‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 62 sur 228 · LE CONSEIL D’ÉTAT · texte numérisé non relu

LE CONSEIL D’ÉTAT

(1564.) Immédiatement après la retraite du ministre, se montrèrent toutes les heureuses conséquences qu’on s’était promises de son éloignement. Les nobles mécontents reprirent leurs sièges dans le conseil d’État , et se vouèrent aux affaires avec un redoublement de zèle, pour qu’on n’eùt pas lieu de regretter le banni, et pour prouver par l’heureuse marche de l’administration qu’on pouvait se passer de lui. La presse était grande autour de la duchesse. Tous rivalisaient pour se surpasser les uns les autres en bon vouloir, en soumission, en zèle pour le service. On prolongeait le travail jusque bien avant dans la nuit; la plus grande union régnait entre les trois conseils, la meilleure intelligence entre la cour et les états. On pouvait tout obtenir de la cordialité de la noblesse néerlandaise, aussitôt qu’on flattait par la confiance et la bonne grâce son obstination et son orgueil. La gouvernante mit à profit la première allégresse de la nation pour lui dérober son consentement à quelques impôts, qu’elle n’avait pu arracher sous l’administration précédente. Le grand crédit de la noblesse auprès du peuple la soutint dans cette occasion de la manière la plus efficace, et bientôt elle apprit de cette nation le secret, qui s’est tant de fois vérifié à la diète de l’Empire*, qu’il faut seulement demander beaucoup pour obtenir toujours quelque chose. I.a gouvernante elle-même se voyait avec plaisir délivrée de son longesclav.ngc;

1. « Oui s'est tant do fois rérifié à la diète de l’Kiu;iirc. » Co menibrc do pluase n'est point dans la première édition.

lï-mulalion du zèle chez les nobles lui rendait plus léger le poids des afîaires, et leur flatteuse soumission lui faisait sentir toute la douceur du commandement (1564.) Granvellc était renversé, mais son parti subsistait toujours. Sa politique vivait dans scs créatures, qu’il avait laissées dans le conseil privé et dans le conseil des finances. I>a haine couvait encore au sein des partis, longtemps après que le chef eut été banni, et les noms d'orangisks, de royalisks, de patriotes et de cardinalistes, continuaient à partager le conseil et à nourrir le feu de la discorde. Viglius de Zuichem d'Aytta, président du conseil privé, conseiller d’État et garde des sceaux, passait alors pour riiomme le plus important du sénat et le plus puissant soutien de la couronne et de la tiare. Ce vieillard plein de mérite, à qui nous devons quelques documents précieux relatifs à l’histoire de la révolte néerlandaise, et dont la correspondance intime avec ses amis nous a guidé plus d’une fois dans cette narration, était un des plus grands jurisconsultes de son temps, et de plus théologien et prêtre, et il avait déjà exercé sous l’empereur les charges les plus importantes. Son commerce avec les hommes qui honoraient le plus cette époque par leur science , et à la tête desquels se trouvait Érasme de Hotlerdam; les nombreux voyages aussi qu’il avait entrepris pour les aflaires de l’empereur, avaiént agrandi le cercle de ses connaissances et de son expérience, et, à plusieurs égards, élevé ses princijæs au-dessus de son temps. La renommée de son savoir remplit tout son siècle, et a transmis son nom à la po.stérité. En 1548, quand l’union des Pays-Bas avec l’empire d’Allemagne dut être fondée à la diète d’Augsbourg , Charles- Quint y envoya cet homme d’État pour soutenir les intérêts des Provinces, et son habileté contribua le plus à faire tourner les négociations à l’avantage des Pays-Bas *. Après la mort de l’empereur, Viglius fut un des serviteurs tes plus éminents que Philippe U hérita de son père, et du petit nombre do ceux dans lesquels il honora sa mémoite. Il fut associé à la haute

!. Hnppcr, .18. — Bnrg. , ’8, 79. — Slrad., 95, 98. — Grol., 17.

2. Ilisl. géii. des Prur.-Un., 2' partie, 503 et suiï. (I. IV, p. GI2 elo l’éd. fraiiç.).

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