Hopper, 63 , 64. — Strad
appui. Les inquisiteurs, que, dernièrement encore, un ordre formel avait invités à exercer sévèrement leur office, se voient de nouveau abandonnés tout à coup par le bras séculier, privés de toute autorité et de tout soutien , et, pour toute réponse à leurs plaintes, ne reçoivent de la cOur que de vaines paroles. I>a gouvernante, pour satisfaire tous les partis, les avait tous mécontentés *.
Tandis que ces choses se passaient entre la cour, les conseils et les états, un esprit général de révolte se répandait parmi le peuple. On commence à rechercher les droits des sujets et à peser le pouvoir des rois. « Les Néerlandais ne sont pas si simples, disaient déjà beaucoup de gens et assez peu secrètement, que de ne pas savoir très-bien ce que le sujet doit au souverain et le souverain au sujet, et l’on saura bien trouver encore les moyens de repousser la force par la force, quoiqu’il n’^ ail pas jusqu’ici d’apparence qu’on en doive venir là. » A Anvers, on trouva même affiché en plusieurs endroits un écrit dans lequel on sommait le conseil de la ville de citer par-devant le tribunal aulique de Spire le roi d’Espagne, pour avoir enfreint son serment et violé les libertés du pays, attendu que le Brabant, comme partie du cercle de Bourgogne, était compris dans les traités de paix religieuse de Passau et d’Augsbourg. Vers ce même temps, les calvinistes publièrent leur profession de foi, et déclarèrent dans un préambule, qui était adressé au roi, que, bien que leur nombre montât à près de cent mille, ils se tenaient en repos, et se soumettaient, comme les autres citoyens, à toutes les charges publiques ; ce qui démontrait, ajoutaient-ils, qu’ils ne méditaient aucune révolte. On répand dans le public des écrits libres et dangereux, qui représentent la tyrannie espagnole sous les plus odieuses couleurs, qui rappellent à la nation ses privilèges, et, occasionnellement aussi, ses forces*.
Les préparatifs militaires de Philippe II contre la Porte,
1, Vit. Viÿl.,46. — Hopper, 64, 65. — Slrad., H5, 116. — Duiigund., l.S0*154.
2. La régente signala au roi cinq raille de ces écrits {Slrad., 117), Il est remarquable de voir le grand réle que l’iroprimerie et la publicité en général ont joué dans la révolution néerlandaise. Par leur moyen, une seule tt te turbulente parlait à des millions d’hommes. Parmi les libelles, qui étaient ré^digés la plupart avec toute la trivialité, la rudesse et la brutalité qui étaient à cette
MVHK DEUXIÈMK. 167
comme ceux qu’firic, duc de Brunswick, faisait, vers ce m^me temps, dans le voisinage des Pays-Bas, sans que personne sût dans quelle vue, contribuèrent encore à fortifier le soupçon général que l’inquisition serait imposée de force aux Provinces. Un grand nombre des marchands les plus considérables parlaient hautement d’abandonner leurs maisons et leurs biens, pour trouver dans une autre contrée la liberté qui leur était ravie dans celle-ci; d’autres cherchaient un chef, et laissaient échapper des menaces de résistance ouverte et de secours étrangers *.
Il ne manquait plus à la gouvernante, pour se voir absolument sans conseil et sans appui dans sa détresse, que d’être encore abandonnée par le seul homme qui lui était alors indispensable, et qui avait contribué à la précipiter dans cette situation. « Sans allumer une guerre civile, lui écrivit le prince d’Orange, il était à présent absolument impossible de suivre les ordres du roi. Si l’on voulait néanmoins y persister, il devait la prier de confier sa charge à un autre qui répondit mieux aux vues de Sa Majesté, et qui eût plus de pouvoir que lui sur l’esprit du peuple. Le zèle qu’il avait montré dans toutes les autres circonstances, pour le service de la couronne, mettrait, il osait l’espérer , sa démarche actuelle à l’abri de toute fâcheuse interprétation ; car, au point où en étaient les choses, il ne lui restait d’autre alternative que de désobéir au roi ou d’agir au (détriment de sa patrie et de lui-même. » Dès ce moment, Guillaume d’Orange sortit du conseil d’Étal, pour se retirer dans sa ville de Bréda, où, silencieux observateur, mais non tout à fait oisif assurément , il attendait la marche des événements. Le comte de Hoorn suivit son exemple’; maisEgmont, toujours indécis entre la république et le monarque, toujours s’épuisant dans la vaine tentative de concilier le bon citoyen avec le sujet obéissant; Egmont, à qui la faveur du monarque était plus nécessaire, et par conséquent moins indifférente, ne pouvait se
époque le caractère disiioctif du plus i^^rand Dombre des écrits polémiques protestants, il se trouvait aussi de temps en temps des livres qui défeudaient solidement ta lilterté religieuse. (A'otr de l'auteur.)
1. HopjKîr, 61, 62- — Strad. , 117, 118. — Mclcrcii, 77. ~ Uist. gén. d« Prov.-t'n., III. CO.