‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 106 sur 219 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

des généraux du roi , eut le bonheur de battre neuf escadrons espagnols, qui marchaient sur Frankenthal, et de se rendre maître des villes les plus importantes des bords du Rhin, depuis Boppart' jusqu’à Bacharach. Après la prise de Braunfels, place forte dont les comtes de Wettéravie s’emparèrent avec le secours des Suédois, les Espagnols perdirent toutes les places en Wettéravie, et, dans tout le Palatinat, ils ne purent conserver, outre Frankenthal, que très-peu de villes. Landau et Kronweissenbourg se déclarèrent hautement pour les Suédois. Spire ollrit de lever des troupes pour le service du roi. Les ennemis perdirent Mannheim par la présence d’esprit du jeune duc Bernard de Weimar et la négligence du commandant de la place, qui fut traduit pour ce revers devant le tribunal militaire à Heidelberg et décapité.

Le roi avait prolongé la campagne jusque bien avant dans l’hiver, et vraisemblablement la rigueur même de la saison avait été une des causes de la supériorité que le soldat suédois conservait sur l’ennemi. Mais maintenant les troupes épuisées avaient besoin de se refaire dans les quartiers d'hiver, que Gustave-Adolphe leur fit prendre en effet, dans le pays d’alentour, peu de temps après la conquête de la ville de Mayence. Il profita lui-même du relâche que la saison imposait à ses opérations militaires, pour expédier avec son chancelier les affaires du cabinet, négocier avec l’ennemi au sujet de la neutralité, et terminer avec une puissance alliée quelques démêlés politiques, auxquels sa conduite antérieure avait donné lieu. Pour sa résidence d’hiver et pour centre de ses affaires d'Etat, il choisit la ville de Mayence, pour laquelle il laissait en général paraître une prédilection qui s’accordait peu avec l'intérêt des princes allemands et l'intention qu’il avait témoignée de ne faire qu’une courte visite à l’Empire. Non content d'avoir fortifié la ville le mieux possible, il fit élever vis-à-vis, dans l’angle que forme la jonction du Mein avec le Rhin, une nouvelle citadelle , qui fut appelée Gustavsbourg, d’après son fondateur, mais qui a été plus connue sous le nom de Pfaffenraub *, Pfa/fenzwatvj \

1. Dans la première édition : « Poppart. » — 2. « Dépouille des prêtres. » — 3. « Contrainte des prêtres. »

Tandis que Gustave-Adolphe sc rendait maître du Rhin , et menaçait de ses armes victorieuses les trois électorats voisins, ses vigilants ennemis mettaient en mouvement, à Paris et à Saint-Germain, tous les ressorts de la politique, pour lui retirer l'appui de la France, et pour le mettre, s’il était possible, en guerre avec cette puissance. Lui-méme, en portant , par un mouvement équivoque et inattendu, ses armes sur le Rhin, il avait donné de l’ombrage à ses amis, et fourni à ses adversaires les moyens d'exciter une dangereuse déûance de ses projets. Après qu'il eut soumis à son pouvoir l’évêché de Würtzbourg et la plus grande partie de la Franconie, il ne tenait qu’à lui de pénétrer par l’évêché de Bamberg et le haut Palatinat en Bavière et en Autriche ; et tous s’attendaient naturellement qu’il ne tarderait pas à attaquer l’empereur et le duc de Bavière dans le centre de leur puissance, et à terminer au plus tôt la guerre par la défaite deces deux principaux ennemis. Mais, à la grande surprise des deux parties belligérantes, Gustave-Adolphe abandonna le chemin que lui avait tracé d’avance l’opinion générale, et, au lieu de tourner ses armes vers la droite, il les porta vers la gauche, pour faire sentir sa puissance aux princes moins coupables, et moins à craindre, de l’électorat du Rhin, tandis qu’il donnait à ses deux plus importants adversaires le loisir de rassembler de nouvelles forces. Le dessein de remettre avant tout le malheureux comte palatin Frédéric V en possession de ses États, par l’expulsion des Espagnols, pouvait seul expliquer cette marche surprenante , et la croyance au prochain rétablissement de Frédéric réduisit en effet quelque temps au silence les soupçons de ses amis et les calomnies de ses adversaires; mais maintenant le bas Palatinat était presque entièrement purgé d’ennemis, et Gustave-Adolphe persistait à faire de nouveaux plans de conquête sur le Rhin ; il persistait à ne pas rendre au maître légitime le Palatinat reconquis. Vainement l’ambassadeur du roi d'Angleterre rappela au conquérant ce que la justice exigeait de lui, et ce que sa promesse solennellement proclamée lui imposait comme un devoir d’honneur : Gustave répondit à cette demande par des plaintes amères sur l’inaction de la cour britannique, et se prépara vivement à déployer, au premier jour, ses drapeaux victorieux en Alsace et même en Lorraine.

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