LIVRE PREMIER
le comte do Mansfeld, le Cuxembourg; Darlaimont, Naniur; le marquis de Bcrgues, le Hainaut, Cateau-Cambrésis et Valenciennes; le baron de Monligny, Tournai et son territoire. D'autres provinces furent données à d’autres qui sont moins dignes de notre attention. Philippe de Montinorenci , comte do lloorn, à qui le comte de Megen avait succédé dans le gouvernement do Gueldre et de Zutphen, fut confirmé dans sa cliarge d’amiral de' la marine néerlandaise'. Chaque gouverneur do province était en même temps chevalier de la Toison d’or et membre du con-' seil d'Ëtat. Chacun avait, dans la province qu’il gouvernait, le commandement des troupes qui la gardaient, la haute surveillance de l’administration civile et de la justice, la Flandre exceptée, où le gouverneur n’avait point à s’ingérer dans les affaires judiciaires. I.e Brabant était seul sous l’autorité immédiate de la gouvernante, qui, selon l’ancien usage, choisit Bruxelles pour lieu de sa résidence. L’installation du prince d’Orange dans scs gouvernements eut lieu, k proprement parler, contre la constitution du pays, car il était étranger; mais quelques domaines épars qu’il possédait dans les provinces, ou qu’il administrait comme tuteur de son fils, un long séjour dans le pays, et surtout la confiance illimitée de la nation en ses sentiments, suppléaient, par des titres effectifs, à ce qui lui manquait par le hasard de la naissance*.
Les forces nationales des Pays-Bas, qui, lorsqu’elles étaient au complet, devaient se monter à trois mille chevaux, mais n’en comptaient pas alors beaucoup plus de deux mille, étaient divisées en quatorze escadrons , qui avaient pour commandants supérieurs, outre les gouverneurs des provinces, le duc d’.Vrschot, les comtes de Iloogstraeten, Bossu, llœux et Bréderode. Cette cavalerie, qui était dispersée dans les dix-sept provinces, ne devait servir que pour les besoins soudains; si peu suffisante qu’elle fût pour de grandes entreprises, elle était du moins en état de maintenir la tranquillité intérieure. Son courage était
1 . D'iulres traducteurs ont déjà fait remarquer qu’il a’eat glissé quelques petites erreurs de dates dans cette énumération de gouverneurs. .
2. Mcteren, t. I, liv. I, é6. — Burgund., liv. I, pag. 7, 35, 30, 34. — Strad.,
liv. I, îü, sq. — Uùt. g/n. des Prov.-Un., III, 21 (t. V, p. 40, 41 do l'édit, franç.). >
02 HISTOinE UK I,A RÉVOLTE DES PAYS-BAS. éprouvé, et les dernières guerres avaient répandu le renom de sa valeur dans toute l’Europe'. Il avait été question, en outre, de former un corps d’infanterie; mais, jusqu’alors, les états n’avaient pas voulu y entendre. Des troupes étrangères, il restait encore au service quelques régiments allemands, qui attendaient leur solde. Les quatre mille Espagnols, sujet de tant de griefs , obéissaient à deux chefs de leur nation , Mendoza et Homero, et ils étaient en garnison dans les villes frontières.
Parmi les grands des Pays-Bas que le roi distingua particulièrement dans cette distribution des charges, figurent au premier rang les noms du comte d’Egmont et de Guillaume d’Orange. Quelques profondes racines qu’eût dès lors jetées sa haine contre l’un et l’autre, et surtout contre le dernier, il leur donna cependant cette marque publique de sa faveur, parce que sa vengeance n’était pas mûre encore, et que le peuple les honorait avec enthousiasme. Les biens de l’un et de l’autre furent déclarés exempts d’impôts’; les gouvernements les plus lucratifs leur furent confiés. En leur offrant le commandement des Espagnols laissés dans le pays, il les flattait d’une confiance qu'il était bien éloigné de mettre effectivement en eux. Mais, dans le même temps où 41 obligeait le prince par ces témoignages publics de son estime , il sut le blesser en secret d’une manière d’autant plus sensible. Craignant qu’une alliance avec la puissante maison de lA)rraine n’entralnôt ce vassal suspect à des projets trop hardis, il traversa le mariage qui devait se conclure entre Guillaume et une princesse de cette maison, et anéantit son espérance au moment où elle allait se réaliser ; offense que le prince ne lui a jamais pardonnée’. La haine du roi envers lui l’emporta même un jour sur 1a dissimulation naturelle de ce monarque, et l’entraîna à une manifestation où nous ne reconnaissons nullement Philippe II. Comme il s'embarquait ù Flessingue, et que les grands du pays l’entouraient sur le rivage, il s’oublia au point de rudoyer le prince et de l’accuser ouvertement d’être
1. Burgunti., liv. I, 26. — Strail. , liv. 1, 21 , sq. — Hopper, 18, 19, sq. — Thuan. , t. II, 489.
2. Comme ainsi ceux du comte de Hoom. (.Vote de l'auteur.) — Uitl. qén. des Prov.-Vn., t. III, 8 (t. V, p. 14 dç i'édit. franç.).