‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 91 sur 228 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

ter le nom de révolte. Celui donc qui sera incarcéré pour une pareille cause, nous nous obligeons ici à l'aider selon notre pouvoir et à procurer sa liberté par tous les moyens permis. A ce sujet , comme dans toutes les autres règles de notre conduite, mais particulièrement en ce qui concerne le tribunal de l’inquisition, nous nous soumettons à l’avis général des confédérés, ou bien aussi au jugement de ceux que nous élirons unanimement poui nos conseillers et nos chefs.

• En foi de quoi, et pour la confirmation de cette alliance, nous invoquons le .saint nom du Dieu vivant, créateur du ciel et de la terre et de tout ce qu’ils renferment, qui sonde les cœurs , les consciences et les pensées , et qui connaît la pureté des nôtres. Nous le prions de nous accorder l’assistance de son Saint-Esprit , en sorte que le succès et l’honneur couronnent notre entreiirise pour la gloire de son nom , la bénédiction et la paix éternelle de notre patrie *. »

Ce comi»romis fut aussitôt traduit en plusieurs langues et promptement répandu dans toutes les provinces. Chacun des conjurés rassembla ce qu’il avait d’amis, de parents, de parti- .saris et de domestiques, pour donner sans retard un corps à l’alliance. On fit de grands festins, qui durèrent des jours entiers: séductions irrésistibles pour des hommes sensuels et voluptueux, chez lesquels la plus profonde misère n’avait pu étouffer le penchant pour les plaisirs. Quiconque paraissait à ces fêtes, et chacun y était le bienvenu , était ébranlé par les assurances d’amitié les plus prévenantes, échauffé par le vin, entraîné par l’exemple et vaincu par le feu d’une fougueuse éloquence. On aida beaucoup de signataires à tracer leur nom; les indécis étaient insultés, les timides menacés; on étouffait par des clameurs les voix restées fidèles. Plusieurs ne savaient ce qu’ils signaient, et avaient honte de demander d’abord de longues explications. Le vertige général ne laissait plus la liberté du choix : un grand nombre furent poussés dans le parti par leur seule légèreté; une brillante camaraderie séduisit les petites gens; le grand nombre donna du cœur aux timides. On avait recouru à l’artifice de contrefaire les signatures et les sceaux du

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