‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 67 sur 228 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Comme la faction n’avail pu réussir à introduire ses partisans dans CCS deux cours’, il ne lui restait d’autre moyen que de les mettre entièrement l’une et l’autre hors d’activité, et de faire passer leurs attributions au conseil d’Iîtat. Pour venir à bout de ce projet, le prince d’Orange chercha à s’assurer l’appui des autres conseillers d’État. « On nous appelle sénateurs, disait-il souvent à ceux de son parti, mais d’autres possèdent le pouvoir. Quand on a besoin d’argent pour payer les troupes, ou lorsqu’il est question de réprimer les progrès de l’hérésie, ou de maintenir le peuple dans l’ordre, on vient à nous, qui n’avons pourtant la garde ni du trésor ni des lois, et qui sommes seulement les organes par lesquels les deux autres conseils agissent sur l’État. Et cependant nous suffirions à nous seuls pour toute l’administration, qu’on a inutilement partagée entre trois chambres diverses, si nous voulionsseulement nous réunir pour incorporer de nouveau dans le conseil d’État ces branches détachées du gouvernement, afin qu’un seul esprit anime le corps tout entier. » On traça d’avance et en secret un plan, selon lequel douze nouveaux chevaliers de la Toison d’or étaient appelés au conseil d’État, l’administration de la justice restituée au tribunal de .Malines, auquel elle appartenait légitimement, les lettres de grûce.

attiré à l'Eglise luthérienne, qu'il aliandonna ensuite en France pour le calvinisme. Puis étant, U même, revenu, peu satisfait de son maître, é son Eglise maternelle, il rapporta avec lui dans les Pays-Bas toutes les idées do tolérance et d’impartialité qui étaient la conséquence inévitable de tant d’eipériences qu’il avait faites en lui-méme. Guillaume d’Orange regardait ce Baudouin comme l’instrument le mieui choisi pour introduire l'esprit d'humanité dans les tribunaux néerbndais, et pour lannir l'inquisition; il suffirait pour cela, pensait-il, qu’il réussit à le faire entrer dans le conseil privé à Bruxelles. Il forma donc le plan de le placer d’abord, en y employant toute son influence, é l’université de Douai ou de Louvain, d’oé la réputation de sa science se répandrait sans doute bientôt, et ne pourrait longtemps demeurer cachée au roi lui-méme. Si cela lui réussissait, le dernier pas, c’est-à-dire sou introduction dans le conseil privé, lui semblait chose facile. Mais, quelque séduisants que fussent les motifs dont il sut parer sa proposition, ils manquèrent leur effet sur l'àme de cet homme, qui avait des pensées trop sages et trop modestes pour sacrifier une sdre médiocrité à une grandeur donteuse. Le comte de Hoorn échoua dans un semblable dessein auprès d’un jurisconsulte allemand, nommé Cassander, que les mœurs corrompues de la cour ramenèrent bien vite dans sa patrie*. >

1. < Comme la faction ne put réussir ni à gagner à scs vues le conseil privé et le conseil des finances, ni à introduira scs partisans dans ces deux cours....» {Première édition.)

• Burgund., 89 , 90, »l. — Gtol., 18.

142 HISTOIRE DE DA RÉVOLTE DES PAYS-RAS. patentes, etc., abandonnées au président Viglius; mais l’administration des tinanees leur devait être coiiliée à eux-mêmes. On prévoyait bien toutes les diflicultés que la défiance de la cour et la jalousie qu'inspirait le pouvoir croissant de la noblesse opposeraient à cette nouveauté ; en conséquence, pour forcer la gouvernante d’y consentir, on mit en avant quelques-uns des principaux officiers de l’armée, qui devaient inquiéter la cour do Bruxelles par de violentes réclamations au sujet de leur solde aiTiérée, et la menacer d’une rébellion eu cas de refus. On fit en sorte que la régente fût assiégée de suppliques et de mémoires, qui contenaient des plaintes sur les lenteurs de la justice et qui exagéraient le péril que l’on avait à craindre des progrès journaliers de l’hérésie. On ne négligea rien pour lui représenter sous des couleurs si eil'rayaules la perturbation de l’ordre civil, de la Justice et des finances, qu’elle s’éveilla avec terreur de l’ivresse oii on l’avait bercée jusqu’alors'. Elle convoque les trois conseils à la fois, pour délibérer sur les moyens d’obvier à ces désordres. La majorité est d'avis qu’il faut envoyer en Espagne un ambassadeur extraordinaire, qui fera connaître au roi, par une peinture vive et détaillée, le véritable état des choses, et le décidera peut-être à prendre de meilleures mesures. Viglius, qui ne soupçonnait pas le moins du monde le plan secret de la faction, s’opposa à a-t avis. « I/j mal dont on se plaint, dit-il, est grand sans doute et ne doit pas être négligé; mais il n’est pas incurable. I.a justice est mal administrée, mais c’est uniquement parce que la noblesse elle-même, par .sa conduite dé-daigneuse envers les magistrats, rabaisse leur considération, et que les gouverneurs ne les .soutiennent pas suflisainment. L’hérésie prend 1e dessus, parce que le bras séculier laisse sans appui les juges ecclésiastiques, et parce que le commun peuple, à l’exemple de la noblesse, a dépouillé le respect envers ses magistrats. C’est moins la mauvaise administration des finances que les guerres précédentes et les besoins politiques du roi, qui ont fait peser sur les Provinces cette masse de dettes, dont elles pourront s’alfranchir peu à peu par des impéts modérés. Si le conseil d’Etat diminuait ses faveurs, les lettres de

Page 1