LIVRE DEUXIÈME. lly
la duchesse de rompre la délibération et de lever la séance. • Ix; gouvernement, écrit-il à .Madrid, ne peut rien faire qui lui soit plus funeste que de permettre l’assemblée des états. Une telle démarche est fâcheuse en tout temps, parce qu’elle induit le peuple en tentation de peser et de limiter les droits du trône; mais elle serait trois fois pernicieuse à présent que l’e.sprit de révolte s'est déjà répandu au loin de tous côtés ; à présent que les abbés, irrités de la perte de leurs revenus, ne négligeront rien pour diminuer l'autorité des évéques; que toute la noblesse et les députés des villes sont menés par les artifices du prince d’Orange, et que les mécontents peuvent compter certainement sur l’appui de la nation. » Ces représentations, qui tout au moins n’étaient pas dépourvues de solidité, ne pouvaient manquer de produire sur l’esprit du roi l’elfet qu’on s’en promettait. La convocation des états fut rejetée une fois pour toutes ; les sévères édits contre les hérétiques furent renouvelés avec la dernière rigueur, et la gouvernante invitée à faire partir promptement les secours demandés.
•Mais il lui fut impossible d’y déterminer le conseil d’État. Tout ce qu’elle obtint fut d’envoyer à la reine mère, au lieu de soldats, de l’argent, ce qui, dans la conjoncture présente , était un secours encore plus opportun. Cependant, pour amii.ser du moins la nation par un simulacre de liberté républicaine, Marguerite convoque les gouverneurs des provinces et les chevaliers de la Toison d’or en assemblée extraordinaire à Bruxelles, pour délibérer sur les dangers actuels et les besoins de l’iitat. Après que le président Viglius leur eut exposé l’objet de leur réunion, on leur donna trois jours pour y rélléchir. Pendant l’intervalle, le prince d’Orange les rassemble dans son palais, où il leur représente la nécessité de se concerter avant la session et d’arrêter en commun les règles d’après lesquelles on doit agir dans le présent danger de l’État. Beaucoup de membres approuvent cette proposition; mais Barlaimont, avec quelques rares partisans du cardinal Granvelle, eut le courage de défendre dans cette réunion la cause du roi et du ministre. Il déclara qu’il ne leur •appartenait pas de se mêler des soins du gouvernement, et que cet accord préparatoire des suffrages était une illégale et punissable usurpation , dont il ne voulait pas se rendre coupable.
I2Ü mSTÜlHK UE LA RÉVOLTE UES PAYS-BAS.
Celte déclaration mit fin u la conférence et la rendit vaine gouvernante , informée de cet incident par le comte Barlaimont, sut si bien occuper les chevaliers pendant leur séjour dans la ville , qu’ils ne purent trouver le temps de se concerter de nouveau. Cependant il fut résolu dans cette session, avec son consentement, que Florent de Montmorency, seigneur de Montigny, ferait le voyage d’Espagne , pour informer le roi de l’état présent des affaires. Mais la gouvernante le fit devancer à Madrid par un messager secret , qui fit connaître au roi préalablement tout ce qui s’était passé dans cette conférence entre le prince d’Orange et les chevaliers. A Madrid, on berça l’envoyé flamand par de vaines assurances de la faveur du monarque et de ses sentiments paternels pour les Pays-Bas, et en même temps il fut ordonné à la régente d’empêcher par tous les moyens les secrètes alliances de la noblesse, et, s’il était possible, de semer la désunion entre les principaux de ses membres*.
La jalousie, l’intérêt particulier et la différence de religion avaient longtemps divisé beaucoup de grands ; leur commune disgrêcc et la haine pour le ministre les avaient de nouveau réunis. Aussi longtemps que le comte d'Egmont et le prince d’Ürange aspirèrent au gouvernement général, ils ne pouvaient manquer de se heurter quelquefois l’un l’autre dans les routes diverses que chacun d’eux avait choisies pour aller à son but. Tous deux s’etaient rencontrés sur le chpmin de la gloire et auprès du trône ; tous deux se retrouvèrent encore dans la république, où ils briguèrent le même prix, la faveur de leurs concitoyens. Des caractères si opposés ne devaient pas larder à s’éloigner l’un de l’autre; mais la puis.sante sympathie de la nécessité les rapprochait tout aussitôt. Ils étaient maintenant indispensables l’un à l'autre ; et le besoin serra entre ces deux hommes un lien que leurs cœurs n’auraient jamais réussi à former*. Ce fut précisément sur cette dillérence de leurs caractères que la gouvernante fonda son plan ; et, si elle parvenait à les diviser, elle séparait en même temps toute la noblesse néerlandaise en deux partis. Au moyen de présents et de petites atten-
1. Ilurpunil., 63, 6.i. — Vila l'igl., t. II, 25, 26. — Strad., 82.