LIVRE PREMIER
disparaît de l’histoire. Nous voyons leur île envahie par les Francs, qui se confondent ensuite avec tes Belges limitrophes. Les Frisons' ont brisé le joug de leurs maîtres lointains et impuissants, et reparaissent comme un peuple libre et même conquérant, qui se gouverne par ses propres coutumes et un reste des lois romaines, et recule ses limites au delà du Rhin, sur la rive gauche. En général, de toutes les provinces néerlandaises, la Frise a le moins souffert des invasions de peuples étrangers, de coutumes et de lois étrangères, et, durant une longue suite de siècles, elle a conservé de sa constitution, de son esprit national et de ses mœurs, des vestiges qui, môme aujourd'hui, ne sont pas entièrement effacés.
L'époque de la grande migration des peuples anéantit la forme primitive de la plupart de ces nations; d’autres mélanges se font, d’autres constitutions naissent. I/?s villes et les camps des Romains disparaissent dans la dévastation universelle, et, avec eux, d’innombrables monuments de leur grand art de gouverner, exécutés par le travail de mains étrangères. Les digues abandonnées succombent sous la fureur des fleuves et l’invasion de l’Océan. C<-s merveilles de l’industrie humaine, ces ingénieux canaux, se dessèchent; les fleuves prennent un autre cours; la terre ferme et l’Océan confondent leurs limites, et la nature du sol change comme ses habitants. La liaison des deux époques semble rompue, et, avec une nouvelle race d’hommes, commence une nouvelle histoire.
La monarchie des Francs, qui s’éleva sur les ruines de la Gaule romaine, avait englouti, au sixième et au septième siècle, toutes les provinces néerlandaises, et planté dans ces pays la foi chrétienne. La Frise fut la dernière que Charle.s- .Martel assujettit à la couronne franque, après une guerre opiniâtre, et ses armes y frayèrent le chemin à l’Évangile. C.harlemagnc réunit toutes res provinces, qui devinrent alors une portion de la vaste monarchie que ce conquérant forma de l’.Vlleinagne , de la France
1. A partir de cette phrase jusqu’à la dernière de l'alinéa suiTant^ Schiller a modifié, surtout par des additions, sa première rédaction. Les phrases « Kn général de toutes les provinces néerlandaises, etc., » et plus loin « Les villes et les camps des Romains, etc., •• et « I.cs digues, etc. » manquent dans le i/rrenre. Elles se trouvent déjà dans la première édition (1788.)
28 mSTOIHE DE I,A HÉVOETE DES PAYS-BAS.
et de la Lombardie. Quand son grand empire fut démembré par les partages sous ses successeurs, les Pays-Bas se divisèrent aussi en provinces, tantét allemandes, tantôt françaises, tantôt lorraines, et nous les trouvons enfin sous les deux noms de Frise et de Basse-Lorraine'.
Avec les Francs, la constitution féodale, fruit du Nord, vint aussi dans ces contrées, et elle y dégénéra comme dans toutes les autres. Iæs vassaux les plus puissants se détachèrent peu à peu de la couronne, et les officiers royaux usurpèrent, comme propriétés héréditaires, les provinces qu’ils devaient gouverner. Mais ces vassaux rebelles ne pouvaient se soutenir contre la couronne que par le secours de leurs arrière-vassaux, et l’appui que ceux-ci leur prêtèrent dut être acheté par de nouvelles investitures. Des usurpations et des donations pieuses rendirent le clergé puissant, et il s’assura bientôt une existence propre et indépendante dans ses abbayes et ses évêchés. C’est ainsi qu’aux dixième, onzième, douzième et treizième siècles la Néerlandesc trouvait morcelée en plusieurs petites souverainetés, dont les possesseurs rendaient hommage tantôt à l’empereur d’Allemagne, tantôt aux rois francs. Plusieurs de ces souverainetés furent souvent réunies sous une seule famille principale, par achat, mariage, succession, ou encore par droit de conquête, et, dans le quinzième siècle, nous voyons la maison de Bourgogne en possession de la plus grande partie des Pays-Bas*. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, avait déjà réuni, avec plus ou moins de droit, sous son obéissance onze provinces, auxquelles son fils, Charles le Téméraire, en ajouta deux nouvelles par la force des armes. Ainsi s’éleva insensiblement en Europe un nouvel État, auquel il ne manquait que le nom pour être le royaume le plus florissant de cette partie du monde. Ces vastes possessions faisaient des ducs de Bourgogne des voisins redoutables pour la France, et elles induisirent l’esprit inquiet de Charles le Téméraire à former le jilan d’une conquête qui devait embrasser tous les pays qui s’étendaient du Zuyderzée et de l’embouchure du Rhin jusqu’en Alsace. Les inépuisables ressources de ce prince justifiaient dans
1. tlitinirr grt%éra!e des Provinces- L'nies, I" partie, liv. IV cl V (l. I, sect. 3 do Icditioii française).