‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 85 sur 228 · CONJURATION DE LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

CONJURATION DE LA NOBLESSE

(1565.) Jusqu’alors le repos général avait été, à ce qu’il semble, le vœu sincère du prince d’Orange, des comtes d'Eginont et de Hoorn et de leurs amis. Ils avaient été guidés tout autant par le véritable intérêt du roi, leur souverain , que par le bien public; leurs efforts et leurs actes avaient du moins aussi peu contrarié l’un que l’autre. 11 ne s’était rien passé encore qui ne fût compatible avec la fidélité envers leur prince ; rien qui rendît leurs vues suspectes , ou révélât chez eux l’esprit de révolte. Ce qu’ils avaient fait, ils avaient dû le faire en leur qualité obligatoire de membres d’un État libre, comme représentants et avocats de la nation, comme conseillers du roi, comme gens de probité et d’honneur. armes avec lesquelles ils avaient combattu les usurpations de la cour étaient les rejirésentations, les plaintes modérées, les prières. Jamais ils ne s’étaient laissé emporter par le plus juste zèle pour leur bonne cause jusqu’à démentir la sagesse et la modération , qui sont d’ordinaire si aisément violées par l’esprit de parti. Tous les nobles de la république n’écoutèrent pas cette voix de la sagesse; tous ne restèrent pas si constamment dans les limites de la modération.

Tandis qu’on discutait dans le conseil d’État la plus grave question, celle de savoir si la nation serait, ou non, malheureuse; tandis que ses représentants assermentés employaient, pour sa défense, les arguments de la raison et de l’équité, et que, d’autre part, la bourgeoisie et le peuple se répandaient en vaines plaintes, en menaces et en malédictions, on vit se

172 mSTùIRE DE I,A RÉVOLTE DES PAYS-DAS. . mPtlre à l’œuvre une partie de la nation qui semblait y être moins provoquée que toutes les autres, et à laquelle on avait donné le moins d’attention. Qu’on se souvienne de cette classe de la noblesse dont il a été dit, plus haut, que Philippe II, à son avènement, n’avait pas jugé nécessaire de se rappeler ses services et ses besoins. La très-grande majorité de ces nobles avait attendu ' de l’avancement par un motif bien plus pressant que le simple désir de l’honneur. Plusieurs, par des causes que nous avons indiquées plus haut , étaient abîmés de dettes , et ils ne pouvaient plus espérer de s’en relever par leurs propres ressources. En les laissant de côté dans la distribution des charges, Philippe II avait fait une chose bien plus grave que d’offenser leur orgueil ; il s’était préparé dans ces mendiants autant de surveillants oisifs, déjugés impitoyables de ses actions; autant de malveillants collecteurs et fauteurs de nouveautés. Comme avec leur fortune ils n’avaient pas perdu leur fierté ils faisaient valoir maintenant , par nécessité, le seul capital qu’ils n’avaient pu aliéner, leur noblesse et l’importance républicaine de leur nom ; et ils mettaient en circulation une monnaie qui, alors ou jamais, pouvait être donnée en payement, je veux dire leur protection. Avec un sentiment de leur importance auquel ils donnaient d’autant plus carrière qu’il était désormais leur unique avoir, ils se considéraient alors comme une vraie puissance intermédiaire entre le souverain et la bourgeoisie , et se croyaient appelés à voler au secours de la république opprimée, qui comptait impatiemment sur eux comme sur son dernier appui. Cette idée n’était ridicule qu’autant que leur vanité y avait part ; mais les avantages qu’ils surent tirer de cette opinion étaient assez solides. Les marchands protestants, dans les mains desquels se trouvait une grande partie de la richesse néerlandaise , et qui croyaient ne pouvoir acheter trop cher à aucun prix le libre exercice de leur religion, ne négligèrent pas de tirer le seul parti possible de cette classe de gens, qui se te-

1. Dans la première édition ; « La très-grande majorité de ces hommes d'honneur si dédaigneusement ouhiiés avait attendu, etc. >

2. La première édition ajoute ici : * Mais qu'au contraire (sort inévitabio. ce sembie, de leurs pareils!) cette fierté s'était encore accrue pour remplir le vide qu'avait laissé chez eui la perte de leur fortune.... >

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