‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 90 sur 228 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Nassau s’enflaminait pour la cause qu'il défendait , Bréderode pour la gloire de l'avoir défendue ; l'un se contentait d'agir pour son parti , l'autre voulait être à sa tête. Personne ne convenait mieux que ce dernier pour donner le branle à une révolte, mais elle pouvait diflicilement avoir un plus mauvais chef, .\utant ses menaces étaient au fond méprisables , autant les préventions de la multitude pouvaient leur donner de force et de gravité, si elle s'avisait d'ériger cet homme en jirétendant. Ses droits aux domaines de ses ancêtres n'étaient qu’un vain mot; mais un mot suflisait au mécontentement universel. L'ne brochure qui se répandit alors parmi le peuide le nommait ouvertement l’héritier de la Hollande, et une gravure qu’on montrait de lui portait cette fastueuse légende ;

Sum Brederodus ego, Batavæ non infima genlis

Gloria; virtutem non unica pagina claudit '.

(1565.) Outre les comtes de Nassau et de Bréderode, quelques hommes de la plus haute noblesse néerlandaise, le jeune comte Charles de .Mansfeld, fils de celui que nous avons rencontré parmi les plus zélés royalistes, le comte de Kuilembourg, deux comtes de Bergues et de Battenbourg, Jean de Marnix, seigneur de Thoulouse, Philippe de .Marnix, seigneur de Sainte-Aldegonde, ainsi que beaucoup d’autres, entrèrent dans l’alliance, qui fut conclue vers le milieu de novembre 1505, dans la maison d’un certain A'an Hammes ’, roi d’armes de la Toison d’or. Là, six hommes’, comme autrefois ces confédérés qui fondèrent la liberté suisse, décidèrent du sort de leur patrie, allumèrent le flambeau d’une guerre de quarante années, et posèrent le fondement d’une liberté dont ils ne devaient jamais jouir eu.xmêmes. L’objet de la confédération était contenu dans la formule de serment que voici, au bas de laquelle Philippe de Marnix inscrivit le premier son nom ;

« Certaines personnes malintentionnées, sous le masque d’un

1. « Je suis Bréderode, gloire illustre do la nation batavo; une seule page ne saurait contenir mes vertus. » — Burg., 351 , 352. — Grot. , 20.

2. Zélé calviniste, et le plus actif pro|>agandisto de l'alliance; il se vantait d'y avoir entratné environ deui mille nobles. — Slrad., 118. (Sole de l'auteur.)

3. Burgund., 156. — Strada en nomme neuf, 118. — VHisl. gifn. des Pror.- Vn., III, 58 tt. V, p. 95 de l'éd. franç.), en nomme onze. (Sole de l'aulciir.)

sciiii.i.i:n. — nisT. i.

zèle pieux , mais en effet par la seule impulsion de leur avarice et de leur ambition, ayant induit le roi, notre très-gracieux seigneur, à introduire dans ces provinces l’abominable tribunal de l’inquisition (tribunal qui olfcnse toutes les lois divines et humaines, et qui surpasse en inhumanité toutes les barbares institutions de l’aveugle paganisme; qui assujettit aux inquisiteurs tout autre pouvoir, abaisse les hommes à un perpétuel esclavage, et, par ses pièges, expose h une éternelle angoisse de mort le plus honnête citoyen, en sorte qu’il est toujours loisible à un prêtre, à un ami perfide, k un Espagnol , à un vaurien, quel qu'il soit, d’accuser qui il veut, et dès qu’il le veut, devant ce tribunal , de le faire arrêter , condamner et exécuter, sans qu’il soit accordé à la victime de connaitre son accusateur, ou de produire des preuves de son innocence) : nous soussignés, nous avons pris l’engagement de veiller à la sûreté de nos familles, de nos biens et de nos personnes. Nous nous obligeons et nous réunissons à cette fin par une sainte confédération, et promettons, par un serment solennel, de nous opposer de toutes nos forces à l’introduction de ce tribunal dans ces provinces, qu’on l’entreprenne ouvertement ou secrètement , et sous quelque nom que ce puisse être. Nous déclarons en même temps que nous sommes bien éloignés de rien méditer en ceci d'illégitime contre le roi, notre seigneur. Notre immuable et commune intention est bien plutôt de soutenir et de défendre son gouvernement royal , de maintenir la paix et de nous ofqioser selon nos forces à toute révolte. Conformément à cette résolution, nous avons juré et nous jurons encore de respecter le gouvernement et de ne l’offenser ni par nos actions ni par nos paroles : de quoi nous soit témoin le Dieu tout-puissant !

« De plus, nous promettons et nous jurons de nous protéger et nous défendre mutuellement, en tout temps et tout lieu,, contre toute attacjuc quelconque, au sujet des articles qui sont énoncés dans ce compromis. Nous [irenons ici l’engagement qu’aucune accusation de nos persécuteurs, de quelque nom qu'elle puisse être décorée, qu’elle soit appelée rébellion, sédition ou autrement , n’aura la force d’abolir notre serment envers celui qui sera accusé, ou de nous délier envers lui de notre jiromesse. Aucun acte dirigé contre l’inquisition ne peut méri-

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