‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 22 sur 228 · Strada, dcc. 1, liv. 1, 17, 18. — Thuan. , II · texte numérisé non relu

Strada, dcc. 1, liv. 1, 17, 18. — Thuan. , II

58 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES l'AYS-RAS. bonheur prirent enfin la place de la rude simplicité républicaine. L'orgueil céda à la vanité, la liberté à l'honneur, une indéiAMidance pauvre à un voluptueux et riant esclavage. Opprimer ou piller la patrie, en qualité de satrape tout-puissant d’un maître absolu, était, pour l’avidité et l’ambition des grands, un appAt plus puissant que d'exercer dans les états généraux , en partage avec le maître, la centième partie de la souveraineté*. Un grand nombre de nobles étaient d’ailleurs tombés dans la pauvreté ou accablés de dettes. Sous le spécieux prétexte de marques d'honneur, Charles-Quint avait déjà alTaibli les plus dangereux vassaux de la couronne par de coûteuses ambassades près des cours étrangères. C’est ainsi qu'il avait envoyé Guillaume d’Orange en Allemagne avec la Couronne impériale, et le comte d'Egmont en Angleterre, pour conclure le mariage de Philippe avec la reine Marie. L’un et l’autre accompagnèrent aussi |)lus tard le duc d’Albe en France, pour négocier la paix entre les deux couronnes et le nouveau mariage de leur souverain avec .Madame Élisabeth. Les frais de ce voyage se montèrent à trois cent mille florins, dont le roi ne paya pas même un denier. Quand le prince d’Orange fut nommé général à la place du duc de Savoie, il dut supporter seul toutes les dépenses que celte dignité rendait nécessaires. Quand des ambassadeurs étrangers ou des princes venaient à Bruxelles, les grands du pays étaient tenus de faire les honneurs pour leur souverain, qui mangeait seul et ne donnait jamais de festin. La politique espagnole avait imaginé des moyens encore [dus ingénieux pour épuiser peu à peu les plus riches familles du pays. Cliaquc année un des grands de Castille parais.sait à Bruxelles, où il prodiguait un luxe et faisait une dépense qui surpassaient de lieaucoup ses revenus, Lui céder l’avantage aurait semblé, à Bruxelles, une honte inelfaçable. Tous rivalisaient pour le surpasser, et consumaient leurs biens dans cette lutte coûteuse, tandis que l’Espagnol se retirait à temps dans sa patrie, et réparait la profusion d’une seule année par quatre ans d’économie. Disputer à tout venant le prix de l'opulence était le faible de ia noblesse néerlandaise , et le gouvernement savait

1. « La centième ou la millième partie Jelaaouverainelé.»(/’rctmVref<IitiOH.1

LIVHE PREMIEU.

très-bien le mettre a profit. A la vérité, ces artifices ne tournèrent pas aussi bieh pour lui dans la suite qu’il l’avait espéré; car le fardeau de ces dettes accablantes rendit précisément la noblesse plus favorable à toutes les nouveautés, parce que celui qui a tout perdu ne peut que gagner dans la ruine générale

Le clergé fut de tout temps l’appui du pouvoir royal, et il devait l’être. Son âge d’or correspondit toujours à l’esclavage de l’esprit humain, et, comme le pouvoir despotique, nous le voyons récolter aux dépens de l’imbécillité et de la sensualité. L’oppression civile rend la religion plus précieuse et plus nécessaire; une aveugle soumission à un pouvoir tyrannique prépare les esprits à une foi aveugle et commode, et la hiérarchie ecclésiastique pay'e avec usure au despotisme ses services. Dans l’assemblée des états, les évêques et les prélats étaient les zélés défenseurs de la majesté royale, et toujours prêts à sacrifier l’intérêt du citoyen à l’utilité de l’Lgliseet à l’avantage politique du souverain. De nombreuses et vaillantes garnisons tenaient en respect les villes, qui étaient d’ailleurs divisées par les dissensions religieuses et les factions, et par là ineertaines de leurs plus fermes appuis. Qu’il fallait donc peu de chose pour conserver cette prépondérance , et combien dut être énorme la faute qui la détruisit!

Aussi grande qu’était l’influence de Philippe II dans ces provinces, aussi considérable était alors l’ascendant que la monarchie espagnole avait acquis dans toute l'Lurope. Aucun Klat n’osait se mesurer avec elle sur le champ de bataille. La France, son plus dangereux voisin , affaiblie par une pénible guerre et plus encore par des factions intérieures, qui levaient la tète sous un gouvernement d’enfant, marchait déjà d’un pas rapide au-devant de l’époque malheureuse qui en fit, pendant près d’un demi-siècle, un théâtre d’horreur et de misère. Élisabeth d’Angleterre pouvait à peine défendre son trêne, encore chancelant, contre les attaques des partis, et son Église nouvelle, encore mal affermie, contre les tentatives secrètes de l’Église proscrite. C’était seulement à son appel créateur que cet État

Page 1