I.IVnF. TROISIÈME
toutes les extrémités de la monarchie autrichienne, pour tenter la fortune sous ce général expérimenté. Un grand nombre, qui avaient déjà combattu autrefois sous ses drapeaux , admiré de près sa grandeur, et éprouvé sa générosité, sortirent de l’obscurité à cet appel, afin de partager avec lui, une seconde fois, gloire et butin. L’élévation de la solde promise en attira des milliers, et le riche entretien qui était assuré au soldat aux dépens du paysan, fut pour celui-ci une invincible tentation d’embrasser plutôt lui-même cet état que de succomber sous l’oppression militaire. On contraignit toutes les provinces autrichiennes de contribuer pour cet armement coûteux; aucune condition ne fut exempte de taxes; aucune dignité, aucun privilège ne dispensaient de la capitation. La cour d’Espagne, ainsi que le roi de Hongrie, accordèrent une somme considérable; les ministres tirent des dons magnifiques; et Wallenstein luimême sacrifia deux cent mille écus de ses biens particuliers pour hâter l’armement. 11 soutint sur sa cassette les officiers pauvres; et, par son exemple, par un brillant avancement, par des promesses plus brillantes encore, il excita les riches à lever des trou [tes à leurs frais. Qui mettait un corps sur pied avec ses propres ressources, en avait le commandement. Dans la nomination des officiers, la religion ne faisait aucune différence : l’expérience, la richesse et le courage étaient plus considérés que la croyance. Celte justice égale envers les différentes sectes, et plus encore la déclaration que l'armement actuel n’avait rien à démêler avec la religion, tranquillisèrent le sujet protestant et le portèrent à contribuer comme les autres aux charges publiques. En même temps, le duc ne négligea pas de négocier, en son propre nom, avec les États étrangers pour obtenir des hommes et de l’argent. Il décida le duc de Lorraine à marcher une seconde fois pour l’empereur; il fallut que la Pologne lui fournit des cosaques , l'Italie des munitions de guerre. Avant que le troisième mois fût écoulé, l'armée, rassemblée en Moravie, lie se montait pas à moins de quarante mille hommes, la plupart tirés de ce qui restait de la Bohême, de Moravie, de Silésie, et des provinces allemandes de la maison d’Autriche. Ce que chacun avait jugé inexécutable, Wallenstein, à l'étonnement de toute l’Europe, l’avait accompli dans un
24.0 HISTOIRE DE I.A GUERRE DE TRENTE ANS. très-court espace de temps. la magie de son nom, de son or et de son génie avait appelé sous les armes plus de milliers d'hommes qu'on n’eût espéré avant lui d’en rassembler de centaines. Fournie, jusqu’à la profusion, de toutes les choses nécessaires, commandée par des officiers expérimentés, enflammée d'un enthousiasme qui promettait la victoire , cette armée nouvelle n’attendait qu’un signe de son chef pour se montrer digne de lui par de valeureux exploits.
Le duc avait rempli sa promesse , l’armée était prête à entrer en campagne : alors il se retira et remit à l'empereur le soin de lui donner un général. Mais il eût été aussi facile de lever une seconde armée comme celle-là, que de' trouver pour elle un autre chef que Wallenstein. Cette armée, qui promettait tant de choses, la dernière espérance de l’empeieur, n’était rien qu’un prestige, aussitôt que se dissipait l’enchantement qui l’avait produite. Wallenstein lui avait donné l’être : sans lui, elle rentrait dans le néant, comme une création magique. Les officiers étaient engagés envers lui comme ses débiteurs, ou liés étroitement, comme ses créanciers, à son intérêt et à la durée de sa puissance; il avait donné les régiments à ses parents, à ses créatures, à ses favoris. C’était lui, lui seul, qui pouvait tenir aux troupes les enivrantes promesses par lesquelles il les avait attirées à son servive. Sa parole donnée était pour tous la seule garantie de leurs audacieuses espérances; une confiance aveugle en sa toute-puissance était l’unique lien qui confondait en un vivant esprit de corps les différents mobiles de leur zèle. C’en était fait de la fortune de chacun , aussitôt que se retirait celui qui en avait garanti l’accomplissement.
Ouoique le refus de Wallenstein ne fût nullement sérieux, il ne s’en servit pas moins avec beaucoup de succès de cet épouvantail pour arracher à l’empereur l'acceptation de ses conditions exorbitantes. Les progrès de l’ennemi rendaient le péril chaque jour plus pressant, et le secours était si près! 11 dépendait d’un seul homme de mettre une prompte fin à la détresse générale. Pour la troisième et dernière fois, le prince d'F.ggenberg reçut donc l’ordre de décider son ami, même au prix des plus durs sacrifices, à se charger du commandement.
11 le trouva à Znaïm, en Moravie, fastueusement environné