I.lVnK DEUXIÈME
fortune de Granvelle , avec qui d’anciennes relations l’avaient lié , mais il ne partagea pas la disgrâce de son protecteur, parce qu’il n’avait partagé ni son ambition , ni la haine dont il était l’objet. Un séjour de vingt ans dans les Provinces, où les affaires les plus importantes lui avaient été confiées; la fidélité la plus éprouvée envers son souverain , et le plus vif attachement à la foi catholique, faisaient de lui le principal instrument de la monai-chie dans les Pays-Bas
Viglius était un savant, mais non un penseur; un homme d’affaires expérimenté, non une tête vraiment éclairée ; il n’avait pas l’âme assez forte pour briser les chaînes du préjugé comme Érasme son ami, et bien moins encore assez mauvaise pour les mettre au service de ses passions comme son chef Granvelle. Trop faible et trop timide jiour suivre la direction plus hardie de sa propre raison, il aimait mieux se confier au sentier plus commode de la conscience ; une chose était juste pour lui, aussitôt qu’il y voyait un devoir. Il était de ces honnêtes gens qui sont indispensables aux méchants : l’astuce comptait sur sa loyauté. Un demi-siècle plus tard.il aurait dû sa gloire à la liberté, qu’il concourut alors à opprimer. Dans le conseil privé de Bruxelles, il servit la tyrannie; dans le parlement de Londres ou le sénat d’Amsterdam, il fût mort peut-être comme Thomas. Morus et Olden Barnevelt.
La faction avait un adversaire non moins redoutable que Viglius dans le président du conseil des finances , le comte Barlaimont. Les hi.storiens nous ont conservé peu de détails sur le mérite et les sentiments de cet homme ; la grandeur éblouissante de son chef, le cardinal Granvelle, l’éclipsa. Loreque ce ministre eut disparu de la scène, la prépondérance du parti contraire l’écrasa; mais le peu que nous pouvons découvrir sur son compte, jette sur son caractère un jour favorable. Plus d’une fois le prince d’Orange fait des efforts pour l’éloigner des intérêts du cardinal et l’attacher à son propre parti : preuve suffisante qu’il mettait du prix à cette conquête. Toutçs ses tentatives échouent : preuve qu’il n’avait pas affaire à un caractère chan- • celant. Plus d'une fois nous voyons Bai lalmont, seul parmi tous