LIVRE DEUXIÈME
velle secte, il le sait, est une vaste république, cohérente, qui étend ses racines dans toutes les monarchies de la chrétienté, et ressent suMe-champ, dans toutes s<’s parties, le moindre ébranlement. Ce sont des volcans menaçants, qui, liés par des canaux souterrains, s’embrasent à la fois avec un accord formidable. Il fallait que les Pays-Bas fussent ouverts à tous les peuples, parce que tous les faisaient vivre. Philippe pouvait-il isoler un État commerçant aussi facilement que ses Espagnes? S’il voulait purger ces provinces de l’hérésie, il devait commencer par la détruire en France
C’est dans cette situation que Granvelle trouva les Pays-Bas, au début de son administration (1560}.
Ramener dans ces provinces l'uniformité catholique, briser la puissance de la noblesse et des états qui avaient part au gouvernement, et élever l’autorité monarchique sur les ruines de la liberté réj)ublicaine, telle était la gramle affaire de la politique espagnole et la téche du nouveau ministre. Mais à cette entreprise s’opposaient des obstacles qu’on ne pouvait vaincre sans imaginer de nouveaux moyens, .sans mettre en mouvement de nouvelles machines. A la vérité, l'inquisition et les édits de religion semblaient de force à empêcher la contagion de l’héi’ésie; mais les édits manquaient de surveillants, et l’inqyisition d’in.sfruments suflisanls pour sa juridiction agrandie. En ce temps-là subsistait toujours la primitive constitution ecclésiastique des anciens temps où les Pays-Bas étaient moins peuplés, où l’Église jouissait encore d’un repos universel, et pouvait être plus aisément surveillée. Une longue suite de siècles, qui avait changé toute la forme intérieure du pays, avait laissé inaltérée celle de la hiérarchie, qui était d’ailleurs défendue par les privilèges particuliers de chaque province contre l’autorité arbitraire de leurs maîtres. Les dix-sept provinces étaient partagées entre quatre évêques , qui avaient leurs sièges à Arras, Tournai, Cambrai et Utrecht, et étaient subordonnés aux archevêchés de Reims et de Cologne. A la vérité, Philippe le Bon , duc de Bourgogne , en voyant l’accroissement de la population dans CCS contrées, avait déjà songé à une extension
• 1. Slrad., Ut. lit, II, 72, 73.
108 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. de la hiérarchie, mais il avait ensuite perdu ce projet de vue dans rivresse d'une vie voluptueuse. L’ambition et la soif des conquêtes enlevèrent Charles le Téméraire aux affaires intérieures de ses domaines , et Maximilien eut sans cela trop de luttes à soutenir contre les états , pour liasarder encore celle-là. Un règne orageux interdit à Charles-Quint l’exécution de ce vaste plan, que Philippe II enfin adopta comme un legs de tous ces princes'. Le moment était venu où le pressant besoin de ri'iglise pouvait faire excuser celte nouveauté, et le loisir de la paix en favoriser l’exécution. Avec l’immense multitude qui, de tous les pays de l’Europe , se pressait dans les villes néerlandaises , il s’était introduit un mélange confus des religions et des opinions , que si peu d’yeux vigilants ne pouvaient plus surveiller. Le nombre des évêques étant si restreint , leurs diocèses devaient nécessairement s’étendre beaucoup trop loin, et quatre hommes ne pouvaient suffire à maintenir la pureté de la foi dans un aussi vaste territoire.
La juridiction que les arclievèques de Cologne et de Reims exerçaient dans les tays-Bas choquait depuis longtemps le gouvernement, qui ne pouvait regarder cet Etat comme sa propriété tant que la branche la plus importante du pouvoir était encore dans des mains étrangères. Pour la leur arracher, pour animer par de nouveaux et zélés instruments les enquêtes religieuses , et en même temps pour multiplier ses partisans dans l’assemblée des états , le gouvernement n’avait pas de meilleur moyen que d’augmenter le nombre des évêques. C’est avec ce dessein que Philippe II monta sur le trône; mais une innovation dans la hiérarchie devait rencontrer la plus violente opposition au sein des états , sans lesquels on ne pouvait cependant l’entreprendre. Jamais, il pouvait le prévoir, la noblesse n’approuverait une institution par laquelle le parti royal recevrait un si fort accroissement, et qui lui ôterait à elle-même la prépondérance dans la diète. I/>s revenus dont vivraient ces nouveaux évêques devaient être enlevés aux abbés et aux moines , qui formaient une partie considérable des états. D’ailleurs Philippe II avait à craindre tous les protestants, qui ne pouvaient manquer