LIVRE DEUXIÈME
Un édit fut donc adressé i tous les gouverneurs de province , par lequel il leur était commandé de faire exécuter ponctuellement les édits de l'empereur , aussi bien que ceux qui avaient été rendus sous le présent règne contre les hérétiques ; les décisions du concile de Trente, comme celles du dernier synode des évôques ; de prêter main-forte à l’inquisition, et d’inviter, de la manière la plus pressante, à se conduire de même, les autorités qui étaient sous leur dépendance. A cet effet, chacun d’eux devait choisir, dans le conseil qui lui était subordonné, un homme capable, qui parcourrait assidûment les provinces et ferait de sé*vères enquêtes , pour s’assurer si les fonctionnaires inférieurs exécutaient convenablement les ordonnances rendues. Les gouverneurs auraient à envoyer à ce sujet, tous les trois mois, un rapport circonstancié à Bruxelles. Une copie des décrets du concile de Trente, conforme à l’original espagnol, fut adressée aux
valse volonté é l'égard du roi. Pour satisfaire sa haine contre le roi, peu lui imï>orle de sacrifier scs concitoyens.
Mais est-il donc vrai qu'en appuyant ces édits il sacrifie la nation ? Ou, pour parler plus exactement, améne-t-Û l’exécution des édits lorsqu’il en presse la promulgation? K.st-ce qu'on ne démontrerait pas, au contraire, avec ^aucmip plus de vraisemblance, qn'il ne peut empêcher la première que par la .seconde? Le pays est en fermentation, et tout fait supposer (Viglius ne le craint-il pas lui-même?) que les partis échauffés montreront une résistance qui forcera le roi de céder. > Maintenant, dit le prince, mes concitoyens ont l’élan nécessaire pour combattre avec succès contre la tyrannie. Si je néglige ce moment, ello trouvera moyen de dérober par des négociations et des intrigues secrètes ce qu’elle n’aura pu emporter par la force ouverte. Eile poursuivra le même but, seulement avec plus de précautions et de ménagements; niais Textrème nécessité peut seule réunir mes concitoyens pour tendre à un but unique, et les entraîner à une démarche haniie. * II est donc évident qu‘à l’égard du roi, le prince ne change que de langage; mais qu'à l’égard du peuple, il agit d’une manière très-conforme à toute sa conduite précédente. Et quels devoirs peuvent l'engager envers le roi, qui soieul différents de celui qui le lie à la république? Doitil empêcher une violence dans l'inslant même où elle punira son auteur*? Se conduit-il bien envers sa patrie, s'il épargne à son oppresseur une précipitation qui peut seule la dérober à sa destinée inévitable **? (A'ofe de raufeur.)
* t Doit-il empêcher une iniquité (je veux appeler de ce nom adouci la conduite de Philippe envers les Pays-Bas) dans riustant même, etc,? » {Première editiofi,)
0 ** Dans la première édition , celte note a quelques phrases de plus : « Sont ce là les seuls motifs qui poussèrent le prince à cette démarche, ou s y e.st-U mêlé de la vengeance et une joie malfaisante? C’est au jugement de chacun à en décider librement. Il suffît que la conduite du prince puisse s’expliquer d’une manière satisfaisante par les mobiles les plus nohles, sans qu'on ait besoin d’invoquer en outre les pires , et que dans son caractère du moins nous ne trouvions aucune raison do faire dériver cette conduite d une mauvaise source plutét que d'une bonne. » .
164 IIISTOinE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS.
archevêques et aux évêques , avec l’avis que , dans le cas où ils auraient besoin du bras séculier , les gouverneurs de leurs diocèses devaient être à leur disposition avec des troupes , à moins qu’ils ne préférassent recevoir cette assistance de la gouvernante elle-même. Aucun privilège ne prévalait contre ces décrets. Le roi voulait et ordonnait que leur exécution ne portât du reste aucun préjudice aux justices territoriales des provinces et des villes '.
Ces ordres, qui furent lus publiquement dans chaque ville par un héraut, produisirent sur le peuple un effet qui justifia de la manière la plus complète la crainte du président Viglius et les espérances du prince d’Orange. Presque tous les gouverneurs refu.sèrent d’y donner suite et nîenacèrent de se démettre de leur charge, si l’on voulait les contraindre à l’obéissance. « L’ordonnance, répondirent -ils, est fondée sur une évaluation tout à fait inexacte des sectaires *. La justice était révoltée du nombre immense des victimes qui s’entassaient journellement sous leurs mains. Faire périr dans les flammes cinquante ou soixante mille personnes de leurs provinces était une commission qu’ils ne pouvaient accepter. » I.æs canons du concile de Trente rencontrèrent surtout de l’opposition dans le bas clergé, dont l’ignorance et la corruption étaient attaquées dans ces décrets de la manière la plus violente, et qui était en outre menacé d’une réforme si odieuse à ses yeux. Il' immola pour lors à son intérêt particulier le plus grand intérêt de l’Église; il s’éleva, avec d’amères injures, contre les décrets et le concile tout entier, et répandit dans les esprits les germes de la révolte. C’étaient les mêmes clameurs que les moines avaient fait entendre auparavant contre les nouveaux évêques. L’archevêque de Cambrai
l.SlraJ-, 114.— Hoppor, 53 , 54. — Durg., 115. — Metoren, 77. — Grol., 18.
‘J.. Le nombre des hérétiques était estimé très-inégalement par les deux partis, selon que l'intérét ou la passion de chacun d'eux commandait de l’augmenter ou de le diminuer; et souvent le même parti se contredisait lui-méme, quand son intérêt venait & changer. Ëtait-il question de nouvelles mesures oppressives, d’introduire l’inquisition, etc., le parti des protestants était néce.ssairement innombrable et infini. S’agissait-il, au contraire, de condescendance it leur éganl , d'ordonnances en leur faveur, ils étaicut alors en si petit nombre qu’il ne valait pas la peine d'intreduire une itinovation pour si peu de méchantes gens. — Hopijer, 62. (.Yole de l'auleur.)