LIVRE TROISIÈME
naient oisifs sur la place, et que personne n’avait loués. Ces mêmes hommes qu’en tout autre temps ils auraient regardés peut-être dédaigneusement, avec l’orgueil de la richesse, pouvaient maintenant par leur nombre, leur courage, leur crédit auprès de la foule , lebr ressentiment contre le gouvernement , même par leur arrogance de mendiants et leur désespoir, rendre aux bourgeois de très-bons services. Par ce motif, ceux-ci s’appliquèrent, avec toute l’ardeur possible, à s’attacher étroitement à eux; à nourrir soigneusement leurs idées de révolte; à tenir éveillée dans leur esprit cette haute opinion d’eux-mémes, et, ce qui était le plus important, à stipendier leur indigence par des secours pécuniaires offerts à propos, et par d’éblouissantes promesses'. Il y avait peu de ces nobles qui fussent assez décrédités pour n’avoir pas quelque influence, ne fût-ce que par leur parenté avec de plus grands qu’eux ; et tous ensemble, si l’on parvenait à les réunir, ils pouvaient élever une voix formidable contre la couronne. Beaucoup d’entre eux appartenaient eux-mômes à la nouvelle secte , ou lui étaient du moins secrètement favorables; mais ceux même qui étaient catlioliques zélés avaient assez de motifs politiques ou particuliers pour se déclarer contre les décrets de Trente et l’inquisition. Enfin tous étaient déjà suffisamment conviés par leur seule vanité à ne pas laisser échapper le moment unique où ils avaient quelque chance de jouer un rôle dans la république.
Mais autant étaient sérieux les résultats qu’on pouvait se promettre de la réunion de ces hommes, autant il eût été chimérique et ridicule de fonder la moindre espérance sur aucun d’eux individuellement; et il n’était pas trop facile d’amener cette réunion. Il fallait qu’il intervînt des circonstances extraordinaires pour les mettre seulement en contact : he'Ureusement elles se présentèrent. Les noces du seigneur de Montigiiy, un des grands du pays, et celles du prince Alexandre de Parme, qui furent célébrées, vers ce temps, à Bruxelles, rassemblèrent dans cette ville une grande partie de la noblesse néerlandaise. A celle occasion, les parents rencontrèrent leurs parents; de nouvelles