RÉSISTANCE GÉNÉRALE DE U NATION
Le comte d’Egmont était à j>eiiie de retour, que des ordres plus rigoureux contre les hérétiques, expédiés de Madrid presque sur ses pas, démentirent les joyeuses nouvelles qu’il avait rapportées sur l’heureux changement des dispositions du monarque. Avec ces ordres arriva une copie des résolutions du concile de Trente , telles qu’elles avaient été reçues en Espagne et qu’on devait maintenant les mettre en "vigueur dans les Pays- Bas. A ces pièct^s étaient jointes les sentences de mort, signées du roi, de quelques anabaptistes et autres hérétiques. « Le comte a été trompé par les artifices espagnols , dit alors Guillaume le Taciturne. L’amour-propre et la vanité ont aveuglé sa pénétration ; son intérêt particulier lui a fait oublier le bien général. » La duplicité du ministère espagnol était maintenant manifeste; celte conduite déloyale révolta les plus honnêtes citoyens du pays. Alais personne n’y fut plus sensible que le comte d’Egmont, qui se reconnut alors le jouet de la foürberie espagnole, et qui était devenu , sans le savoir, tnaltre envers sa patrie. «Cette apparente bonté, disait-il hautement avec amertume, n’était rien qu’un artifice pour me livrer à la moquerie de mes concitoyens et ruiner ma bonne renommée. Si c’est ainsi que le roi est disposé i tenir les promesses qu’il m’a faites en Espagne, se charge de la Flandre qui voudra; je ferai voir publiquement, par ma retraite des affaires, que je n’ai aucune part à ce manque de foi. * En cITet, le ministère espagnol pouvait difficilement choisir un moyen plus propre k détruire le crédit d’un
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homme si important que de le présenter publiquement comme son jouet à ses concitoyens qui l’adoraient
Sur ces entrefaites , le synode s’était accordé sur l’opinion suivante, qui fut aussitôt transmise au roi. «Le concile de Trente, dans ses décrets, a déjà montré tant de sollicitude pour l'enseignement religieux du peuple, la réforme des mœurs du clergé et l’éducation de la jeunesse, qu’il ne reste plus mainte- • nant qu’à mettre au plus tôt scs décrets à exécution. Les édits impériaux contre les hérétiques ne doivent absolument subir nulle modification; cependant on pourrait faire entendre confidentiellement aux tribunaux de ne condamner à mort que les hérétiques obstinés et leurs prédicants, de faire entre les sectes mêmes une différence, et d’avoir égard à l’Age, au rang, au sexe et .au caractère des personnes accusées. S’il était constant que les exécutions publiques augmentassent l’ardeur du fanatisme, peut-être la peine des galères, qui, elle, n’a rien d’héro'ique et frappe moins les regards, bien qu’elle ne soit pas moins dure, serait-elle la plus convenable pour rabaisser ces hautes idées de martyre. Les fautes de la simple étourderie, de la curiosité et de la légèreté d’esprit pourraient être punies d’une amende, du bannissement ou d’un châtiment corporel »
Pendant que le temps se passait inutilement au milieu de ces délibérations, qu’il fallait maintenant envoyer d’abord à Madrid, pour attendre qu’elles en fussent revenues, les procédures contre les sectaires sommeillaient , ou étaient du moins trèsnégligemment poursuivies. Depuis le renvoi du ministre Granvelle, l’anarchie qui régnait dans les cours supérieures, et qui de là s’étendait dans les tribunaux de province, jointe aux opinions religieuses plus tolérantes de la noblesse, avait relevé le courage des sectes et laissé le champ libre à la fureur de prosélytisme de leurs apôtres. I.es juges inquisiteurs, mal soutenus par le bras séculier, qui, en plusieurs lieux, prenait ouvertement sous sa protection leurs victimes, étaient tombés dans le mépris. La partie catholique de la nation avait fondé sur les décrets du concile de Trente, comme sur l’ambassade d’Egmont en