‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome second. 6Chapitre 118 sur 219 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

poursuivre avec une force irrésistible les avantages obtenus, de s’ouvrir , à travers la Bohême vaincue, un chemin jusqu'à l'armée suédoise , et d’attaquer, de concert avec elle , le centre de la puissance impériale, ils s’affaiblirent dans une petite guerre continuelle, où l’avantage ne fut pas toujours de leur côté, et perdirent sans fruit le temps que réclamait une plus grande entreprise. Mais la conduite ultérieure de Jean-Georges découvrit les motifs qui l’avaient empêché de mettre à prolit ses avantages contre l’empereur et de seconder par une opportune activité les projets du roi de Suède.

La plus grande partie de la Bohême était maintenant perdue pour l’empereur, et les Saxons étaient , de ce côté, en marche sur l’Autriche, tandis que Gustave-Adolphe s’ouvrait un chemin à travers la Franconie, la Souabe et la Bavière, vers les provinces héréditaires de Ferdinand. Une longue guerre avait consumé la puissance de la monarchie autrichienne, épuisé ses domaines, diminué ses armées. Elle n’était plus, la gloire de ses triomphes, la confiance en ses forces invincibles, la subordination, cette bonne discipline des troupes, qui donnait en campagne au général suédois son adversaire une supériorité si décidée. Le3 alliés de l’empereur étaient désarmés, ou le danger qui les assaillait eux-mêmes avait ébranlé, leur fidélité. Maximilien de Bavière, le plus puissant soutien de l’Autriche, semblait céder, lui aussi, aux séduisantes invitations à la neutralité; l’alliance suspecte de ce prince avec la France avait depuis longtemps rempli d’alarmes l’empereur. Les évêques de IVurtzbourg et de Bamberg, l'électeur de Mayence, le duc de Lorraine, étaient chassés de leurs États, ou du moins dangereusement menacés; Trêves était sur le point de se mettre sous la protection française. La vaillance des Hollandais occupait, dans les Pays-Bas, les armes de l’Espagne, tandis que Gustave-Adolphe les repoussait du Rhin; la Pologne était encore enchaînée par sa trêve avec lui. Ragotzy, prince de Transylvanie, successeur de Bethlen Gabor, et héritier de son esprit turbulent, menaçait les frontières de la Hongrie. La Porte elle-même faisait d’inquiétants préparatifs, afin de profiter du moment favorable. La plupart des membres protestants de l’Empire, enhardis par les victoires de leur défenseur, avaient pris ouvertement et activement parti contre

l'empereur. Toutes les ressources que l’insolence d'un Tilly ou d’un YVallenstein s’était créées dans ces contrées par de violentes extorsions, étaient désormais taries ; toutes ces places de recrutement, ces magasins, ces lieux de refuge, étaient perdus pour l’empereur, et la guerre ne pouvait plus, comme auparavant, se soutenir aux dépens d'autrui. Pour achever sa détresse, une dangereuse révolte éclate dans le pays au-dessus de l’Ens; le prosélytisme inopportun du gouvernement arme les paysans protestants , et le fanatisme agite ses torches , tandis que l’ennemi assiège déjà les portes de l’Empire. Après une si longue prospérité, après une si brillante suite de victoires, après de si magnifiques conquêtes, après tant de sang inutilement répandu, le monarque d’Autriche se voit, pour la deuxième fois, poussé vers le même abîme où il semblait près de s’engloutir au début de son règne. Si la Bavière embrassait la neutralité, si l'électeur de Saxe résistait aux séductions, et si la France se décidait à attaquer la puissance espagnole à la fois dans les Pays-Bas, en Italie et en Catalogne, le pompeux édilice de la grandeur autrichienne s’écroulait; les couronnes alliées se partageaient ses dépouilles, et le corps politique de l’Allemagne se voyait à la veille d’une complète révolution.

Tout l’enchaînement de ces malheurs commença avec la bataille de Breitenfeld, dont l’issue malheureuse rendit manifeste la décadence, depuis longtemps décidée, de la puissance autrichienne, que l’éclat prestigieux d’un grand nom avait seul dissimulée. Si l'on remontait aux causes qui donnaient aux armes des Suédois une si redoutable supériorité, on les trouvait surtout dans le pouvoir illimité de leur chef, qui réunissait en un seul point toutes les forces de son parti, et, n'étant gêné dans ses entreprises par aucune autorité supérieure, maître absolu de chaque moment favorable, faisait servir tous les moyens à son but et ne recevait de lois que de lui-même. Mais, depuis la destitution de Wallenstcin et la défaite de Tilly, on voyait du côté de l’empereur et de la ligue absolument tout le contraire. Les généraux manquaient d’autorité sur les troupes et de la liberté d’action si nécessaire; les soldats manquaient d’obéissance et de discipline, les corps détachés d’ensemble dans leurs opérations, les membres de l'Empire de

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