Sl-ad., 58Î. — Thuan., III
SUPPLÉMENT. 385
l’Escaut, et menaçait tantôt d’une descente, soit l’une soit l’autre rive; tantôt d’une attaque le pont de bateaux. On joua plusieurs jours ce jeu avec l’ennemi, qui, ne sachant où il fallait attendre la véritable attaque, devait s’épuiser par une vigilance continuelle, et se rassurer peu à peu en voyant si souvent ses alarmes vaines. Les Anversois avaient promis au comte de Hohenlohe qu’ils soutiendraient de 1a ville, avec une flottille, l’attaque de la digue. Trois fanaux, sur 1e clocher de la cathédrale, devaient être le signal que cette flottille avait appareillé. Or, pendant une nuit sombre , les signaux de feu attendus s’étant élevés elTectivement sur Anvers, le comte de Hohenlohe fit escalader aussitôt la digue, entre deux redoutes ennemies , par cinq cents de ses soldats , qui surprirent une partie de la garde espagnole endormie, et égorgèrent l’autre comme elle se mettait en défense. On se fut bientôt établi sur la digue , et l’on était sur le point d’y faire monter le reste de la troupe, au nombre de deux mille hommes, quand les Espagnols des redoutes voisines se mirent en mouvement, et, favorisés par le terrain étroit, firent une attaque désespérée sur les rangs serrés de l’ennemi. L’artillerie ayant commencé à jouer, des batteries voisines, sur la flotte qui s’approchait, et rendu impossible le débarquement du reste des troupes; aucun secours ne paraissant du côté de la ville, les Zélandais furent défaits, après un court engagement, et précipités de la digue déjà conquise. Les Espagnols vainqueurs les poursuivirent dans l’eau jusqu’à leurs navires, dont ils coulèrent plusieurs, et forcèrent les autres à se retirer avec une grande perte. Le comte de Hohenlohe rejeta la faute de cette défaite sur les habitants d’Anvers, qui l’avaient abusé par un faux signal , et certainement ce ne fut que par le défaut d’ensemble de leurs opérations mutuelles que cette tentative n’eut pas un meilleur succès *,
Enfin on résolut de faire contre l’ennemi une attaque régulière avec les forces unies, et de terminer le siège par un assaut général, dirigé sur la digue aussi bien que sur le pont. On fixa le 16 mai (1585) pour l’exécution de ce projet, et des deux côtés on fit les derniers elTorts pour rendre cette journée décisive.