‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 95 sur 228 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

il cette occasion, leur rcssentimeoit longtemps comprimé. On se permit des plaintes amères contre la cour elle-inème et contre le gouvernement. « Il n’y a que peu de temps, osa dire le prince d’Ürange, le roi a envoyé à la reine d’Écosse quarante mille florins d'or, pour la soutenir dans ses entreprises contre l’Angleterre; et il laisse succomber ses Pays-Bas sous le poids de leurs dettes. .Mais, sans s’arrêter même à l’inopportunité du subside et au mauvais résultat de cet envoi*, pourquoi éveille-t-il contre nous la colère d’une reine qui nous est si utile comme amie et si redoutable comme ennemie ?» Lé prince ne put s’empêcher non plus de faire allusion, dans cette conjoncture, à la haine cachée que le roi, disait-il, nourrissait contre la famille de Nassau et particulièrement contre lui-même. « 11 est manifeste, ditil, que le roi s’est entendu avec les ennemis héréditaires de ma maison, pour se débarrasser de moi, par quoique moyen que ce .soit, et qu’il n’attend pour cela, et avec impatience, qu’une occasion. » L’exemple du prince ouvrit aussi la bouche au comte de Iloorn et à beaucoup d’autres, qui s’étendirent avec une violence passionnée sur leurs propres services et sur l’ingratitude du roi. La gouvernante eut de la peine à calmer le tumulte et à ramener l’attention sur le véritable objet de la séance. Il s’agissait de savoir s’il fallait admettre ou non les confédérés, qui avaient le dessein, maintenant bien connu, de s’adresser à la cour avec une supplique. I^e duc d’Arschot, les comtes d’Aremberg, de Megen et de Barlaimont se prononcèrent pour la négative. « Pourquoi cinq cents hommes, di.sait le dernier, pour présenter un petit écrit? Ce contraste d’humilité et d’arrogance ne signifie rien de bon. Qu’ils nous envoient, sans pompe, sans Haute prétention, un homme respectable , choisi parmi eux , et qu’ils nous produisent de cette façon leur demande. Sinon, qu’on leur ferme les portes, ou, si l’on veut absolument les admettre, qu’on les observe de la manière la plus sévère, et qu’on punisse de mort la première témérité dont un d’entre eux se rendrait coupable. » Le comte de Mansfeld, dont le propre fils était au nombre des conjurés, se déclara contre leur parti. 11

1. Cet argent était tombé dans les mains do la reine Elisabeth. (A'ote de Vauleur.)

184 HISTOIRE DE EA RÉVOLTE DES PAYS-RAS. avait menacé son lils de le déshériter, s’il ne renonçait pas à l’alliance. Les comtes de .Megen et d’Aremberg se firent aussi .scrupule de l’admission de la supplique ; mais le prince d’Orange, les comtes d’Kgmont, de Iloorn, de Hoogstraeten et beaucoup d’autres opinèrent avec force pour qu’ond’admit. « Les confédérés, déclarèrent-ils, nous sont connus comme des hommes d’honneur et de probité; un grand nombre ont avec nous des rapports d’amitié et de parenté, et nous osons répondre de leur conduite. Il est permis à tout sujet de présenter une requête ; on ne peut sans injustice refuser à une société si considérable un droit dont peut jouir le moindre citoyen dans l’État. • Il fut donc résolu , la pluralité des voix s’étant prononcée pour cette opinion, d’admettre les confédérés, à condition qü’ils paraîtraient sans armes et qu’ils se comporteraient avec modestie. IjOs querelles des conseillers avaient consumé la plus grande partie du temps, en .sorte qu’on dut renvoyer la suite de la délibération à une seconde séance, qui fut ouverte dès le lendemain '.

Pour ne pas perdre de vue, comme la veille, au milieu de plaintes inutiles, l’objet principal, la gouvernante se hdta cette fois d’aller au but. « D’après les nouvelles que nous avons reçues, Bréderode, dit-elle, doit se présenter devant nous, au nom de l’alliance, pour demander que l’inquisition .soit abolie et les édits modérés. C’est à l’opinion de mon conseil à décider ce que j’aurai à lui répondre; mais, avant que vous exposiez vos avis, soulTrez que je vous communique d’abord quelques courtes observations. On médit qu’il en est plusieurs, même parmi vous, qui blâment publiquement les édits de religion de l’empereur, mon père, et les représentent au peuple comme inhumains et barbares. Maintenant je vous demande à vousmémes, chevaliers de la Toison, conseillers de Sa Majesté et de rWat, si vous n’avez pas donné vos propres suffrages à ces édits? si les états du pays ne les ont pas reconnus comme ayant force de loi ? Pourquoi blâme-t-on aujourd’hui ce qu’on déclarait juste auparavant? Est-ce peut-être parce que ceh est devenu plus nécessaire que jamais? Depuis quand l’inquisition est-elle

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dans les Pays-Bas quelque chose de si extraordinaire'? L’empereur ne l’a-t-il pas établie, il y a déjà seize ans'? et en quoi serait-elle plus cruelle que les édits? Si l’on accorde que ceux-ci ont été l'œuvre de la sagesse ; si l’approbation générale des états les a consacrés ; pourquoi cette répugnance pour l’inquisition, qui est pourtant beaucoup plus humaine que les édits, s’ils sont observés à la lettre ? Partez maintenant avec liberté ; je n’ai pas voulu influencer vos avis, mais c’est à vous de veiller à ce que la passion ne les dicte pas'. »

Ix conseil d'Élat fut, comme toujours, partagé entre deux opinions; mais le petit nombre de ceux qui parlèrent pour l'inquisition et l'exécution littérale des édits, se trouva de beaucoup inférieur au parti contraire, qui avait le prince d’Orange à sa tête. « Plût au ciel, dit celui-ci , qu’on eût jugé mes avis dignes de réflexion , tant qu’ils exprimaient encore des craintes éloU gnées! On n’aurait jamais été entraîné, en ce cas, à recourir aux mesures extrêmes, et des hommes qui vivaient dans l'erreur n’y auraient pas été plongés plus profondément par les mesures mêmes qu’on employait pour les en tirer. Nous sommes tous d'accord, comme vous le voyez, quant au but principal. Nous voulons tous savoir hors de danger la religion catholique : si cela ne peut se faire sans le secours de l’inquisition, soit! nous offrons pour son service nos biens et nos vies; mais c’est précisément sur ce point, vous l'entendez, que le plus grand nombre d’entre nous sont d'un avis tout différent.

« Il y a deux sortes d'inquisitions: l’une que le siège de Rome s’attribue, l’autre que les évêques ont exercée de temps immémorial. force du préjugé et de la coutume nous a rendu celleci supportable et légère. Elle trouvera peu d’opposition dans les Pays-Bas, et l’accroissement du nombre des évêque^ la rendra suffisante. Pourquoi donc la première, dont le nom seul révolte tous les esprits? Tant de nations s'en passent : pourquoi faut-il qu’elle nous .soit imposée justement à nous? Avant Luther personne ne la connaissait; l’empereur fut le premier qui l’introduisit, mais cela arriva dans un temps où l’on manquait de surveillants ecclésiastiques ; où les évêques, peu nombreux, se

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