‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 33 sur 228 · LIVRE l'UEMIER · texte numérisé non relu

LIVRE l'UEMIER

rement rendre ce choix plus diflicile. La loi qui exclut des charges publiques tout étranger fait une exception pour le gouverneur général. Comme il ne peut appartenir par sa naissance aux dix-sept provinces à la fois, il lui est permis de n’appartenir à aucune; car la jalousie d'un Brabançon n’accorderait, à cet égard, pas plus de droit à un Flamand, dont le domicile serait à une demi-lieue de sa frontière, qu’à un Sicilien, né sur une autre terre, sous un autre ciel. Ici, toutefois, l’intérét même de la couronne semblait devoir favoriser un citoyen néerlandais. Un Brabançon, par exemple, à qui .sa patrie se fût livrée avec une confiance plus illimitée, aurait pu , s’il eût voulu la traliir, avoir achevé à moitié l’œuvre de mort tramée contre la liberté, avant qu’un étranger eût seulement surmonté ladéliance', attentive à ses actions les plus insignifiantes. Le gouvernement avait-il accompli ses desseins dans une province, la résistance des autres était dès lors une témérité qu’il était en droit de châtier de la manière la plus sévère. Dans l’ensemble coordonné que les provinces formaient à cette époque, leurs constitutions particulières avaient, pour ainsi dire, disparu; l’obéissance d’une seule était une loi pour chacune, et le privilège que l’une d’entre elles ne savait pas conserver était perdu pour toutes les autres.

Parmi les grands des Pays-Bas qui pouvaient prétendre à la lieutenance générale, l’attente et les vœux de la nation étaient partagés entre le comte d’Egrnont et le prince d'ürange, qui étaient appelés à ce poste par une naissance également illustre, autorisés à y prétendre par des mérites pareils, et que le peuple, à qui ils étaient chers l’un comme l’autre, eût accueillis avec la même faveur. L’éclat du rang les avait placés tous deux près du trône, et, si le regard du monarque cherchait d’abord parmi les plus dignes, il devait nécessairement tomber sur l’un d’eux. Comme nous aurons souvent à prononcer ces deux noms dans la suite de cette histoire, nous ne pouvons attirer trop lot sur eux l’attention du lecteur.

Guillaume 1", prince d’Orange, descendait de la maison sou-

1. Il y .1 ici un mcnibre de phrase de plus dans la première édition ; « Avant qu’un étranger cûl appris à jouer de Ce nouvel instrument, ou surmonté.... ■

Jÿi mSTOinE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS.

verainede Nassau, qui florissait depuis huit siècles, avait disputé quel(}uc temps la prééminence à la maison d'Autriche, et donné un empereur à l'Allemagne. Outre plusieurs riches domaines dans les Pays-Bas, qui faisaient de lui un citoyen de cet État et un vassal de l'Espagne , il possédait encore en France la principauté indépendante d'Orange Guillaume naquit , en 1633, à Dillcnbourg, dans le comté de Nassau, d’une comtesse de Stolberg. Son père, le comte de Nassau, du même nom que lui, avait embrassé la religion protestante, dans laquelle il éleva aussi son lils. Mais Charles^juint, qui s’intéressa de bonne heure à l’enfant, le recueillit très-jeune à sa cour, et le fit élever dans la religion romaine. Ce monarque qui, dans cet enfant, reconnaissait déjà le grand homme futur, le garda neuf ans auprès de sa personne, daigna le former lui-même aux affaires d’État, et l’honora d’une confiance supérieure à son âge. -Lui seul avait la permission de rester auprès de l’empereur, lorsqu’il donnait audience aux ambassadeurs étrangers ; preuve que , dès son enfance, il devait avoir commencé à mériter le glorieux surnom de Taciturne. L’empereur ne rougit pas même d’avouer un jour publiquement que ce jeune homme lui donnait souvent des avis qui auraient échappé à sa propre sagesse. Quel espoir ne pouvait-on pas fonder sur le génie d’un homme formé à une telle école’!

Guillaume était âgé de vingt-trois ans lorsque Charles-Ouint abdiqua, et il avait déjà reçu de lui deux témoignages publics de la plus haute estime. Ce prince le chargea, à l’exclusion de tous les grands de sa cour, de l’honorable mission de porter la couronne impériale à son frère Ferdinand. Quand le duc de Sa-

1 . Dans la première édition , on lit de plus ce qui suit : « (La principauté in* dé|)Ciulantc d'Orange) que Ucné de CbMoos lui avait léguée par testament , » et au bas de 1a page est la note que voici : « René de CliAlons était cousin germain de Ouillaumo et fils du comte Henri de Nassau, qui, dans un voyage d'ambassade fait en France, avait épousé rbéritiùro de la maison de Châlons. Il perdit la vie au siège de Sainl-Dizier, et ce fut sa veuve, la princesse Anna de Lorraine, qui la première conduisit le jeune Guillaume à Bruxelles.» — Hist. qrn. des Provinces-Vmes^ 2* partie, p. 485 (t. IV, p. 588 de l*é<lition française).

2. proroitTO édition ajoute : « (Kt que ne devait-on pas attendre) du emur de cet homme qui, placé, encore enfant, si près d’un monarque, n'avait pas cessé d'ètre homme de bien ! •

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