LIVRE TROISIÈME
des troupes dont il faisait convoiter la possession h l’empereur. L'orgueilleux sujet reçut l'envoyé de son souverain comme un suppliant. « Jamais, répondit-il, il ne pourrait se fier à un rétablissement qu'il devait uniquement à la détresse, non à la justice de l’empereur. A la vérité, on le cherchait maintenant que le danger était au comble, et qu’on n'espérait de salut que de son bras; mais le service rendu ferait bientôt retomber son auteur dans l’oubli, et l’ancienne sûreté ramènerait l’ancienne ingratitude. Toute sa gloire était compromise, s’il trompait l’attente que l'on fondait sur lui; et son bonheur, son repos, s’il réussissait à la satisfaire. Bientôt se réveillerait contre lui l’ancienne jalousie , et le monarque dépendant d’autrui ne ferait nulle difficulté de sacrifier une seconde fois aux convenances du moment un serviteur qui aurait cessé d’être nécessaire. 11 valait mieux pour lui abandonner tout de suite et librement un poste d’où il serait d’ailleurs précipité tôt ou tard par les cabales de ses adversaires. 11 n’attendait plus desûreté et de contentement qu'au sein de la vie privée, et c’était uniquement pour obliger l’empereur qu’il s'était arraché, pour quelque temps, et bien malgré lui , à son heureuse tranquillité. »
Le ministre, fatigué de cette longue comédie, prit alors un ton plus sérieux, et menaça l’obstiné Wallensfein de toute la colère du monarque, s’il persistait dans sa résistance. « La majesté de l’empereur, lui dit-il, s’était assez profondément abaissée, et, au lieu d'émouvoir sa générosité par la condescendance, elle n’avait fait que caresser son orgueil et accroître son. opiniâtreté. S’il fallait quelle eût fait inutilement ce grand sacrifice, il ne répondait pas que le suppliant ne se changeât en maître, et que le monarque ne vengeât sur le sujet rebelle sa dignité offensée. Quelque faute que Ferdinand pût avoir commise, l’empereur avait le droit d’exiger la soumission; l’homme pouvait se tromper, mais le souverain ne pouvait jamais avouer son erreur. Si le duc de Friedland avait souffert par une injuste sentence, il serait dédommagé de toutes ses pertes ; la majesté souveraine pouvait guérir les blessures qu'elle-même avait faites. Réclamait-il des garanties pour sa personne et ses dignités, l’équité de l'empereur ne lui refuserait aucune demande légitime. Seule, la majesté méprisée ne se pouvait apaiser par aucune réparais