I. Grotius, 92. — Reidan.', Belg. annal
SUPPLÉMENT
montagnes de glace, auxquelles des murs de pierre peuvent à peine résister? Ou, si le duc songeait à construire un pont de bateaux , où les prendrait-il et par quel cliemin les amènerait-il dans ses retranchements? Ils devraient nécessairement passer devant Anvers , où une flotte était prête pour les capturer ou les couler bas -
Mais, tandis qu’on démontrait ’ dans la ville l’absurdité de son entreprise, le duc de Parme l’avait exécutée. Aussitôt qu’on eut achevé les forts Sainte-Marie et Saint-Philippe, qui pouvaient couvrir par leur feu les ouvriers et l’ouvrage, on construisit de chaque côté, dans le fleuve et vis-à-vis l’un de l’autre, deux échafaudages, pour lesquels on employa les mâts des plus grands navii-es. Grâce à l’habile disposition de la charpente, on sut donner à l’ensemble une telle solidité, qu’il pouvait, comme l’événement le prouva plus tard, résister au choc violent des glaces. Cette charpente, qui s’appuyait sûrement et solidement sur le fond du fleuve et s’élevait au-dessus à une assez grande hauteur, était couverte de planches, qui formaient un chemin commode. Il était assez large pour huit hommes de front, et une barrière pleine, qui régnait de chaque côté, garantissait contre la mousqueterie des vaisseaux ennemis. Ces estacades, comme on les appelait, furent poussées, des deux rives, aussi avant dans le fleuve que la profondeur croissante et la force du courant le permirent. Elles réduisaient la largeur de l’Escaut de onze cents pieds; mais, comme le milieu, le véritable fleuve, n’en permettait absolument pas la continuation , il restait encore entre les deux estacades un espace ouvert de plus de six cents pas , par lequel toute une flotte d’approvisionnement pouvait commodément passer à la voile. Le duc songeait à remplir cet intervalle au moyen d’un pont de bateaux, pour lequel on se serait servi des vaisseaux qui se trouvaient à Dunkerque. Mais, outre que le nombre en était insuffisant, il était difficile de les amener sans grande perte à Anvers. Il dut, par conséquent, se contenter, pour le moment, d’avoir réduit le fleuve à la moitié de sa largeur et entravé d’autant le passage des navires ennemis. Car, à l’endroit où se