‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 71 sur 228 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

raison si près des mystères de l’Église, et de combattre avec des syllogismes pour les' objets de la foi aveugle.

. Mais les décrets du concile ne satisürent pas môme toutes les puissances catholiques. La France les rejeta entièrement, et pour complaire aux calvinistes, et parce qu’elle était offensée de la supériorité que le pape s’arrogeait sur le concile. Quelques princes catholiques d’.\llemagne se prononcèrent aussi dans le même sens *. Si peu édiüé que fût Philippe 1 1 de certains articles qui touchaient de trop près à des droits particuliers, sur lesquels aucun monarque du inonde ne veillait avec plus de jalousie <iue lui; si vivement que l’eût offensé la grande influence du pape

dépendance par des ordres secrets arrivant sans cesse do Rome, donna lieu à d’améres plaintes des ambassadeurs et des prélats étrangers, ausquelles tantôt on échappait par des réponses adroites et ambiguës , et tantôt on opposait la plus confiante audace. Catherine du ëlédicis vendit l'Eglise de France au siège de Rome pour une misérable somme de 2.SOOO florins d'or, et l'empereur Ferdinand SC plaignit amèrement qu'on ne lui eût pas lait une ofire semblable. L’or romain coulait abondamment & Trente, et les pères s’abaissaient à servir d'espions au saint-siége. Mais ces grandes dépenses d’argent et ces continuels elTurts d'attention lassèrent à la fin le pape. Avec toute sa vigilance, Pic IV ne pouvait empêcher que les articles insidieux ne se succédassent les uns aux autres, et que l'iusolence des prélats ne te tint dans une crainte perpétuelle. Il donna donc à ses légats l'ordre de lever l’assemblée sans perdre de temps. Cela eut lieu vers la fin de l’année Ib63, arec la précipitation la plus inconvenante, pourtant sans opposition sensible de la part des princes catholiques, qui avaient renoncé depuis longtemps aux espérances qu’ils avaient autrefois conçues du concile, et voyaient clairement que sa prolongation, au lieu d'amoindrir l'autorité papale, ne forait que l'étendre et la fortifier. C’est ce dont les convainquirent les derniers décrets du concile, qui mirent pleinement le sceau à tout ce qu'il y avait eu d’arbitraire dans sa conduite antérieure. L'un de ces décrets voulait que les résolutions, avant d'avoir force de loi , eussent été confirmées {lar le pape; un autre déclarait qu’aucune des expressions qu'on pouvait avoir employées dans leur rédaction, ne devait être interprétée au préjudice de l’autorité papale. Quatre légats du pape, onze cardinaux , vingt-cinq archevêques, cent soixante-huit évéques, trente-neuf ministres députés, et sept généraux d’ordre signèrent les statuts. Le pape, trés-agréablement surpris de l’heureuse issue de ce concile ai redouté, ordonna de public|ues actions de grâce. La bulle de sanction fut expédiée sans retard ; tous les prélats et princes y furent invités è donner force de loi aux décrets du concile, et toute explication de ces décrets, quelque nom qu’ello pût avoir, fut interdite une fois pour toutes. 11 ne fut pas même fait mention dans cette bulle des princes protestants. Comme ils avaient eu si peu d’égard à l’invitation qu’on leur avait adressée, on ne pouvait espérer que la bulle de sanction eût plus de succès auprès d'eux. La cour de Rome renonça donc tacitement à eux.

« En réalité, le résultat de ce concile n’avait que trop confirmé la triste attente de ces derniers. L’ancienne doctrine, etc. s

1. La première édition a une phrase de plus : « La république de Vemso et plusieurs Etats italiens se soumirent aux décrets. >

sur le concile et la clôture arbitraire, précipitée, de l'assemblée; enliii, quelque juste cause d’hostilité que le chef de l'Église lui eût donnée en assignant un rang inférieur à son ambassadeur :• il se montra néanmoins disposé à recevoir les décrets du concile, qui, même dans cette forme, venaient à propos pour son projet favori, l’extinction de l’hérésie. Toutes les autres considérations politiques furent subordonnées à cet intérêt, et il commanda qu’ils fussent publiés dans tous ses Ktats’.

L’esprit de révolte, qui s’était déjà emparé de toutes les provinces néerlandaises, n’avait pas besoin de ce nouveau brandon. Les Ames étaient en fermentation, l’autorité de l’Église romaine était déjà, chez un grand nombre, déchue au dernier degré : dans de pareilles circonstances, les décisions impérieuses et souvent ineptes du concile ne pouvaient paraître que choquantes; mais Philippe 11 ne put démentir son caractère jusqu’à permettre que des {veuples qui avaient un autre climat, un autre sol et d’autres lois, eussent une autre croyance. La gouvernante reçut l’ordre le plus précis d’exiger dans les Pays-Bas la même obéissance aux décrets de Trente qui leur était prêtée en Espagne et en Italie*.

lies décrets rencontrèrent à Bruxelles la plus violente opposition dans le conseil d’État. « La nation, dit hautement Guillaume d'Orange, ne saurait et ne pourrait les recevoir; car ils sont, la plupart, contraires aux lois fondamentales de sa constitution, et, pour des raisons semblables, ils ont été rejetés par plusieurs princes catholiques. » Presque tout le conseil se rangea de l’avis de Guillaume d’Orange ; la pluralité opina que le roi fût sollicité de retirer entièrement les décrets ou du moins de ne les faire publier qu’avec certaines réserves. Viglius s’o])posa à cet avis ; il s’en tenait à la lettre des ordres royaux. » L’Église, disait-il , a maintenu dans tous les temps par de semblables conciles généraux la pureté de sa foi et l’exactitude de la discipline. On ne peut opposer aux hérésies qui troublent, depuis si longtemps déjà, notre patrie un remède plus eflicace que ces décrets mômes dont on réclame le rejet avec instance. S'ils se trouvent

1. ttist. de PhiUjTfft II, Watson , t. II, liv. V. — Thuan. , 11, 39 , 491 , 350. — Essai sur les mœurs, i. 111 {Concile de Trente). — llcicrco, 59 , 60.

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