Sirad., 589. — Meleren
SUPPLÉMENT
vaisseaux, se trouvait dans une bien plus fdcheuse situation, et menaçait à cliaque instant de tomber en ruine. Gamboa, qui la commandait, était couché, blessé, dans l’intérieur, et malheureusement on manquait d’artillerie pour tenir à distance les vaisseaux ennemis. De plus, le rempart que les Zélandais avaient élevé entre cette redoute et celle de Saint-Georges interceptait tout secoure du côté de l’Escaut. Si donc on avait mis à profit l’affaiblissement et l’inaction des ennemis pour continuer avec ardeur et persévérance la rupture de la digue, on se serait, sans nul doute, frayé un passage, et par là, vraisemblablement, on aurait mis fin à tout le siège. Mais ici encore se montra le défaut de suite qu’on peut reprocher aux Anversois dans tout le cours de ces événements. Le zèle avec lequel on avait commencé le travail se refroidit à mesure que le succès le couronnait. Bientôt on trouva beaucoup trop long et trop pénible de percer la digue; on jugea préférable de décharger les grands vaisseaux dans de plus petits, qu’on voulait ensuite expédier à la ville à la marée montante. Sainte-Aldegonde et Hohenlohe, au lieu d’animer le zèle des travailleurs par leur présence , quittèrent le théâtre de l’action juste au moment décisif, pour se rendre à Anvers sur un vaisseau chargé de blé , et y recevoir les éloges dus à leur sagesse et à leur courage *.
Tandis que l’on combattait, des deux parts, sur la digue avec l’ardeur la plus opiniâtre, on avait assailli avec de nouvelles machines le pont de l’Escaut, pour occuper en cet endroit l’attention du duc. Mais le bruit de l’artillerie du côté de la digue lui révéla bientôt ce qui se passait là, et il accourut, aussitôt qu’il vit le pont délivré, pour défendre en personne la levée. Accompagné de deux cents piquiers espagnols, il vola au lieu de l’attaque et parut encore assez tôt sur le théâtre du combat pour empêcher la déroute complète des siens. Il jeta à la hâte dans les deux redoutes les plus proches quelques canons qu’il avait amenés avec lui, et de là fit battre vigoureusement les vaisseaux ennemis. Il se plaça lui-même à la tête de ses soldats, et, l’épée dans une main, le bouclier dans l’autre, il les mena à l’ennemi. Le bruit de son arrivée, qui se répandit promptement d’une extrémité de