LIVRE TROISIÈME
ment de se faire un nom. Persuadé que le courage désespéré de l’ennemi vendrait très-chèrement la victoire , et qu'une défaite , essuyée dans ces contrées , ruinerait sans ressource les affaires de l’empereur, il se contenta de consumer par un long siège l’ardeur guerrière de son ennemi, et, en lui enlevant toute occasion de se livrer à l'impétuosité de son courage, il lui ravit justement l’avantage qui l’avait rendu jusqu’alors invincible. Ainsi donc, sans faire la moindre entreprise, il établit, derrière laRednitz', vis-à-vis de Nuremberg, un camp fortement retranché , et, par cette position bien choisie, il intercepta , aussi bien pour la ville que pour le camp , tous les approvisionnements de Franconie , de Souabe et de Thuringe. Il tenait donc le roi assiégé en même temps que la ville , et se flattait de lasser lentement, mais d’autant plus sûrement , par la famine et les maladies , le courage de son adversaire , qu’il n’avait nulle envie de mettre à l’épreuve en bataille rangée.
Mais il connaissait trop peu les ressources et les forces de Gustave-Adolphe , et n’avait pas veillé suffisamment à se garantir lui-méme du sort qu’il lui préparait. Les paysans de tout le territoire voisin avaient fui avec leurs provisions , et les fourrageurs de Friedland étaient obligés de se battre avec les Suédois pour le peu qui restait. Le roi épargna les magasins de la ville, aussi longtemps qu’il fut possible de s’approvisionner dans le voisinage , et ces courses de part et d’autre amenèrent entre les Croates et les Suédois une guerre continuelle , dont tous les environs offraient les affreux vestiges. Il fallait conquérir, l’épée à la main , les nécessités de la vie, et les partis n’osaient plus se hasarder à fourrager sans une escorte nombreuse. I)u moins , aussitôt que les troupes du roi éprouvaient la disette , la ville de Nuremberg leur ouvrait ses magasins; mais Wallenstein était contraint d’approvisionner les siennes de fort loin. Un grand convoi , acheté en Bavière , était en route pour son camp, et il avait détaché mille hommes pour l’amener en sûreté. Gustave-Adolphe , qui en fut informé , expédia aussitôt un régiment de cavalerie , pour s’emparer de ces vivres , et l’obscurité de la nuit favorisa l’entreprise. Tout le convoi tomba