‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 107 sur 219 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Alors édata la défiance contre le monarque suédois, et la haine de ses ennemis se montra extrêmement active à répandre les bruits les plus désavantageux sur ses projets. Dès longtemps, le ministre de Louis XIII , Richelieu , avait vu avec inquiétude le roi s’approcher des frontières françaises, et l’esprit défiant de son maitre ne s’ouvrait que trop aisément aux fâcheuses suppositions qu’on faisait à ce sujet. En ce temps même, la France était engagée dans une guerre civile avec les protestants de l’intérieur, et l'on avait en effet quelque raison de craindre que l’approche d’un roi victorieux , qui était de leur parti , ne ranimât le courage abattu des huguenots et ne les excitât à la plus violente résistance. Cela pouvait arriver, quelque éloigné d'ailleurs que pût être Gustave-Adolphe de leur donner des espérances et de commettre ainsi une véritable trahison envers le roi de France son allié. Mais l’esprit vindicatif de l’évêque de Würtzbourg, qui cherchait à se consoler à la cour de France de la perte de ses États ; l’éloquence empoisonnée des jésuites, et le zèle actif du ministre bavarois, présentèrent comme tout à fait démontrée cette dangereuse intelligence entre les huguenots et le roi de Suède , et surent troubler par les plus vives inquiétudes l’esprit craintif de Louis. Ce n’étaient pas seulement d’extravagants politiques , c’était aussi plus d’un catholique raisonnable qui croyaient sérieusement que le roi allait pénétrer prochainement au cœur de la France, faire cause commune avec les huguenots et renverser dans le royaume la religion romaine. Des zélateurs fanatiques le voyaient déjà franchir les Alpes avec une armée, et détrôner, en Italie même, le vicaire de Jésus-Christ. Quoique de pareilles rêveries se réfutassent aisément d’elles-mêmcs ', on ne pouvait nier cependant que, par ses entreprises militaires sur le Rhin, Gustave ne donnât aux imputations de ses adversaires une prise dangereuse , et ne justifiât, en quelque mesure, le soupçon d’avoir voulu diriger ses armes moins contre l’empereur et le duc de Bavière que contre la religion catholique en général \

1 La première édition ajqute: «Quoique l’honneur et la tolérance du roi fissent promptement tomber de si ridicules accusations. •

2. C'est ici que finit le morceau contenu dans le Calendrier (les Dames pour l'an 1792. Tout le reste de l’histoire tut inséré dans celui de 1793. Le volumo

Iæ cri général d'indignation que les cours catholiques , excitées par les jésuites, élevèrent contre les liaisons de la France avec les ennemis de l'Église, décida enlin le cardinal de Richelieu à faire un pas décisif pour la sûreté de sa religion et à démontrer en même temps au monde catholique la sincérité du zèle religieux de la France et la politique intéressée des États ecclésiastiques de l’Empire. Persuadé que les vues du roi de Suède tendaient uniquement , comme les siennes, à l’abaissement de la maison d’Autriche, il ne fit point difficulté de promettre aux princes de la ligue une parfaite neutralité du côté de la Suède, aussitôt qu’ils renonceraient à l’alliance de l’empereur et retireraient leurs troupes. Quelle que fût maintenant la résolution des princes , Richelieu avait atteint son but. S’ils se séparaient du parti autrichien, Ferdinand était exposé sans défense aux armes unies de la France et de la Suède, et Gustave- Adolphe, délivré en Allemagne de tous scs autres ennemis, pouvait tourner à la fois toutes ses forces contre les États héréditaires de l’empereur. La chute de la maison d’Autriche était alors inévitable, et ce but suprême de tous les efforts de Richelieu se trouvait atteint sans dommage pour l’Église. Le succès était incomparablement plus douteux , si les princes de la ligue persistaient dans leur refus et demeuraient encore fidèles à l'alliance autrichienne; mais alors la France avait fait paraître devant toute l’Europe ses sentiments catholiques, et avait satisfait à ses devoirs comme membre de l’Église romaine ; les princes de la ligue paraissaient les seuls auteurs de tous les maux que la continuation de la guerre devait infailliblement attirer sur l’Allemagne catholique; eux seuls, par leur attachement opiniâtre à l’empereur , rendaient vaines les mesures de leur protecteur, précipitaient l’Église dans le dernier péril et se perdaient eux-mêmes.

Richelieu suivit ce plan avec d’autant plus de chaleur qu'il était plus vivement pressé par les demandes réitérées de l’électeur de Bavière, qui réclamait le secours de la France. On se souvient que ce prince, dès le temps où il avait eu sujet de

do 1792, comme nous l’avons dit, contient en outre trois portraits historiques qui sont l’œuvre de Schiller, et dont on trouvera la traduction dans notre Supplément à l'Histoire de la Guerre de Trente ans.

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