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378 inSTomK DE I.A HIvVOETE DES PAYS-BAS. monts allemands; lesgém'jaux Cajelan et Guasto, avec plusieurs des principaux ofliciers ; tous oubliant leur danger personnel et uniquement occupés à détourner le malheur général. Alors un enseigne espagnol s'approcha du duc de Parme, et le conjura de s’écarter d’un lieu où sa vie courait un péril évident. t:omme le duc ne voulait pas l’écouter, il répéta cette prière avec plus de force, et finit par se jeter A ses pieds, le suppliant de suivre, en cette seule occasion, le conseil de son serviteur. Kn parlant ainsi, il saisit le duc par son habit, comme s’il avait voulu l’entraîner de force, et celui-ci, plus surpris de l’audace de cet homme que persuadé par ses raisons, se retira enfin vers la rive, accompagné de Gajetan et de Guasto. A peine avait-il eu le temps d’atteindre le fort Sainte-Marie, à l’extrémité du pont, qu’il se fit derrière lui un tel fracas, qu’on eût dit que la terre s’ouvrait ou que la voûte du ciel s’écroulait. Ijc duc tomba comme mort, et toute l’armée avec lui, et il se passa quelques minutes avant qu’on reprît connaissance.
.Mais quel spectacle lorsqu’on revint à soi ! L’éruption du volcan, qui prit feu, avait déchiré l’Escaut jusque dans ses dernières profondeurs, et, formant un flot de la hauteur d’une muraille, le fleuve avait été poussé par-dessus la digue qui l’encaissait, en sorte que toutes les redoutes de la rive étaient inondées à plusieurs pieds de hauteur. La terre trembla à trois milles à la ronde. Presque toute l’estacade de gauche, ii laquelle le brûlot s’était attaché, était rompue, fracassée, avec une partie du pont de bateaux, et avait sauté en l’air avec tout ce qui se trouvait dessus, avec tous les mâts, les canons et les hommes. La force de l’explosion avait même lancé dans les champs voisins les pierres énormes qui couvraient la mine, de façon que plus tard on en déterra plusieurs à mille pas du pont. Six vaisseaux furent brûlés, d'autres mis en pièces. Mais plus affreux que tout le reste était le ravage que la machine meurtrière avait fait parmi les soldats. Cinq cents hommes, d’autres rapports disent même huit cents, furent les victimes de sa rage, sans compter ceux qui en furent quittes pour des membres mutilés ou d’autres blessures. Les genres de morts les plus opposés se réunirent dans cet effroyable moment. Quelques-uns furent brûlés par la foudre du volcan ; d'autres par l’eau du fleuve devenue bouil-
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SUPPLÉMENT
lante; d’autres encore furent étouffés par la vapeur empoisonnée du soufre; ceux-là furent ensevelis dans les (lois, ceux-ci enterrés sous la grêle de pierres lancée au loin; un grand nombre déchirés par les crocs et les couteaux, ou broyés par les boulets qui s’élancèrent du sein de la machine. Quelques-uns, qu’on trouva morts sans aucujie blessure visible, furent tués sans doute par la seule commotion de l’air. Le spectacle qui s’ofl'rit aux yeux immédiatement après l’explosion de la mine était épouvantable. Quelques hommes étaient pris entre les pieux du pont, d’autres s’efforçaient de se dégager de dessous les masses de pierres , d’autres étaient restés suspendus aux cordages des vaisseaux; de toutes parts s’élevaient d’affreux appels de secours, mais, comme chacun avait assez à faire pour soi-même, on n’y répondait que par d'impuissants gémissements.
Parmi les survivants , plusieurs furent sauvés par un hasard merveilleux. Un oflicier, nommé Tucci, fut enlevé, comme une plume, par le tourbillon, qui le tint quelques moments suspendu en l’air, puis le laissa retomber doucement dans le fleuve, d’où il se sauva à la nage. Un autre fut emporté de la rive flamande par la violence du coup , et déposé sur la rive braban- * çonne, où il se releva avec une légère contusion à l’épaule : dans ce vol rapide il avait éprouvé , disait-il plus tard , la même sensation que s’il eût été lancé par la bouche d’un canon. IjS duc de Parme lui-même n’avait jamais été si près de la mort que dans ce moment; car un inteiTalle de trente secondes avait décidé de sa vie. A peine ax’ait-il mis le pied dans le fort Sainte- Marie, qu’il fut enlevé, comme par un ouragan, et une poutre, qui l’atteignit à la tète et à l’épaule , le jeta par terre sans connaissance. On crut quelque temps qu’il était mort en effet, parce que beaucoup de gens se .souvenaient de l’avoir encore vu sur le pont , quelques minutes avant l’explosion. Enfin on le trouva , la main sur son épée , comme il se relevait entre ses deux compagnons Cajetan et Guasto ; nouvelle qui rendit la vie à toute l’armée. Mais on essayerait vainement de peindra l’état de son âme, lorsqu’il vit le ravage qu’un instant avait fait dans l’œuvre de tant de mois. Le pont était rompu, sur lequel reposait toute son espérance; une grande partie de son armée était tuée, une autre mutilée ou mise hors de service
pour bien des jours , plusieurs de ses meilleurs officiers avaient péri ; et, comme si ce di'sastre public n’avait pas été suffisant , il reçut encore la douloureuse nouvelle qu’on ne trouvait nulle part le marquis de Ujsbourg , celui de tous ses officiers qu’il estimait le plus. Et cependant un autre malheur, le plus grand de tous, menaçait encore : on devait s’attendre, à chaque instant, à voir paraître d'Anvers et de Lillo les flottes ennemies, qui, dans cet affreux état de l’armée, n’auraient trouvé absolument aucune résistance. Le pont était rompu , et rien n’empêchait les vaisseaux zélandais de passer à pleines voiles-, d'ailleurs la confusion des troupes dans ces premiers moments était si grande et si générale , qu’il eût été impossible de donner des ordres et de les exécuter , attendu que beaucoup de corps avaient perdu leurs commandants et beaucoup de commandants leurs corps , et même le poste qu’on avait occupé était à peine reconnaissable au milieu de la ruine générale. Ajoutez que toutes les redoutes sur la rive étaient inondées, beaucoup de canons submergés , que les mèches étaient trempées et les provisions de poudre détruites par l’eau. Quel moment pour les ennemis, s’ils avaient su en profiter ' !
On aura peine à croire l’historien quand il rapporte que ce succès, qui surpassa toute espérance, fut perdu pour Anvers parce qu’on l’ignora. A la vérité, Sainte-Aldegonde, aussilût qu’on entendit dans la ville le fracas de l’explosion , expédia plusieurs galères vers le pont, avec l’ordre de lancer des boulets rouges et des flèches enflammées , dès qu’elles auraient heureusement passé, puis de faire voile au delà vers Lilio, pour y porter cette nouvelle, et faire appareiller sans retard la flotte auxiliaire de Zélande. En même temps, l’amiral d’Anvers avait ordre de partir sans retard avec les vaisseaux, à la vue de ce signal , et d’attaquer l’ennemidans la première confusion. Mais, quoique une récompense considérable eût été promise aux marins envoyés à la découverte, ils ne se hasardèrent pas dans le voisinage de l’ennemi , et revinrent , sans avoir exécuté leur commission , avec la nouvelle que le pont de bateaux était intact, et
I. Slrad., 577, sq. — Mcicren, M7. — Thuan., III, 47. — Uiil. gin. des Prw. Un., III, 497 (l. VI, p. 57, 58 de l’éd. franç.).
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que le brûlot était resté sans elTet. Le lendemain on ne prit pas encore de meilleures nie.sures pour connaître le véritable état du pont; et, comme on ne vit faire aucun mouvement à la flotte de Lillo, quoiqu'elle eût le vent favorable, on se confirma dans la supposition que les brûlots n'avaient rien produit. Personne n'eut l’idée que cette même inaction, du cûté des alliés, qui trompait les .\nversois, pouvait aussi retenir les Zélandais à Lillo , ce qui était vrai en effet. Une si monstrueuse inconséquence ne pouvait être commise que par un gouvernement qui , sans autorité et sans indépendance, prenait conseil de la foule, qu’il aurait dû dominer. Mais [jliis on agissait avec indolence à l'égard des ennemis, plus on se déchaînait avec fureur contre Gianibclli , que la populace forcenée voulait mettre en pièces. La vie de cet ingénieur courut pendant deux jours le plus grand danger; mais enfin , le troisième au matin , un messager de Lillo, qui avait passé à la nage sous le pont, en vint annoncer positivement la réelle destruction, mais aussi en même temps la com]dète réparation'.
r>î prompt rétablissement du pont fut un vrai prodige opéré par le duc de Parme. A peine se fut-il remis du coup qui avait paru renverser tous ses projets , qu’il sut , avec une admirable présence d’esprit, en prévenir toutes les funestes conséquences. L’inaction de la flotte ennemie dans ce moment décisif ranima son espoir. Le fielleux état du pont semblait être encore un secret pour les ennemis, et, s’il était impossible de réparer en quelques heures l’ouvrage de plusieurs mois, c’était déjà gagner beaucoup que de savoir s’en donner l’apparence. Tout le monde dut donc mettre la main à l’œuvre pour enlever les débris, redresser les poutres abattues, remplacer celles qui étaient brisées, combler les vides avec des vaisseaux. Le duc lui-même prit part au travail , et tous les officiers suivirent son exemple. Les simples soldats, animés par la conduite populaire de leurs chefs, firent les derniers efforts ; l’ouvrage fut continué toute la nuit, au bruit continuel des trompettes et des tambours , qui étaient distribués sur tout le pont pour couvrir le bruit des travailleurs. Au point du jour, on ne voyait plus que peu de traces de la