‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 117 sur 219 · LIVRE TROlSlfcME · texte numérisé non relu

LIVRE TROlSlfcME

soumission que lui inspirait le nom de l’empereur , et ce qu’un général impérial , comme Tilly ou Wallenstein , se serait permis infailliblement contre lui à Dresde, il s’en abstint à Prague contre Ferdinand. Il distingua soigneusement l’ennemi , auquel il faisait la guerre, du chef de l’Empire, auquel il devait le respect. Il s’interdit de toucher aux meubles de celui-ci, tandis qu’il s’appropriait sans scrupule, comme étant de bonne prise, les canons de celui-là , et les faisait emmener à Dresde. Il ne prit point son logement dans le palais impérial , mais à l’hôtel de Lichtenstein : trop discret pour occuper les appartements de celui à qui il enlevait un royaume. Si ce trait nous était rapporté d'un grand homme et d’un héros , il nous transporterait, à juste titre, d'admiration. Le caractère du prince chez qui nous le rencontrons nous autorise à douter si nous devons honorer , dans cette retenue, la belle victoire de la modestie, ou plutôt compatir à la pusillanimité de l’esprit faible, que le succès môme n'enhardit point et que la liberté ne peut affranchir de ses chaînes accoutumées.

La prise de Prague, que suivit bientôt la soumission de la plupart des villes, produisit dans le royaume un grand et rapide changement. Beaucoup de nobles protestants , qui avaient erré jusqu'alors en proie à la misère, reparurent dans leur patrie, et le comte de Thurn , le fameux auteur de la révolte de Bohème, eut la gloire, avant sa mort, de se montrer en vainqueur sur l’ancien théâtre de son crime et de sa condamnation. 11 fit son entrée triomphale par le même pont où les têtes de ses partisans, placées sur des piques, offraient à ses yeux l’affreux spectacle du sort qui l’avait menacé lui-même , et son premier soin fut d’éloigner ces objets sinistres. Les exilés se mirent aussitôt en possession de leurs biens , dont les propriétaires actuels avaient pris la fuite. Sans s’inquiéter de savoir qui rembourserait à ceux-ci les sommes qu'ils avaient dépensées, les anciens maîtres reprirent tout ce qui leur avait appartenu , même ceux qui avaient touché le prix de la vente ; et plusieurs d’entre eux eurent lieu de louer la bonne administration des précédents régisseurs. Dans l’intervalle, les champs et les troupeaux avaient parfaitement fructifié dans la seconde main. Les meubles les plus précieux décoraient les appartements; les caves, qu’ils

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226 HISTOIRE DE I.A C.UERRE DE TRENTE ANS. avaient laissées vides, étaient richement fournies, les écuries peuplées , les magasins remplis. Mais , se défiant d’un bonheur qui fondait sur eux d’une manière si imprévue , ils se hâtèrent de revendre ces possessions incertaines et de changer en biens meubles leur richesse immobilière.

La présence des Saxons ranima le courage de tout ce qui dans le royaume avait le cœur protestant, et, dans les campagnes, comme dans la capitale, on voyait la foule courir aux églises évangéliques nouvellement ouvertes. Un grand nombre, que la crainte avait seule maintenus dans l’obéissance au pape, s’attachèrent alors publiquement à la nouvelle doctrine, et plusieurs catholiques récemment convertis abjurèrent avec joie une confession forcée pour suivre leur ancienne croyance. Toute la tolérance que montrait le nouveau gouvernement ne put empêcher l’explosion de l’indignation légitime , que ce peuple persécuté fit sentir aux oppresseurs de sa liberté la plus sainte. Il lit un usage terrible de ses droits reconquis , et, dans plusieurs lieux , sa haine d’une religion imposée par la force , ne put s’éteindre que dans le sang de ceux qui l'avaient prêchée.

Cependant les secours que les généraux de l’empereur, Gœtz et Tiefenbach, amenaient de Silésie étaient arrivés en Bohême, où quelques régiments du comte Tilly vinrent les joindre du haut Palatinat. Pour dissiper ces forces , avant qu’elles eussent le temps de s'accroître , Arnheim marcha de Prague contre elles avec une partie de l’armée, et attaqua courageusement leurs lignes près de Nimbourg' sur l’Elbe. Après un combat fort animé, il délogea enfin les ennemis, non sans perdre beaucoup de monde, de leur camp fortifié, et, par la violence de son feu , il les contraignit de repasser l'Elbe, et de couper le pont qui les avait amenés sur l’autre rive. Mais il ne put empêcher les Impériaux de lui faire éprouver des pertes dans plusieurs petites rencontres , ni les Croates de pousser leurs courses jusqu'aux pories de Prague. Quoi qu'on pût se promettre de ce brillant début de la campagne des Saxons en Bohême, la suite ne justifia nullement l’attente de Gustave-Adolphe. Au lieu de

I. Nimburg est une correction (nécessaire, je crois) qui a été introduite dans les éditions les plus récentes. Dans la première on lit f.imburg.

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