LIVRE TROISIÈME
répondait aux salutations de cette ville impériale lui eut en peu d’instants gagné tous les cœurs. 11 confirma alors en personne le traité qu'il avait conclu avec elle dès les rivages de la Baltique, et unit tous les citoyens dans les sentiments d’un zèle ardent et d’une concorde fraternelle contre l’ennemi commun. Après une courte station dans les murs de Nuremberg, il suivit son armée vers le Danube, et parut devant la place frontière de Donawert, avant qu’on y soupçonnât l'approche d’un ennemi. Une nombreuse garnison bavaroise défendait cette ville, et le commandant, Rodolphe-Maximilien, duc de Saxe-Lauenbourg, montra d'abord la plus ferme résolution de tenir jusqu’à l’arrivée de Tilly. Mais bientôt la vigueur avec laquelle Gustave- Adolphe commença le siège, le força de songer à une prompte et sûre retraite, qu’il effectua heureusement sous le feu terrible de l’artillerie suédoise.
La prise de Donawert ouvrit au roi la rive droite du Danube, et la petite rivière du Lech le séparait seule encore de la Bavière. Le danger pressant de ses États éveilla toute l’activité de Maximilien , et autant il avait laissé l'ennemi pénétrer facilement jusqu'au seuil de la Bavière, autant il se montra cette fois résolu à lui rendre le dernier pas difficile. Tilly établit de l’autre côté du Lech, près de la petite ville de Rain, un camp bien retranché, qui, entouré de trois rivières, défiait toutes les attaques. On avait coupé tous les ponts du Lech; on avait défendu par de fortes garnisons le cours entier de la rivière jusqu’à Augsbourg; et même, pour s’assurer de cette ville impériale, qui laissait voir depuis longtemps l'impatience qu’elle éprouvait de suivre l’exemple de Francfort et de Nuremberg, on y avait logé une garnison bavaroise et désarmé les bourgeois. L’électeur lui-même, avec toutes les troupes qu’il avait pu rassembler, s’enferma dans le camp de Tilly, comme si toutes ses espérances eussent tenu à ce poste unique, et que la fortune des Suédois eût dû échouer contre cette dernière muraille.
Gustave-Adolphe parut bientôt sur la rive, vis-à-vis des lignes bavaroises, après avoir soumis tout le territoire d'Augsbourg en deçà du Lech, et ouvert à ses troupes dans cette contrée de riches approvisionnements. On était au mois de mars , époque où cette rivière, grossie par les pluies fréquentes et par les
neiges des montagnes du Tyrol, s'élève à une hauteur extraordinaire et court entre des rives escarpées avec une rapidité impétueuse. Une tombe certaine s'ouvrait dans ses flots à l’assaillant téméraire, et, sur la rive opposée , les canons ennemis lui montraient leurs gueules meurtrières. Si cependant son audace venait à bout de ce passage, presque impossible à travers la fureur des flots et du feu, un ennemi frais et courageux attendait, dans un camp inexpugnable, les troupes harassées; et, soupirant après le repos, elles trouvaient une bataille. Avec des forces épuisées, il leur faut escalader les lignes ennemies, dont la solidité semble défier toute attaque. Une défaite, essuyée sur cette rive, les entraîne à une perte inévitable; car la même rivière, qui leur fait obstacle sur le chemin de la victoire, leur ferme toute retraite, si la fortune les abandonne.
Le conseil de guerre , assemblé en ce moment par Gustave- Adoiphe, lit valoir toute l’importance de ces motifs, pour empêcher l’exécution d’une si périlleuse entreprise. Les plus braves reculaient, et un groupe respectable de guerriers vieillis au service ne rougit point d’avouer ses inquiétudes; mais la résolution du roi était prise. « Comment? dit-il à Gustave Horn, qui portait la parole pour les autres ; nous aurions franchi la Baltique et tant de grands fleuves d’Allemagne, et, devant un ruisseau, devant ce Lech que voilà, nous renoncerions à notre entreprise? » Dans une reconnaissance du pays, qu’il avait faite en exposant plusieurs fois sa vie, il avait découvert que la rive en deçà du Lech dominait l’autre sensiblement, et favorisait l'elfet de l’artillerie suédoise , au préjudice de celle de Tilly. Il sut profiter de cette circonstance avec une prompte habileté. Il fit dresser, sans délai , à la place où la rive gauche du Lech se courbait vers la droite, trois batteries, d’où soixante-douze pièces de campagne entretinrent un feu croisé contre l’ennemi. Tandis que cette furieuse canonnade éloignait les Bavarois de la rive opposée, le roi fit jeter en toute hâte un pont sur le Lech; une épaisse fumée, produite par un feu de bois et de paille mouillée, sans cesse entretenu, déroba longtemps aux yeux des ennemis les progrès de l’ouvrage , tandis que le tonnerre presque continuel de l’artillerie empêchait en même temps d’entendre le bruit des haches. Gustave-Adolphe excitait