‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 46 sur 228 · UVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

UVRE DEUXIÈME

midement el sans bruit, s’il n’avait trouvé dans la noblesse un appui , à l’aide duquel il s’éleva d’une manière formidable. CharlesOuint avait séduit les grands des Pays-Bas, en les associant à sa gloire , en nourrissant leur orgueil national par la préférence partiale qu’il leur donnait sur la noblesse de Castille, et en ouvrant un théâtre à leur ambition dans toutes les parties de son empire. Dans la dernière guerre contre la France, ils avaient réellement mérité de son fils cette préférence : les avantages que le roi recueillit du traité de Cateau-Gambrésis avaient été en très-grande partie l’œuvre de leur vaillance , et maintenant ils se voyaient avec dépit frustrés de la reconnaissance sur laquelle ils avaient compté avec tant de confiance. Ajoutons que la séparation de l’empire germanique, détaché de la monarchie espagnole, et l’esprit moins guerrier du nouveau gouvernement avaient généralement resserré leur sphère d’activité, et qu’il leur restait peu de chances de fortune hors de leur patrie. Philippe II établissait maintenant des Espagnols dans les postes où Charles-Uuint avait employé des Néerlandais. Toutes les passions que le règne précédent avait éveillées chez eux et qu’il avait occupées, les suivaient au sein de la paix; et ces désirs effrénés, auxquels manquait leur objet légitime, en trouvèrent par malheur un autre dans les griefs de la patrie. Alors ils se remirent à tirer de l’oubli les prétentions que de nouvelles passions avaient quelque temps écartées. Dans la dernière distribution des charges, le roi n’avait guère fait que des mécontents; car ceux mêmes qui avaient obtenu des offices n’étaient pas beaucoup plus satisfaits que ceux qu’on avait entièrement oubliés, parce qu’ils avaient espéré mieux. Guillaume d’Orange reçut quatre gouvernements , sans compter d’autres plus petits qui, réunis ensemble, en valaient un cinquième; mais Guillaume avait espéré la Flandre et le Brabant. Lui et le comte d’Egmont oublièrent ce qui leur était réellement échu en partage, et se souvinrent seulement que la lieutenance était perdue pour eux. La plus grande partie de la noblesse s’était plongée

étourdiment de son plus puissant talisman, de la crainte des maux latents. Désormais l’attentat n’avait plus à redouter aucune de ces terreurs gardée.s en réserve : l’œil les comptait, l’accoutumance les dOsarmaU, et la raison les pouvait peser. » (Première édition.)

dans los dettes, ou le Kouveniement l’y avait entraînée. Maintenant, n’ayant plus la perspective de rétablir ses atTaires dans des emplois lucratifs, elle se voyait tout à co’up evposée à l’indigence, qui l’affligeait d’une manière d’autant plus sensible, que la vie brillante du bourgeois opulent la faisait ressortir davantage. Dans l’extrémité où ces nobles étaient réduits , un grand nombre auraient d’eux -mêmes offert leurs mains pour un crime : comment auraient-ils pu résister aux propositions séduisantes des calvinistes, qui payaient avec de grandes sommes d’argent leur intervention et leur appui ? Plusieurs enfin , dont la situation était désespérée , trouvaient leur dernier refuge dans le bouleversement général , et étaient prêts à chaque instant à mettre en feu la république.

Cette dangereuse disposition des esprits était encore aggravée par le malheureux voisinage de la France. Li , ce que Philippe II avait à craindre pour les Provinces était déjà un fait accompli. 11 |)ouvait lire d’avance, dans le sort de cet empire, celui de ses Pay s-Bas, et l’esprit de révolte y pouvait trouver un modèle séduisant. Des circonstances semblables avaient répandu dans ce royaume, sous François 1" et Henri II, le germe des nouveautés ; la même furçur de persécution et le même esprit de iàction en avaient favorisé le développement*. Maintenant huguenots et catholiques étaient engagés dans une lutte également incertaine; des partis déchaînés désorganisaient toute la monarchie, et poussaient violemment ce puis.sant Ktat au bord de l’ablme. En Néerlande comme en France, l’égoisme, l’ambition et l’esprit de parti pouvaient se couvrir de la religion et de la patrie , et les passions de quelques citoyens armer toute la nation. I.«s bornes des deux États se touchent dans la Flandre wallonne; la révolte, comme une mer soulevée, peut lancer jusque-là ses flots : le passage lui sera-t-il refusé par une contrée dont la langue , les mœurs et le caractère flottent entre la Gaule et la Belgique ? Le gouvernement n’a pas fait encore dans ces provinces la revue de ses sujets protestants; mais la nou-

1. Vi/a ri'i/i., t. Il, voy. ïïecwil det troubles dfs Pa»j^-Das par Hopper, 22. — Slriul., 47.

2. üi première édition ajoute: « Ët élevé ce faible embryon à la taille d’un (p'éuul. »

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