SOUVERAIN DES PAYS-BAS
Philippe II reçut les Pays-Bas à l’époque de leur plus florissante prospérité. Il fut le premier de leurs princes qui,audél>ut de son règne , en réunit toutes les parties sous son sceptre. Ils se composaient alors de dix-sept provinces : les quatre duchés de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg, de Gueldre; les sept comtés d’Artois, de Hainaut, de Flandre, de Namur, de Zutphen, de Hollande et de Zélande; le marquisat d’Anvers et les cinq seigneuries de Frise, de Malines, d’Utrecht, d'Overyssel et de Groningue; elles formaient ensemble un grand et puissant État, qui pouvait rivaliser avec des royaumes*. Leur commerce ne pouvait plus monter au delà de ce qu’il était alors. Leurs mines étaient à la surface du globe, mais elles étaient plus inépuisables et plus riches que toutes les mines d’Amérique’, Ces dix-sept provinces, qui égalent à peine, toutes ensemble , la cinquième partie de l’Italie, et qui n’ont pas plus de trois cents lieues flamandes d’étendue, ne rapportaient pas beaucoup moins à leur souverain que toute la Grande-Bretagne ne valait à ses rois , avant que ceux-ci eussent réuni à leur couronne les biens ecclésiastiques. Trois cent cinquante villes, animées par le plaisir et le travail, un grand nombre d’entre elles
1. « Oui, pour la vie intérieure et la richesse, pouvait rivaliser avec les premiers royaumes de l’Europe. » {Première édition.)
2. Dans U première édition : > De son Amérique (de l’Amérique de Philippe U). »
LIVUE FREMI Eli.
fortes sans boulevards et fermées sans murailles; six mille trois cents grands bourgs; des villages moins considérables, des fermes et des châteaux sans nombre , forment de tout cet État une seule et florissante contrée L’éclat de la nation avait tout juste alors atteint son plus haut point; l’industrie et l’abondance avaient élevé le génie du citoyen, éclairé sa pensée, ennobli ses inclinations; à la faveur de la prospérité du pays, l'esprit épanouissait toutes ses fleurs. Un sang plus calme, tempéré par un ciel plus rigoureux, laisse ici moins éclater les orages des passions. L’égalité d’âme, la modération et la patience persévérante , présents de cette zone septentrionale; la probité, la justice et la bonne foi , vertus nécessaires au commerce de ce peuple, et fruits aimables de sa liberté; la vérité, la bienveillance, la fierté patriotique, se mêlent doucement chez lui à des vices qu’on peut appeler plus humains que ceux des autres contrées. Il n’est point de peuple sur la terre plus facile à gouverner pour un sage prince; il n’en est pas de plys difficile si le prince est un fourbe ou un tyran. Nulle part la voix du peuple n'est un juge aussi infaillible du gouvernement. Le véritable art de régner ne peut s’essayer dans une plus glorieuse épreuve, et une politique infirme et artificieuse n’en peut redouter de plus sévère.
Un État tel que celui-là pouvait agir et souffrir avec une force colossale, si un besoin pre.ssant réclamait ses efforts, si une administration sage et ménagère ouvrait les sources de sa puissance. Charles-Quint laissa dans ce pays à son successeur un pouvoir qui était peu différent d’une monarchie tempérée. L’autorité royale s’était remarquablement élevée au-dessus du pouvoir républicain , et cette machine compliquée pouvait désormais être mise en jeu presque aussi sûrement et aussi promptement qu’un État soumis sans restriction. La nombreuse noblesse, autrefois si puissante, suivait maintenant volontiers le souverain dans ses guerres, ou briguait dans les offices de la paix un sourire de. Sa Majesté. L’artificieuse politique de la couronne avait crée de nouveaux biens imaginaires, dont elle était seule dispensatrice. De nouvelles passions et de nouvelles idées sur le