mais que la marée d’ordinaire élève encore de douze ; un tel fleuve se laisserait dominer par de misérables pilotis? Où trouverait-on des arbres assez élevés pour atteindre jusqu’au fond et s’élever au-dessus de la surface? Et c’est en hiver qu'on veut établir un pareil ouvrage , quand le flux poussera contre cette faible charpente , pour la briser comme du verre , des fies entières et des

Page 1