‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 97 sur 228 · I.IVHE TROISIÈME · texte numérisé non relu

I.IVHE TROISIÈME

marche de l’ht5résie. Si l’on ferme les yeux sur elle avec miv pris, elle tombe dans son néant. C’est un fer qui sse rouille s’il reste en repos, et qui ne s’aiguise cjue par l’usage. Déloürnez-en les yeux, et elle perdra son plus puissant attrait, le charme de la nouveauté et de la chose défendue. Pourquoi ne voulons-nous pas nous contenter de mesures que de si grands princes ont trouvées eflicaces? Les exemples sont pour nous la direction la plus sûre.

« .Mais pourquoi chercher des exemples dans l’antiquité païenne, quand nous avons devant nous le gorieiix modèle de Charles-Quint, le plus grand des monarques, lequel, vaincu par tant d’expériences, abandonna entin la roule sanglante de la persécution et eut recours à la douceur, plusieurs années avant son abdication? Philippe lui-méme, notre très-gracieux souverain, a paru autrefois incliner vers la modération. Les conseils d’un Granvelle et de ses pareils lui ont enseigné une autre politique. De quel droit? C’est un compte qu’ils peuvent régler avec eux-mémes. Quant à moi, il m’a toujours paru que les lois doivent se plier aux mœurs et les maximes aux temps, si l'on veut que le succès les favorise. Pour conclure, je vous rapjKille encore l’étroite liaison qui règne entre les huguenots et les protestants flamands. Gardons-nous de provoquer chez eux plus de colère ([u’ils n’en ressentent peut-être dès à présent. Ne soyons pas contre eux des catholiques français, afin qu’il ne leur vienne pas à la pensée d’imiter contre nous les huguenots et de jilonger, comme eux, leur patrie dans les horreurs d’une guerre civile*.»

Si les représentations du prince d’Orange ne restèrent pas cette fois absolument sans effet, il en fut bien moins redevable fi la justesse de ses raisons irréfutables, qui furent appuyées par une majorité très-prononcée dans le conseil, qu’au mauvais état des forces militaires et à l’épuisement du trésor, qui empêchaient de faire prévaloir, les armes à la main, l’opinion contraire. Afin

1. Burff., 174-180. — Hopper, 72. — Strad., 123, 124. — « Personne ne doit être surpris, dit Burgtindius, ardent zélateur de la religion catholique et du parti espagnol, de voir briller dans le discours de ce prince une si grande connaissance de la philosophie : il l’avait puisée dans la corvversalion de Bau* douin *. » 180. (.Vole de ruulcur.)

* Voyez plus haut, pag. 140, note 2.

188 HISTOIUE DE I,A RIÎVOLTE DES PAYS-BAS

(le détourner du moins le premier orape, et de gagner le temps nécessaire pour se mettre contre eux dans une meilleure situation, on convint d’accorder aux confédérés une j>artie de leurs demandes. On résolut d'adoucir les proscriptions pénales de l’empereur, comme il les aurait adoucies, s’il fût revenu à la vie dans les temps actuels; comme il avait cru lui-méme autrefois, dans de pareilles circonstances, pouvoir les adoucir sans (’ompromettre sa dignité. On décida que l’inquisition ne serait pas établie dans les lieux où elle ne l’était pas encore, et que, dans ceux où elle l’était, elle procéderait plus doucement, ou même cesserait tout ù fait d’agir, attendu que les inquisiteurs (c’est ainsi qu’on s’exprimait, pour ne pas donner aux protestants la petite satisfaction de croire qu’ils étaient redoutés ou qu’on rendait justice à leur demande), attendu, disait-on, que les inquisiteurs n’avaient pas encore été confirmés par le nouveau pape. Le conseil privé fut chargé d'expédier sans retard cette décision du conseil d'État.. Ainsi préparé, on attendit la conjuration*.

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