Mctercn, 61. — Burgund
LIVIIE DEUXIÈME.
du temps, et il était sûr de trouver de l’appui *. Si l’on excepte le comte Barlaimont, le président Viglius et un petit nombre d’autres, tout le reste des conseillers ne tiguraiciit au conseil que pour la forme, et la conduite de Granvelle à leur égard se réglait sur le peu de prix qu’il attachait à leur amitié et à leur dévouement. Il n’est pas étonnant que des hommes dont la fierté avait été tellement caressée par les attentions les plus flatteuses de princes souverains*, et que le dévouement respectueux de leurs concitojens encensait comme les dieux de la patrie, ressentissent avec la plus profonde indignation l’arrogance d’un plébéien. Plusieurs d’entre eux avaient été offensés personnellement par Granvelle. Le prince d’ürange n’ignorait pas qu’il avait traversé .son mariage avec la princesse de Ixirraine, et tâché de faire échouer une autre alliance avec la princesse de Saxe. Il avait enlevé au comte de Hoorn le gouvernement de Gueldre et de Zutphen, et gardé pour lui-mérne une abbaye que le comte d’Egmont avait sollicitée pour un parent. Assuré de sa prépondérance, il ne croyait pas même qu’il valût la peine de cacher à la noblesse le dédain qui était la règle de toute son administration. Guillaume d’Orange était le seul qu’il jugeât encore digne de sa dissimulation. Sur ce point, quoiqu’il se crût en effet bien au-dessus de toutes les règles de la crainte et de la convenance, son conüant orgueil le trompa, et il ne manqua pas moins à la politique qu’il ne pécha contre la modestie. Dans la situation oùles choses étaient alors, il eût été diflicile au gouvernement de suivre un plus mauvais système que celui de ne compter pour rien la noblesse. Il ne tenait qu’à lui de flatter ses inclinations, de la gagner adroitement et à son insu au plan qu’il suivait, et de l’employer elle-même à étouffer la liberté du peuple. Et maintenant il lui rappelait fort mal à propos ses devoirs, sa dignité et sa force, il la contraignait d’étre patriote, et de reporter vers la véritable grandeur une ambition qu’il avait inconsidérément rebutée. Pour faire exécuter les édits de religion, il avait besoin du concours le plus actif des gouverneurs ; mais on ne