‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 23 sur 228 · Ileiilanus, tiv. 1, S · texte numérisé non relu

Ileiilanus, tiv. 1, S

60 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. devait sortir d’une humble obscurité, et recevoir de la mauvaise politique de son rival les forces vive^avec lesquelles il parvint enfin à le terrasser. La maison impériale d'Allemagne était unie à celle d’Espagne par les doubles liens du sang et de l’intérét politique, et la fortune croissante des armes de Soliman attirait plus son attention vers l’orient que vers l’occident de l’Europe. La reconnaissance et la crainte assuraient à Philippe les princes italiens , et ses créatures maîtrisaient le conclave.. Les monarchies du Nord étaient encore plongées dans les ténèbres de la barbarie, ou commençaient seulement alors à prendre une forme, et le système politique de l’Europe les ignorait. Les plus habiles généraux, de nombreuses armées, accoutumées à vaincre , une marine redoutée , et le riche tribut de l’or, qui ne faisait que de commencer à affluer régulièrement et sûrement des Indes occidentales.... quels redoutables instruments dans la main ferme et constante d’un prince puissant par l’intelligence! Ce fut sous ces heureuses étoiles que s’ouvrit le règne de Philippe II.

Avant de le voir agir, il convient de jeter un rapide coup d’œil dans son âme et d’y chercher la clef de sa vie politique. La joie et la bienveillance manquaient à ce cœur ; son tempérament même et les sombres années de sa tendre enfance l'avaient privé de l’une; l'autre ne lui pouvait être inspirée par des hommes auxquels manquait le plus doux et le plus puissant lien qui rattache l’homme à la société. Deux idées, son moi et ce qui était au-dessus de ce moi , remplissaient son esprit stérile : égoïsme et dévotion , voilà le fonds et la devise de sa vie tout entière. Il était roi et chrétien, mais mauvais chrétien et mauvais roi ; il ne fut jamais homme pour les hommes , parce qu’il ne sortait de lui-même que pour monter, jamais pour descendre. Sa religion était cruelle et sombre , car sa divinité était un être terrible. Il n’avait plus rien à recevoir d’elle, mais beaucoup à craindre. Elle apparaît aux petits comme consolatrice, comme libératrice; devant lui elle se dressait comme un épouvantail, une douloureuse et humiliante barrière , opposée à sa toutepuissance humaine. Son respect pour elle était d’autant plus profond et plus intime, qu’aucun être n’y avait part avec elle. 11 tremblait servilement devant Dieu , parce que Dieu était la

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