‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 51 sur 228 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

)a gouvernante et di'^jouée; par la seconde, le message au roi, la ville d’Anvers obtint que son évêque De lui serait pas imposé « avant l’époque, disait-on. où le roi viendrait en personne'. »

L’exemple et le succès d’Anvers donnèrent le signal de l’opposition à toutes les autres villes auxquelles on avait destiné des évêques. Ceci nous montre d’une manière frappante à quel degré était alors parvenue la haine de l’inquisition et la concorde des villes néerlandaises : elles aimaient mieux renoncer à tous les avantages que la résidence d’un évêque devait répandre nécessairement sur leur commerce intérieur, que de favoriser par leur adhésion ce tribunal détesté et d’agir contre l’intérêt général. Deventer, Ruremonde et Leuwarden résistèrent avec fermeté et parvinrent heureusement à leur but (1561) ; les autres villes, malgré toute leur opposition, furent contraintes de recevoir les évêques. Utrecht, Harlem, Saint-Omer et Middelbourg furent parmi les premièresqui leur ouvrirent leurs portes; les autres villes suivirent cet exemple; mais à .Malines et à Bois-le-Duc on traita les évêques avec fort peu de respect. Lorsque Granvelle lit son entrée solennelle à Malines, pas un seul membre de la noblesse ne parut, et tout manqua à son triomphe, par l’absence de ceux sur lesquels il était remporté*.

Pendant ce temps, le terme était expiré, où les troupes espagnoles devaient évacuer le pays, et il n’y avait encore aucune apparence que leur départ fût proche. On découxxit avec effroi la vé- * ritable cause de ce retard, et la méfiance craintive y voulut voir un funeste rapport avec l’inquisition. Le séjour prolongé de ces troupes rendait plus difficiles au ministre toutes les autres innovations, parce que la nation en devenait plus soupçonneuse et plus vigilante; et cependant il répugnait à se priver de ce puissant secours, qui, dans un pays où tout le monde le haïssait, et chargé comme il l’était d’une mission où il trouvait tout contre lui, lui paraissait indispensable. Mais enfin la gouvernante se vit forcée par le murmure général à insister sérieusement auprès du roi pour 1e rappel de ces troupes. « Les provinces, écritelle à Madrid, ont déclaré unanimement qu’on ne les amènerait

1. Burgund., 60, 61. — Meteren, 59. — Fila Figî. , t. II, 29 , 30. — Strad. . II'. 79. — Thuan., II, 488.

2. Fila Vigl., t. II. Hecueit lies troubles des Pays-Bas p.nr Happer, 24.

scmu.En. — msT. i. H

114 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-RAS. jamais à accorder au gouvernement les impôts extraordinaires qu’il avait demandés, aussi longtemps qu’on ne leur tiendrait point parole à ce sujet. Le danger d’un soulèvement était bien plus pressant que celui d’une attaque des protestants français, et, s’il éclatait une révolte dans les Pay.s-lJas, ces troupes étaient en tout cas trop faibles pour la réprimer, et le trésor trop pauvre pour en recruter de nouvelles. » Le roi cberclia encore à gagner au moins du temps en différant sa réponse, et les représentations réitérées de la gouvernante seraient demeurées sans effet, si, pour le bonheur des Pays-Bas, un échec qu’il avait éprouvé récemment contre les Turcs, ne l’avait forcé d’employer ces troupes dans la Méditerranée. 11 souscrivit donc enfin à leur départ. Elles furent embarquées en Zélande (1561), et firent voile accompagnées des cris de joie de toutes les provinces'.

Granvelle cependant dominait d’une manière presque absolue dans le conseil d’État. Il dispo.sait de tous les emplois civils et ecclésiastiques; son avis prévalait sur l'opinion unanime de l’assemblée. Li gouvernante elle-même était sous sa loi. 11 avait su arranger les choses de telle sorte que la nomination de la régente ne fût que pour deux ans, et par cet artifice il la tenait toujours sous sa dépendance’. 11 était rare qu’on proposât aux délibérations des autres membres une affaire de conséquence, et, si cela arrivait par hasard, c’étaient des choses dès longtemps décidées, pour lesquelles on demandait tout au plus l’inutile formalité de leur consentement. Lorsqu’on lisait une lettre du roi, Viglius avait l’ordre de passer les endroits que le ministre lui avait soulignés. Il se rencontrait souvent en effet que cette correspondance avec l’Espagne lais.sât paraître les plaies de TÉtat ou les soucis de la gouvernante, choses dont on n’aimait pas à informer les membres du conseil, de la fidélité desquels on avait à se métier. S’il arrivait que les partis l’emportassent sur le ministre, et qu’ils insistassent énergiquement sur un article qu’il ne lui était plus guère po.s.sible d’écarter, il le soumettait à la décision du ministère à Madrid: par là il gagnait au moins

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