‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 109 sur 219 · SCH1LLKA. — H1ST. II · texte numérisé non relu

SCH1LLKA. — H1ST. II

Il exigeait de la ligue catholique une complète inaction : elle retirerait ses troupes de l’armée impériale, des places conquises, de tous les pays protestants. Il voulait de plus voir les forces des États ligués réduites à un petit nombre de soldats. Toutes leurs terres devaient être fermées aux armées impériales, et ne fournir à la maison d’Autriche aucun secours en hommes, en vivres et en munitions. Si dure que fût la loi dictée par le vainqueur au vaincu, le médiateur français se flattait encore de la faire accepter à l'électeur de Bavière. Pour faciliter cette affaire, Gustave- Adolphe s’était laissé persuader d’accorder à Maximilien une trêve de quinze jours. Mais, dans le même temps où le roi recevait par l’agent français les assurances répétées de l'heureux progrès de cette négociation, une lettre interceptée de l’électeur au général Pappenheim en NVestphalie lui découvrit la perfidie de ce prince, qui n’avait cherché, dans toute cette affaire, qu’à gagner du temps pour sa défense. Bien loin de se laisser enchaîner dans ses opérations militaires par un accommodement avec la Suède, l’artilicieux Maximilien n'en mettait que plus d'activité dans ses préparatifs, et profitait du loisir que lui laissait l’ennemi, pour faire des préparatifs de résistance d'autant plus énergiques. Toute cette négociation de neutralité fut donc rompue sans avoir rien produit : elle n’avait servi qu’à renouveler avec plus d’acharnement les hostilités entre la Bavière et la Suède.

I, 'accroissement des forces de Tilly, avec lesquelles ce général menaçait d’envahir la Franconic, rappelait impérieusement le roi dans ce cercle; mais il fallait d’abord chasser du Rhin les Espagnols, et fermer à leurs armes le passage des Pays-Bas dans les provinces allemandes. A cet effet, Gustave-Adolphe avait déjà oirert à l’électeur de Trêves, Philippe de Zeltern, la neutralité, à condition que la forteresse d'Hermannstein lui serait remise, et qu’un libre passage par Coblentz serait accordé aux troupes suédoises. Mais, avec quelque déplaisir que l’électeur vit ses domaines dans les mains des Espagnols, il pouvait bien moins encore se résoudre à les mettre sous la protection suspecte d’un hérétique et à rendre le conquérant suédois maître de son sort. Toutefois , se voyant hors d’état de maintenir son indépendance contre deux rivaux si redoutables, il chercha

MVRE THOiSIÈME.

contre l’un et l'autre un refuge sous la puissante protection de la France. Richelieu, avec sa politique accoutumée, avait mis à profit l’embarras de ce prince, pour étendre le pouvoir de la France et lui acquérir aux frontières de l'Allemagne un important allié. Une nombreuse armée française devait couvrir le pays de Trêves, et mettre garnison dans la forteresse d’Ehrenbreitstein. Mais les vues qui avaient décidé l’électeur à cette démarche hasardée ne furent pas complètement remplies; car le ressentiment qu'elle excita chez Gustave-Adolphe ne put être apaisé avant que les troupes suédoises eussent aussi obtenu le libre passage à travers le pays de Trêves.

Tandis que cette affaire se négociait avec Trêves et la France, les généraux du roi avaient nettoyé tout l’électorat de Mayence du reste des garnisons espagnoles, et Gustave-Adolphe avait lui-méme achevé la conquête de ce pays par la prise de Kreuznach. Pour garder ce qui était conquis, le chancelier Oxenstiern dut rester sur le Rhin moyen, avec une partie de l’armée; et le corps principal se mit en marche, sous la conduite du roi, pour chercher l’ennemi en Franconie.

Cependant le comte Tilly et le général suédois de Iforn, que Gustave-Adolphe avait laissé dans ce cercle avec huit mille hommes, s’en étaient disputé la possession avec des succès balancés, et l’évêché de Bamberg surtout était â la fois le prix et le théâtre de leurs dévastations. Appelé vers le Rhin par ses autres projets, le roi avait remis à son général le châtiment de l'évêque, qui avait provoqué sa colère par sa conduite perfide, et l’activité du général justifia le choix du monarque. Il soumit en peu de temps une grande partie de l’évêché aux armes suédoises, et il prit d’assaut la capitale même, abandonnée par la garnison impériale. L’évêque expulsé demandait instamment des secours à l’électeur de Bavière, qui se laissa enfin persuader de mettre un terme à l’inaction de Tilly. Autorisé par l'ordre de son maître à rétablir le prélat, ce général rassembla ses trou pes dispersées dans le haut Palatinat, et s’approcha de Bamberg avec une armée de vingt mille hommes. Gustave Horn, fermement résolu à défendre sa conquête contre ces forces supérieures, attendit l’ennemi derrière les remparts de Bamberg; mais il se vit arracher, par la seule avant-garde de Tilly, ce qu’il avait espéré de

212 HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS. disputer à l’armée tout entière. Le désordre qui tout à coup se mit dans la sienne, et auquel toute sa présence d’esprit ne put remédier, ouvrit la place aux ennemis, et les troupes, les bagages et l’artillerie ne purent être sauvés qu’à grand’peine. La reprise de Bamberg fut le fruit de cette victoire; mais le général suédois se retira en bon ordre derrière le Mein, et Tilly, malgré toute sa célérité, ne put le rejoindre. L’apparition en Franconie du roi de Suède, à qui Gustave Horn amena près de Kitzingcn le reste de ses troupes , mit bientôt un terme aux conquêtes de Tilly, et le força de pourvoir lui-même à sa sûreté par une prompte retraite.

Le roi avait passé à Aschaffenbourg une revue générale de son armée , qui , après sa jonction avec. Gustave Horn , lianner et le duc Guillaume de Weimar, s’élevait à près de quarante mille hommes. Rien n'arrêta sa marche à travers la Franconie; car le comte Tilly, beaucoup trop faible pour attendre un ennemi si supérieur, s’était retiré, à marches forcées, vers le Danube. l-a Bohême et la Bavière se trouvaient alors également près du roi, et Maximilien, incertain de la route que suivrait ce conquérant, hésitait à prendre une résolution. Le chemin qu’on allait tracer à Tilly devait fixer le choix de Gustave-Adolphe et le sort des deux provinces. A l'approche d'un si redoutable ennemi, il était dangereux de laisser la Bavière sans défense, pour couvrir les frontières de l’Autriche ; il était plus dangereux encore, en recevant Tilly en Bavière, d’y appeler en même temps l’ennemi, et d’en faire le théâtre d’une lutte dévastatrice. L’inquiétude paternelle du prince surmonta enfin les doutes de l’homme d'État, et, quoi qu’il en pût arriver, Tilly reçut l’ordre de défendre avec toutes ses forces l’entrée de la Bavière.

La ville impériale de Nuremberg accueillit avec une joie triomphante le défenseur de la religion évangélique et de la liberté allemande, et l'ardent enthousiasme des citoyens se répandit à son aspect en touchants témoignages d’allégresse et d’admiration. Gustave lui-même ne pouvait cacher son étonnement de se voir dans cette ville , au centre de l’Allemagne , jusqu’où il n’avait jamais espéré de porter ses étendards. La grâce et la noblesse de son maintien complétaient l’impression produite par ses glorieux exploits, et l’affabilité avec laquelle il

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