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Pendant ces préparatifs, l’hiver était survenu, et, comme l’Escaut charriait des glaces, les travaux du pont subirent une assez longue interruption. Le duc avait vu avec inquiétude approcher cette saison , qui pouvait être extrêmement funeste à son ouvrage commencé, et favoriser à proportion une sérieuse attaque des ennemis contre cet ouvrage. Mais l’habileté de ses ingénieurs le préserva du premier de ces dangers, et l’inconséquence des ennemis le délivra de l’autre. A la vérité, il arriva plusieurs fois qu’à la marée montante d’énormes glaçons s'engagèrent dans les estacades et éliranlèrent les poutres violemment, nuiis elles résistèrent, et les assauts de l’orageux élément ne servirent qu’à rendre leur solidité manifeste.
Oe])endant, à Anvers, on perdait en délibérations inutiles un temps précieux, et, dans la lutte des partis, on négligeait le bien général. Le gouvernement était partagé entre trop de mains, et l’on y donnait une trop grande part à la foule turbulente pour que l’on pût méditer avec calme, choisir avec discernement et exécuter avec fermeté. Outre le véritable conseil delà cité, où le bourgme.stre n’avait que sa voix, il y avait encore dans la ville une foule de corporations, auxquelles étaient confiés la sûreté extérieure et intérieure, l’approvisionnement, les fortilications de la place, la navigation, le commerce, etc., et qui ne voulaient être oubliées dans aucune affaire importante. Cette foule de bavards, qui faisaient irruption, aussi souvent qu’il leur plaisait, dans l'assemblée du conseil, et qui savaient arracher par leurs cris et par la supériorité du nombre ce qu’ils n’avaient pu obtenir par la raison, donna au peuple une dangereuse influence sur les délibérations publiques, et la lutte naturelle d’intérêts si opposés entravait l’exécution de toute mesure salutaire. Une administration si faible et si chancelante ne pouvait se faire respecter d’insolents marins et d’une soldatesque qui sentait son importance; aussi les ordres des magistrats étaient-ils mal exécutés, et plus d’une fois la négligence ou même la mutinerie ouverte des troupes et des marins fit perdre le moment décisif'.
Le peu d’accord dans le choix des moyens par lesquels on voulait résister à l’ennemi n’aurait pas été cependant à beaucoup