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376 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-RAS. camp espagnol, surtout lorsqu’on eut surpris plusieurs plongeurs d’Anvers qui avaient essayé de couper les cibles des vaisseaux. On s’était donc préparé à une sérieuse atUique; seulement on se trompait sur sa véritable nature, et l’on s’attendait plus à combattre avec des hommes qu’avec les éléments. En conséquence, le duc lit doubler les postes le long du rivage, et réunit la meilleure partie de ses troupes près du pont, où il se trouvait présent lui-même; d’autant plus près du danger qu’il cherchait plus soigneusement à l’éviter. A peine le jour fut-il tombé, qu’on vit descendre de la ville trois bateaux enflammés, puis trois autres encore, et aussitôt après un pareil nombre. On donne l’alarme dans le camp espagnol, et toute la longueur du pont se couvre de gens armés. Cependant le nombre des bateaux portant des feux augmentait, et ils descendaient le fleuve, tantôt deux à deux, tantôt trois à trois, dans un ordre déterminé, parce que, au commencement, ils étaient encore dirigés par des mariniers. L’amiral de la flotte anversoise, Jacques Jacobson, avait commis une faute, soit par négligence, soit à dessein, en faisant partir, à des intervalles beaucoup trop rapprochés, les quatre groupes de bateaux, et en les faisant suivre beaucoup trop vite aussi par les deux grands brûlots, ce qui dérangea tout le plan.
Cependant la flottille approchait de plus en plus, et l’obscurité de la nuit augmentait encore l’effet de ce spectacle extraordinaire. Aussi loin que la vue pouvait s’étendre sur le fleuve, tout était en feu, et les brûlots répandaient tant de flammes, qu’on eût dit que le feu les consumait eux-mômes. surface de l’eau était éclairée au loin; les digues et les redoutes le long du rivage, les drapeaux, les armes et l'équipement des soldats qui étaient rangés, soit sur les rives, soit sur le pont, brillaient par le reflet. Ixî soldat ob.servait, avec un mélange de terreur et de plaisir, cet étrange spectacle, qui re.ssemblait plutôt à une fête qu’à un appareil de guerre, mais qui, précisément par ce singulier contraste de l'apparence extérieure avec la destination secrète, remplissait les âmes d’une merveilleuse horreur. Quand cette flotte brûlante fut arrivée à deux mille pas du pont, ses conducteurs allumèrent les mèches, poussèrent les deux grands brûlots juste au milieu du fleuve, et abandonnèrent les autres
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SUPIM.ÉMENT.
au gré (les vagues, se sauvant eux-inémes en toute hâte sur des canots tenus tout pn% *. *
Alors le désordre se mit dans la (lotlille, et les bateaux, sans guides, abordèrent isolément et dispersés aux ouvrages flottants,'où ils restèrent attachés, ou échouèrent de côté contre la rive. Les premières barques munies de poudre, qu’on avait destinées à incendier l’ouvrage flottant, furent jetées vers la côte flamande par un vent orageux qui s’éleva dans cet instant; même un des deux brûlots, celui qu’on appelait la Fortune, coula h fond avant d'atteindre le pont, et tua, en éclatant, quelques soldats espagnols qui travaillaient dans une redoute voisine. Il s’en fallut peu que l'autre brûlot, plus grand, l’Espérance, n’éprouvât le môme sort. Le courant le jeta sur l'ouvrage flottant, du côté de la Flandre, où il fut arrêté, et, s’il eût pris feu dans ce moment, la pdus grande partie de l'effet était perdue. Trompé par les flammes que celte machine jetait comme les autres bâtiments, on la prit simplement pour un brûlot ordinaire, qui était destiné à incendier le pont. Et, comme on voyait les bateaux s’éteindre l’un après l’autre, sans plus d’elTet, on perdit enlin la crainte, et l’on commençait à rire des mesures de l’ennemi, ([ui s’étaient si fastueuseme'nt annoncées et qui avaient une fin si ridicule. Quelques-uns des plus téméraires se jetaient même dans le fleuve pour voir le brûlot de près et l’éteindre, Iors(]u’il s'ouvrit un passage par son poids, rompit l’ouvrage flottant qui l’avait arrêté, et, avec une violence qui faisait tout craindre, s’élança contre le pont de bateaux. Aussitôt tout le monde est en mouvement, et le prince crie aux matelots d’arrêter ta machine avec des perches, et d’éteindre les flammes avant qu’elles atteignent la charpente.
11 se trouvait, dans ce mofnent critique, à l’extrémité de l’estacade gauche, à l'endroit où elle formait sur le fleuve un bastion et se joignait au pont de bateaux. A ses côtés étaient le marquis de Rysbourg, général de la cavalerie et gouverneur de l’Artois, qui avait auparavant servi les états, mais, de défenseur de la république, était devenu son plus ardent ennemi ; le baron de Billy, gouverneur de la Frise et commandant des régi-