‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 69 sur 228 · Strada · texte numérisé non relu

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3. Schiller a supprimé ici, dus la seconde édition, une très-longue digrcs* sion, où il raconte et juge, de son point de vue (voyez la note de la page lû), le concile de Trente. It Ta considérée, avec raison, comme un bors-d'œuvre, qui ne se rattachait qu’indirectement à son sitjct, et qui surtout était peu à sa place danc cette section intitulée Le comeil d'État.

• Déjà le fanatisme entrait dans la voie salutaire qui ramène à la raison, quand la première pensée de ce concile prit naissance. Le succès croissant de la réforme, qui commençait à élever des Étals au sein des Etats, et arrachait à la papauté un pays du Nord après l’autre, bravait et décriait les moyens bar-

L’ancienne doctrine, au lieu d'être épurée, avait acquis désormais plus de précision, et une dignité plus grande. Toutes les subtilités du diurne enseigné, tous les artiliccs et toutes les prétentions du saint-siège, qui jusqu'alors avaient plutôt reposé

bares qu’une politique grossière s’élait empressée d’accumuler coulre elle. Le danger pressant dont l’Cglise se voyait menacée avait justifié, dans un certain sens P ces moyens sanguinaires de salut: la nécessité les imposait, parce qu'une chose mauvaise ne se peut maintenir que par de mauvais secours, et la poli> tique elle-même plaidait en leur faveur, tant qu’on pouvait démontrer qu'ils étaient efficaces. La mort d’un membre dont on pouvait se passer sauvait peut-être tout le corps; mais ce membre devait être épargné, dès qu’il était le plus noble. Précisément cette méihotie, qui pouvait être recommandée contre les premiers commencements de la secte, risquait d’étre la plus funeste, quand la secte eut fait des progrès. Dans plusieurs pays, en France, par exemple, et généralement aus-vi en Allemagne, la partie protestante du peuple était déjà en équilibre avec la partie catholique; dans d'autres, elle lui était même supérieure. même où cite était inférieure en nombre, elle avait peut-être dans les mains toute l’industrie et la prospérité du pays, et le souverain ne pouvait la laisser opprimer, sans se priver en même temps de scs plu^ utiles sujets/ De grandes et vastes monarchies, telles que l'Kspagne, supportaient plus aisément celte perle de citoyens, ou du moins ne la sentaient qu'à la longue, tandis qu’au contraire de plus petits Etats, comme la Savoie, les Pays-Bas, etc., s’en trouvaient nécessairement épuisés. Ces derniers, qui gagnaient peu à sacrifier la partie attaquée pour sauver la partie saine, devaient donc plutôt aviser soigneusement aux moyens de conserver aussi colle là, et de la changer, autant qu'il était possible, en partie utile. De là les opinions religieuses plus modérées des princes du second et du troisième rang; de là une tolérance plus grande dans les Etats moindres.

« Dans cette violente et générale secousse qui agita et bouleversa tout l'ensemble de la religion, il était inévitable que quelques-uns de ses côtés faibles parussentà la lumière. Lesattaques hardies et heureuses des réformateurs contre la hiérarchie ecclésiastique avaient enfin ouvert les yeux aux catholiques euxmèmes sur la corruption des mœurs de leur clergé, et sur divers abus de l'Eglise qui semblaient justifier jusqu’à un certain point les reproclies de.s novateurs. L’Eglise, on un convenait unanimement, avait besoin d’une réforme, pour revenir à la noble simplicité de son origine, et pour éliminer tous les éléments hétérogènes et arbitraires par lesquels une longue suite do siècles avait défiguré la pure doctrine. On espérait, à l’exemple des temps antérieurs, atteindre l’un et l’autre but au moyen d’un concile général, qui représentait le céleste fondateur du christianisme par la réunion de ses membres terrestres. Là les points litigieux seraient soumis encore une fois à l'examen; les adversaires de l'ancienne Eglise devaient exposer leurs griefs avec une liberté républicaine , puis être renvoyés aux décisions du Saint-Esprit, qui parle par le concile.

€ Plus graves encore étaient les rabsons politiques qui faisaient désirer le concile aux princes. Les empiétements arbitraires du siège de Homo avaient depuis longtemps blessé leurs propres droits. Maintenant que ce rodoutible agitateur de leurs trônes était ioml)é, par une chute profonde, dans leur dépendance, maintenant Ü é'tait en leur pouvoir de ramener dans de plus modestes limites celle choquante puissance sacerdotale, de l»orner par ses propres instruments l’autopilé du chef suprême de la hiérarchie, et do lui prescrire des

LIVRE DEUXIÈME, sur l’arbitraire, étaient maintenant passés à l’état de lois, et érigés en système. Ces usages et ces abus, qui s’étaient insinués dans le christianisme durant les temps barbares de la superstition et de l’ignorance, furent déclarés partie essentielle du

lois par renlremise du clergé de leurs pays. Toutes ces raisons déterminèrent Charles-Ouint à intervenir, avec le zèle le plus actif, pour la réunion du concile ; elle était aussi le veeu unanime de tous les princes catholiques.

« Mais les motifs mômes qui inspiraient un si ardent désir de ce concile à l'empereur et aux autres princes, faisaient hésiter le pape à le convoquer. Un système tel que la hiérarchie, qui avait tant de raisons de craindre l'eiiimen, qui tenait cnscmhle par des liens si faibles, si peu sdrs, et ne semblait fait que pour un demi-jour, ne pouvait être exposé sans danger à la licence républicaine do cette diète ecclésiastique, et h l’ambition des prélats, dont l'intérêt était directement opposé h celui du siège de Rome. Plusieurs dogmes, liés .1 la suprématie papale, ne devaient même pas être soumis â la discussion : une querelle scolastique pouvait rainer les fondements de la puissance pontificale. L’eieniple îles précéilents conciles montrait suffisamment combien les prélats pouvaient prendre de libertés contre la papauté. Si cela était arrivé dans les temps paisibles où la doctrine n’était point attaquée, combien ne pouvait-on pas risquer davantage une époque où un exemple si séduisant de défection avait déjà été donné, où les lumières du genre humain avaient fait un progrès de plusieurs siècles, et où'la disposition fécheuse des esprits, le peu de fond qu’on pouvait faire sur plus d’un dos princes catholiques les plus importants, interdisaient au chef de l’Eglise l’emploi de ces armes violentes qui autrefois éuaient irrésistibles et infaillibles. Clément VII échappa à la pro|iosition par tous les tortueux artifices de la politique romaine; mais le voeu itnaiii.-ne, énergique, de tous les princes catholiques arracha enfin le consentement de son successeur Paul III. Après beaucoup de retards qui s’élevèrent au sujet du lieu où serait tenu le concile et qui agréèrent fort au pape, il fut enfin, par une bulle solennelle, convoqué à Trente, où le pontife envoya trois légats, pour diriger de Rome les négociations, par leur entremise. Dans les diverses séances du concile, le principal dogme des protestants, en vertu duquel ils reconnaissent les écrits des évangélistes et des apôtres pour seule règle de la foi, fut rejeté comme condamnalile; les livres que les protestants déclaraient apocryphes furent mis au môme rang que les livres canoniques, et on leur attribua, ainsi qu’aux traditions orales de l'Eglise, une égale autorité. Au lieu de chercher les vraies sources du schisme, et d’examiner les griefs des adversaires, on dépensa ce qu'on avait de voix et d'haleine dans d’inutiles discussions scolastiques et dans les luttes les plus ridicitles, qui n’avaient nul rapport avec la véritable origine du mal. Quelques attaques, en petit nombre, dirigées plus hardiment contre le siège de Rome, furent heureusement repoussées par la majorité de ses partisans et par Thahileté des légats. Puis, la querelle commençant à s’échauffer et quelques articles périlleux inquiétant le pape, il se h.'lta de transférer l’assemblée à Bologne. Les contestations politiques qui divisaient la cour impériale et celle de Rome, divisèrent aussi le concile, et les évêques impériaux demeurés à Trente, ne voulurent pas reconnaître les pères de Bologne. Sur ces entrefaites, la bataille de MQhlberg avait rehaussé la confiance du vainqueur. Offensé par le pape et mécontent des conciles, il veut accomplir de sa propre autorité ce qu’il renonce à obtenir d’eux, et entreprend de réunir par son Intérim les parties contestantes ; tentative qui échoue comme toutes les précédentes. Le

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culte, et l'anathème fut lancé contre tout téméraire qui s'oppo- .serait à ces dogmes ou se sou.strairait à ces usages; l'anathème contre quiconque oserait douter de la vertu miraculeuse des reliques, ne pas vénérer les ossements des martyrs et tenir pour

concile est encore paiiap^ par les vives querelles qu’excitent, au sujet de Parme et de Plaisance, le* bâtards du pape et de l’empereur. Pendant ces troubles, Paul III meurt. Le concile, sous son succes-^eur Jules IH, retourne à Trente; mais la lutte au sujet de Parme et de Plaisance, qui so complique encore par rintervention d’une fille naturelle de Henri II de France, n’en continue pas moins à diviser les deux cours et â entraver le.s délibérations. Le» deux archevêques de Mayence et de Trêves, quatre nonces et 16|:aLs du pape, deux ambassadeurs impériaux, et quelques prélats italiens, cspa^nnls et allemands, romient enfin au concile son activité; mais, après quelques vaines disputes sur la C‘ne, il est levé tout à coup par PefTet de la crainte des armes des protestants, qui déjà menacent les frontières d’Italie. Charles perd en Tyrol le fruit de toutes ses victoirc.s, et fuit honteusement devant son vainqueur. Les armes de ÎH)li“ man appellent on Hongrie le roi des Romains, et Henri II de France*, allié aux deux ennemis de la chrétienté catholique, vient à leur .secours en Italie et en Allemagne. Les nation.* assemblées abandomicnt précipitamment Trente, et le concile est interrompu pendant neuf ans.

« A peine la guerre de France était-elle terminée par la paix de Catean-Cambrésis et le repos rétabli en Europe, que l’attention de Vhilippe 11, qui n’était plus distraite par aucune affaire politique plus pressante, revint à l’objet favori de sa sollicitude, la situation religieuse de se* Etats, et qu’il reporta les yeux sur le concile. Mais, bien loin de songer à ménager par là une réconciliation avec la secte évangélique, qu’il haïssait d'une haine instinctive et inextinguible, ou de croire qu’il valOt la peine de conserver à l’ancienne Eglise ces membres perdus, il n’avait d’autre désir que de préserver d’une semblable contagion la partie encore saine de ses sujets. I-a perte d'un nrillion d’hommes, de plus encore s’il l’eût fallu, était un léger souci pour un monarque qui, lorsqu’il s’agis.*ait de calculs politiques, était si pro«liguc de la vie de* hommes et ne comptait jamais par individus. La commodité, au contraire, d'une générale uniformité d’opinion, qui devait être le fruit de ce concile, était si attrayante pour son esprit étroit, qu’il croyait ne pouvoir trop se hâter de la publier dans toutes les provinces de sa monarchie. A cela se joignait que, lui aussi, malgré son vrai et son feint dévouement au siège de Home, il regardait avec des yeux jaloux ses usurpations, et qu’il espérait, en étendant la puissance des évêques et des petits princes, limiter la juridiction de ce siège. Far de tout autres motifs et une politique bien plus humaine, la France désirait aussi la réouverture du concile. Henri II, le terrible ennemi des hugucnols, n’était plus. Leur . parti avait acquis dans ce royaume une si formidable puissance, qu’il était en étal de tenir tête à l’Eglise dominante et même de s’emparer des rênes du gouvernement. En même temps, il formait la portion la plus riche et la plus noble des citoyens, et il semblait que ce fût une perte également grande d’opijrimer un tel ennemi ou d’étre vaincu par lui. Le seul moyen de salut pour cet Etat paraissait être la réunion des deux Eglises, qui ne pouvait être obtenue que par un concile général. La même politique humaine força l’empereur, le duc

* Le texte allemand a ici une faute d’impression qui dénature entièrement le sens.

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