‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 182 sur 228 · Strad., SflO · texte numérisé non relu

Strad., SflO

1. « Mais, tandis qu'on lui démontrait, etc. > (Première édition.')

364 IIISTOIUE DE I,A RÉVOLTE DES DAYS-DAS. terminaient les estacades, dans le milieu du fleuve, elles s'élargissaient l’une et l’autre en un carré long, bien garni d’artillerie, et qui formait comme une forteresse en pleine eau. De là on. faisait un feu terrible sur tous les bâtiments qui se hasardaient à travers ce passage, ce qui n’empécliait pas néanmoins que des flottes entières et des vaisseaux isolés ne franchissent ce périlleux chemin

Sur ces entrefaites, la ville de Gand se rendit, et cette conquête, prompte au delà de toute attente, tira tout à coup le duc de son embarras. Il trouvait dans cette ville tous les matériaux nécessaires pour achever son pont de bateaux, et la seule difficulté était de les transporter sûrement. Les ennemis lui frayèrent eux-mêmes la voie la plus naturelle. L’ouverture des digues près de Saftingen avait inondé une grande partie du pays de Waes, jusqu’au bourg de Borcht, en sorte qu’il ne fut point difficile de traverser ces campagnes avec des bateaux plats. Le duc fit donc partir ses bateaux de Gand, et ordonna, lorsqu’ils auraient passé üendermonde et Rupelmonde, de percer la digue gauche de l’Escaut, de laisser Anvers à droite, et de faire voile vers Borcht, dans les champs inondés. Pour protéger cette navigation, on éleva, près de Borcht, un fort propre à tenir les ennemis en respect. Tout réussit à souhait , non sans une vive lutte toutefois avec la flottille ennemie, qui avait été envoyée pour troubler ce trajet. Après avoir percé, en chemin, encore quelques digues, on atteignit à Calloo tes quartiers espagnols, et l’on rentra heureusement dans l’Escaut. L’allégresse de l’armée fut d’autant * plus vive qu’on venait d’apprendre le grand danger auquel les bateaux avaient échappé. Car, à peine s’étaient-ils débarrassés delà flottille ennemie, qu’un renfort lui arrivait d’Anvers, conduit par Odet deTéligny, le vaillant défenseur de Lillo. Celui-ci, voyant l’ouvrage fait et les ennemis échappés, s’empara de la digue, par l’ouverture de laquelle ils avaient passé, et il construisit à cette place une redoute, pour fermer le passage aux bateaux gantois qui pourraient encore arriver '.

- Par là le duc tomba dans do nouvelles perplexités. Il n’a-

I. Slrad., .'■>00, sq. — Thu.m., .SSO. — Molcrcn, liv. XII. 1. Uetereif, 481. — Slrad., 164.

SUPPLÉMENT

vait pas encore, à beaucoup près, les vaisseaux nécessaires ni pour construire le pont ni pour le défendre, et la voie par laquelle on avait amené les premiers était fermée par le fort de Téligny. Comme il reconnaissait la contrée, afin de découvrir un nouveau chemin pour ses flottes, une pensée s’offrit à lui, qui non-seulement mit fin à son embarras présent, mais encore donna soudainement à toute l’entreprise un élan rapide. Non loin du village de Stecken, dans le pays de Waes, à la distance d’environ cinq mille pas des terrains inondés, coule la Moer, petite rivière qui se jette dans l’Escaut, près de Gand. De cette rivière il fit construire un canal jusqu’à l’endroit où commençait l’inondation, et, comme les eaux n’avaient pas partout une profondeur suffisante, le canal fut continué entre Beveren et Verrebroek jusqu’à Calloo, où il aboutissait au fleuve. Cinq cents pionniers travaillèrent sans relâche à cet ouvrage, et, pour encourager les soldats dans ce pénible travail, le duc mit luimôme la main à l’œuvre. Il renouvela de cette manière l’exemple de deux illustres Romains, Drusus et Corbulon, qui avaient joint par de semblables travaux le Rhin avec le Zuyderzée et la Meuse avec le Rhin.

Ce canal, que l’armée appela le canal de Parme, en l’honneur de son auteur, avait une étendue de quatorze mille pas, avec une largeur et une profondeur suffisantes pour porter de trèsgrands bateaux. Il ouvrit aux bateaux de Gand un chemin nonseulement plus sùr, mais aussi beaucoup plus court, jusqu’aux quartiers espagnols, parce qu’ils n’avaient plus besoin désormais de suivre les longs détours de l’Escaut, mais qu’ils entraient, près de Gand, imnaédiatement dans la Moer, et de là, près de Stecken, par le canal et par les terres inondées, arrivaient à Calloo. Comme les produits de toute la Flandre arrivaient dans la ville de Gand, ce canal mettait le camp espagnol en communication avec toute la province. De toutes parts et de tous lieux affluait l’abondance, si bien que, pendant toute la durée du siège, on ne connut plus de privations. Mais le principal avantage que le duc tira de ce travail fut une quantité suffisante de bateaux plats, qui le mirent en. état d’achever la construction de son pont *.

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