‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 56 sur 228 · Uurgund., 45. — Slrad · texte numérisé non relu

Uurgund., 45. — Slrad

UVUE DEUXlftME.

lions, dont elle honora exclusivement ces deux hommes, elle cherchait à exciter contre eux l'envie et la défiance des autres ; et, en paraissant donner au comte d'Egmont la préférence sur le prince d’ürange , elle espérait rendre la lidélité du premier suspecte au second. 11 arriva que, vers ce même temps, elle dut envoyer à Francfort un ambassadeur extraordinaire pour l’élection du roi des Romains : elle choisit le duc d’Arschot, l’adversaire le plus déclaré du prince, pour montrer en quelque sorte par cet exemple avec quel éclat on récompensait la haine portée à Guillaume d’Orange.

Le parti du prince, au lieu de s’affaiblir, avait fait une acquisition importante en la personne du comte de Hoorn, lequel, comme amiral de la marine néerlandaise, avait conduit le roi en Biscaie et venait de rentrer au conseil d’État. L’esprit inquiet et républicain de Hoorn vint au-devant des projets hasardeux d'Orange et d’Egmont, et bientôt il se forma entre ces trois amis un dangereux triumvirat, qui ébranla la puissance royale dans les Pays-Bas, mais qui ne finit pas de la même manière pour tous trois.

(1562.) Cependant Montigny était aussi revenu de sa mission, et il rendit compte au conseil d'État des sentiments favorables du roi. Mais le prince d’Orange avait de son côté, par de secrets canaux , des nouvelles de Madrid qui contredisaient complètement ce ra|iport, et qui méritaient beaucoup plus de créance. Par cette voie il apprit tous les mauvais services que Granvelle lui rendait auprès du roi, ainsi qu’à ses amis, et les noms odieux que l’on donnait en Espagne à la conduite de la noblesse néerlandaise. Il n’y avaitpoint de remède à espérer, aussi longtemps que le ministre ne serait pas écarté du gouvernement, et cette entreprise, si hasardeuse et si téméraire qu’elle parût, occupait alors entièrement le prince. Il fut résolu entre lui et les deux comtes de Hoorn et d’Egmont, qu’on rédigerait, au nom de toute la noblesse, une lettre commune au roi, pour accuser formellement le ministre et solliciter avec force son éloignement. Le duc d’Arschot, à qui cette proposition est communiquée par le comte d’Egmont, la rejette, avec cette fière déclaration, qu’il n’entend recevoir aucune loi d’Egmont et d’Orange; qu’il n’a point à se plaindre de Granvelle, et qu’il trouve d'ailleurs fort téméraire de prescrire au roi com-

122 HISTOIRE DE l.A REVOLTE DES PAYS-RAS.

ment il doit user de ses ministres. I>e prince d'Orange reçoit du comted’Areinbergune r<^ponse semblable. Ou bien les germes de mélianceque la gouvernante avait semés parmi la noblesse avaient déjîi poussé des racines, ou bien la crainte qu’inspirait la puissance du ministre surmontait l’horreur de son administration. Quoi qu’il en soit, toute la noblesse recula, intimidée et irrésolue, devant cette proposition. Oette attente déçue n’abattit point leur courage: la lettre fut écrite, et tous les trois la signèrent' (1563).

Granvclle y est représenté comme le premier auteur de tous les troubles des Pays-Bas. Aussi longtemps que le pouvoir souverain restera confié à des mains si coupables, il leur sera impossible, déclarent-ils, de servir efficacement la nation et le roi. Tout rentrerait, au contraire, dans le repos accoutumé, toute 0|>position cesserait et le gouvernement regagnerait l’affection du peuple, aussitôt qu’il plairait à Sa Majesté d’éloigner cet homme des affaires. Dans ce cas, ajoutaient-ils, ils ne manqueraient ni d'influence ni de zèle pour maintenir dans ces provinces l’autorité du monarque et la pureté de la foi, qui ne leur était pas moins sacrée qu’au cardinal Granvelle ’.

Si secrètement que cette lettre fût expédiée, laduches.se en fut pourtant informée assez tôt pour affaiblir par une autre lettre, dont elle la fit précéder en toute hâte, l’effet que, contre toute vraisemblance, elle eût pu produire sur l’e.sprit du roi. Quelques mois s’écoulèrent avant qu’il vînt de Madrid une réponse. Elle fut modérée, mais vague. I^e roi, disait-elle, n’avait pas coutume de condamner, sans les entendre, ses ministres, sur les accusations de leurs ennemis. La seule équité naturelle demandait que les accusateurs du cardinal descendissent des incul- ])ations générales à quelques preuves particulières, et, s’ils réjiugnaient à le faire par écrit, l'un d’entre eux pouvait venir en Espagne, où il serait reçu avec tous les égards convenables’. Outre cette lettre, qui était adressée à tous trois en commun, le comte d’Egmont en reçut encore une de la propre main du roi, où Philippe II exprimait le désir d’apprendre de lui en par-

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