LIVRE TROISIÈME
encore fait sa jonction , à Windsheim , avec le duc Bernard de Weimar et le général sùédois Banner , il s’avança rapidement jusqu’à Bruck 1 2 et Eltersdorf, où il passa la Regnitz*, et arriva heureusement dans le camp suédois. Ce secours montait à près de cinquante mille hommes, et amenait soixante canons et quatre mille chariots de bagage. Gustave-Adolphe se voyait donc à la tête d’environ soixante-dix mille combattants, sans même compter la milice de la ville de Nuremberg , qui pouvait, au besoin , mettre en campagne trente mille robustes bourgeois. Formidable armée, opposée à une autre qui ne l’était pas moins ! Toute la guerre paraissait maintenant concentrée en une seule bataille, pour recevoir çnfin sa dernière solution. L’Europe, partagée , avait les yeux fixés sur cette arène , où les forces des deux puissances belligérantes convergeaient comme dans un redoutable foyer.
Mais , si l’on avait été réduit à lutter avec la disette avant l’arrivée des secours , ce fléau s’accrut désormais d’une manière effrayante dans les deux camps ; car Wallenstein avait aussi fait venir de la Bavière de nouveaux renforts. Outre les cent vingt mille soldats qui étaient en présence , outre un nombre de chevaux qui s’élevait, pour les deux armées, à plus de cinquante mille; outre les habitants de Nuremberg, qui surpassaient de beaucoup en nombre l’armée suédoise, on comptait , seulement dans le camp de Wallenstein, quinze mille femmes et autant de charretiers et de valets ; on n’en comptait pas beaucoup moins dans le camp suédois. La coutume de ce temps-là permettait au soldat de mener avec lui sa famille en campagne. Chez les Impériaux, une foule innombrable de femmes de mauvaise vie suivaient l’armée , et la sévère surveillance exercée sur les mœurs dans le camp suédois, ne permettant aucun désordre, encourageait par là même les mariages légitimes. Des écoles régulières de campagne étaient établies pour la jeune génération , dont ce camp était la patrie, et l’on en tirait une excellente race de soldats , en sorte que , durant une longue guerre, les armées pouvaient se recruter par elles-mêmes. Il ne faut pas